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Astérix et le griffon : peut-on libérer les Gaulois des gauloiseries?

Une colonne romaine s'avance dans la neige.

Le 39e album des aventures du petit Gaulois se déroule dans la neige, au pays des Sarmates.

Photo : Éditions Albert-René / Goscinny-Uderzo

Le 39e album des irréductibles Gaulois, Astérix et le griffon, sort ce jeudi en librairie. Si on constate un désir d’innovation à travers un récit proche du conte et une présence féminine marquée, la populaire série demeure proche de son format classique.

Dans ce nouvel opus, Astérix se rend en Barbarium pour venir à la rescousse des Sarmates, un peuple cavalier de l’Antiquité associé au mythe des amazones, ces femmes guerrières. Un chef sarmate, Cékankondine, a demandé l’aide de Panoramix pour contrer une expédition romaine venue à la recherche du griffon, animal mythique mi-lion mi-aigle.

Un pays imaginaire

J’avais envie d’écrire une histoire qui se passe sous la neige, explique à Radio-Canada le scénariste Jean-Yves Ferri, qui cosigne pour la cinquième fois un album d’Astérix avec le dessinateur Didier Conrad.

Le choix du décor enneigé offre non seulement au public de superbes cases d’une demi-page – plutôt rares dans la série, mais aussi l’occasion de créer une contrée imaginaire.

« [Le Barbaricum] n’est pas un vrai pays, donc on change un peu le ton, c'est-à-dire qu’on est moins dans les stéréotypes de pays. »

— Une citation de  Jean-Yves Ferri

Le récit innove en présentant dès le départ les Gaulois non pas aux prises avec une bagarre dans leur village, mais cheminant déjà, la neige jusqu’aux genoux, en Barbaricum.

Astérix et Obélix arrivent en traineau à l'entrée d'un village.

«Astérix et le griffon» est le 5e album signé par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

Photo : Éditions Albert-René / Goscinny-Uderzo

Cette ellipse narrative fait partie des éléments apportés par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad pour donner leur propre touche et « procéder différemment » dans leur travail sur l’une des plus populaires bandes dessinées de la francophonie.

Plusieurs clins d'œil savoureux à l’ère contemporaine viennent ponctuer le récit, notamment un personnage colportant de fausses nouvelles (Fakenius) et des soldats romains en exil qui s’exclament : Vivement qu’on se déconfine!

Une volonté de faire évoluer la série

Bien qu’évoluant sans aucune contrainte formelle dans la conception de l’album, le duo créatif derrière Astérix dit ressentir une immense pression informelle : celle du lectorat français. Ça vient chercher beaucoup [la dimension affective] des Français. Il y a un gros capital d’affection, dixit Jean-Yves Ferri.

À titre d’exemple, il évoque Astérix et la Transitalique, sorti en 2017, où la traditionnelle première page montrant une carte illustrée de la Gaule avait été éliminée. On s’est presque fait menacer de mort, précise le scénariste.

Astérix est à cheval tandis qu'Obélix appelle Idéfix, qui est monté au sommet d'un totem.

Malgré un désir d’innovation, «Astérix et le griffon» demeure proche du format classique de la populaire série.

Photo : Éditions Albert-René / Goscinny-Uderzo

On pourrait croire que la création d’un album est le fruit du travail d’une grande équipe, mais les aventures des Gaulois relèvent plutôt de l’artisanat. Je me penche sur une idée que j’ai, puis j'écris quelques lignes et je pars comme ça tout seul, indique Jean-Yves Ferri, qui ajoute qu’il consulte son collègue Didier Conrad et la maison d’édition Hachette pour choisir parmi quelques trames narratives.

Pour ce 39e album des aventures des irréductibles Gaulois, Jean-Yves Ferri a voulu que les femmes soient au cœur de l’action. Dans cet album, il y a l’idée du féminisme qui a pris de la place, affirme l’auteur.

Les dernières aventures des moustachus armoricains annonçaient déjà cette évolution. Le 38e album, La fille de Vercingétorix (2019), mettait de l’avant une figure féminine forte, Adrénaline, une adolescente élevée par deux pères et qui refuse de s’habiller en fille. Cet effort avait toutefois été considéré comme maladroit, notamment parce que la jeune fille restait en fin de compte celle qu’on protège et qu’on délivre, participant ainsi à un féminisme de façade (Nouvelle fenêtre), selon des critiques.

Le dernier film d’animation d’Astérix, Le secret de la potion magique (2018), mettait également de l’avant un personnage féminin, Pictine, une protagoniste combative présente aux côtés des héros gaulois du début à la fin.

Malgré ces avancées, de nombreux passages d’Astérix et le griffon conservent des représentations traditionnelles. Par exemple, au moment d’être présenté aux hommes sarmates, Obélix ricane parce que ces derniers ont des noms de filles. Un peu plus loin, des soldats romains souhaitent être mis à l’isolement avec une jolie prisonnière sarmate.

Astérix en camp retranché

En 2002, le film Mission Cléopâtre, une adaptation cinématographique d’Astérix et Cléopâtre, s’était attiré beaucoup de critiques pour ses nombreuses audaces. Il s’est par la suite imposé comme un des plus grands succès aux guichets de la série. Peut-on s’attendre à d’autres renouvellements similaires des aventures du petit Gaulois?

Pour le spécialiste en culture populaire et doctorant en sémiologie Jean-Michel Berthiaume, le changement est inévitable pour toute grande œuvre de culture populaire qui souhaite perdurer, mais cela représente un défi.

« Il y a une nécessité de produire de nouvelles histoires. Et c’est important de constater qu’on a pu épuiser ce qu’on avait à dire en actualisant le personnage principal ou en adoptant d’autres points de vue. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume, spécialiste en culture populaire

Les statistiques de plus en plus nombreuses et précises sur les habitudes de consommation du public peuvent également aiguiller ces changements. La série James Bond, contrôlée étroitement depuis des décennies par la famille Broccoli, s’est ainsi transformée à la suite du constat qu’une large partie du public était des femmes et souhaitait des transformations chez cette icône du machisme.

Quand les œuvres vont dans la diversité avec les coudées franches, ça devient un succès. Y aller ou ne pas y aller, ce n’est pas une question financière, mais une question idéologique, indique Jean-Michel Berthiaume.

Alors alea jacta est, comme disait César. Mais le sort en est-il vraiment jeté pour l'omniprésence de certains clichés dans les aventures des Gaulois? À suivre dans leurs prochaines aventures, par Toutatis!

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