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La désinfection, un « travail de l’ombre » essentiel

Raconter des histoires touchantes, démystifier certaines maladies ou faire état de grandes percées médicales : c’est l’objectif, encore une fois cette année, d’Au cœur de la vie, un événement de Radio-Canada Estrie au profit de la Fondation du CHUS qui sera diffusé en novembre.

Nathalie Fortier, Éric Rouzou et Chantal Mercier devant la porte du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Nathalie Fortier, Chantal Mercier et leur gestionnaire Éric Rouzou font partie de l'équipe de désinfection du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Photo : Radio-Canada / Emy Lafortune

La désinfection des surfaces est devenue l’un des symboles de la pandémie. Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, des équipes nettoyaient cependant les établissements de santé de fond en comble pour limiter la propagation d’infections comme le C. difficile et la gastroentérite bien avant mars 2020.

En entrant dans une chambre vide à l'étage des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, Chantal Mercier et Nathalie Fortier commencent un ballet qu’elles ont des centaines de fois répété. Les deux employées en hygiène et salubrité, qui travaillent respectivement depuis 16 et 15 ans pour le réseau de la santé, ne laissent rien au hasard. 

Elles désinfectent méthodiquement chaque surface d’armoire, démontent le lit pour en frotter tous les recoins, repèrent une goutte de sang oubliée de la grosseur d’une tête d’épingle sur un mur...

Nathalie et Chantal nettoient un lit d'hôpital.

Aucun recoin n'est laissé au hasard. Les lits sont notamment démontés pour pouvoir être lavés en profondeur.

Photo : Radio-Canada / Emy Lafortune

Effectué dans l’ombre, leur travail n’est pas moins essentiel pour le fonctionnement du système de santé et la protection de tous ceux qui fréquentent les hôpitaux. C’est un métier qui, souvent, n’est pas reconnu et qu’on connaît très mal. On a l’impression que ce sont des gens qui font du ménage, mais on n’est plus du tout là, souligne Éric Rouzou, chef de service en hygiène et salubrité au CIUSSS. 

« Tu enlèves les équipes d’hygiène et salubrité et en trois jours, l’hôpital ferme.  »

— Une citation de  Éric Rouzou, chef de service en hygiène et salubrité au CIUSSS. 

Ce sont des gens qui connaissent des procédures faites par des gens en prévention des infections. Ils vont dans des choses très très très pointues, ajoute-t-il. 

En première ligne devant la COVID

Nathalie Fortier nettoie une poignée de porte.

Les équipes portent une attention particulière aux endroits fréquemment touchés et contaminés, comme les poignées de porte.

Photo : Radio-Canada / Emy Lafortune

Les équipes d’hygiène et de salubrité ont été parmi les premières à devoir adapter leur travail quand la pandémie a éclaté au printemps 2020.

« Au début de la pandémie, on était au 4e C, c’est là qu’il y avait les cas de COVID. On a travaillé vraiment dans la COVID, la première vague, c’est nous autres qui l’avons fait. »

— Une citation de  Nathalie Fortier, employée en hygiène et en salubrité à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke

La base de leur travail est restée la même, la désinfection pour la COVID ressemblant beaucoup à celle qui doit être effectuée pour éliminer d'autres agents pathogènes. On a été comme tout le monde, on a été surpris. Mais on avait une grosse base avec nos techniques. On partait de ça, et avec les consignes qui sortaient tous les jours, on essayait d’adapter nos méthodes de travail, explique Chantal Mercier.

Au début de la pandémie, les équipes ont aussi dû gérer une bonne dose d'inconnu, remarque Éric Rouzou.

C’était très épeurant. J’ai eu une adaptation avec les employés, c’était difficile, parce qu’ils se demandaient "Si je vais là, est-ce qu’il va m’arriver quelque chose?". Ce sont des choses qu’on ne pouvait même pas répondre, car on ne le savait même pas, se remémore-t-il. On est habitués, on vit dans les virus et les pathogènes, mais on les connaît. On sait ce qui peut nous arriver. Lui, on ne savait pas. Tu fais ton travail, mais avec une crainte.

En même temps, on s’est vite virés de bord, parce qu’aujourd’hui, c’est pratiquement notre quotidien. Il n’y a plus ce sentiment-là de "tu ne sais pas ce qui va t’arriver", les procédures sont là, on est encadrés,  souligne-t-il.

À la connaissance du gestionnaire, personne n’a attrapé le virus dans son unité. Aujourd’hui, la COVID-19 fait partie du quotidien de ses employés. Des défis persistent toutefois.

Le plus désagréable, c’est de toujours avoir le masque. On ne s’habitue pas. Le reste, on peut s’habituer pour suivre les consignes, mais le masque, il est spécial, remarque Chantal Mercier. Mais c’est sûr qu’à la fin de la journée, on est plus fatigués qu’avant. [...] On se couche de bonne heure le soir!

Un cri du cœur aux visiteurs

Nathalie Fortier, Chantal Mercier et Éric Rouzou rappellent que les visiteurs et les patients ont un rôle à jouer pour garder les hôpitaux sécuritaires. Ils soulignent notamment l'importance de respecter les instructions sur les pancartes qui sont dispersées dans les établissements de santé.

Ces mesures-là ne sont pas pour rien. Quand tu rentres dans un hôpital, respecter ça, ça a un impact pour tout le reste, martèle M Rouzou.

Elles travaillent fort pour désinfecter des environnements. Une petite chose non respectée peut faire en sorte qu’il va y avoir une grosse éclosion sur leur département. [...] Tu as beau désinfecter autant que tu veux, si tu ne fais pas ce que tu es supposé quand tu rentres dans un hôpital, mettre le masque et tout ça, c’est comme si leur job, elles avaient fait ça pour rien. Donc c’est un peu frustrant des fois, surtout pour tout le travail qui est mis, ajoute-t-il.

Nathalie Fortier et Chantal Mercier dans un couloir d'hôpital, avec leur chariot d'outils.

Les équipes de désinfections doivent passer dans chaque chambre avant l'arrivée des patients.

Photo : Radio-Canada / Emy Lafortune

J’ai vu dernièrement un visiteur qui était dans une chambre venir visiter un patient pas de masque. [...] Déjà là, il y a un manque. Ce sont des petites choses irritantes. Nous, on fait notre gros possible pour ne pas qu’il y ait d’éclosions, renchérit Chantal Mercier.

Ces frustrations sont toutefois contrebalancées par la reconnaissance de plus en plus de visiteurs depuis le début de la pandémie, remarque-t-elle.

« Les visiteurs et les patients nous disent beaucoup plus "merci, vous êtes la base", et ça, ça nous encourage beaucoup. On le voit de plus en plus, et ça nous donne un petit regain d’énergie. »

— Une citation de  Chantal Mercier, employée en hygiène et en salubrité à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke

M. Rouzou espère maintenant que leur travail continuera à être reconnu, bien après la pandémie.

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