•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’enquête sur les campagnes « anti-Alberta » n’a révélé aucun acte répréhensible

Elle fait toutefois état d’une « campagne de désinformation » contre le pétrole et le gaz albertains.

Sonya Savage

La ministre a répété à plusieurs reprises que l'action des groupes environnementaux avait nui aux développements de l'industrie pétrolière et causé des pertes d'employés en Alberta.

Photo : Gouvernement de l'Alberta/Chris Schwarz

L’enquête publique sur ce que le gouvernement Kenney appelle les « campagnes anti-énergie albertaine » n’a révélé aucun comportement illégal ou répréhensible de la part des groupes environnementaux. L’enquête, qui a coûté 3,5 millions de dollars, visait à faire la lumière sur le financement étranger des groupes opposés au développement du pétrole et du gaz albertains.

La ministre de l’Énergie, Sonya Savage, a admis d’emblée que le rapport de 657 pages n’avait découvert aucun comportement illégal ou répréhensible de la part de groupes environnementaux. Est-ce que c’était illégal, non. Est-ce que c’était mal? Je pense que la majorité des Albertains répondrait oui., a-t-elle lancé.

Le commissaire Steve Allan ne participait pas à la conférence de presse. 

En se basant sur un audit réalisé par la firme comptable Deloitte, il affirme que différentes organisations à but non lucratif ont reçu 54,1 millions de dollars pour des activités antidéveloppement des ressources albertaines entre 2003 et 2019. La ministre Savage affirme qu’il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg.

Le rapport affirme en effet que le financement étranger pour des initiatives environnementales canadiennes s'élève à 1,18 milliard de dollars pour la période allant de 2003 à 2019. Cette somme a cependant été dépensée à la grandeur du pays pour des projets de toutes sortes qui n’avait pas nécessairement de lien avec l’industrie pétrolière et gazière.

La ministre a répété à plusieurs reprises que l'action des groupes environnementaux avait nui aux développements de l'industrie pétrolière et causé des pertes d'employés en Alberta. Elle a notamment fait un lien avec les campagnes anti-pétrole albertain et l’abandon du projet de pipeline Northern Gateway.

Le rapport ajoute qu’il est impossible de déterminer la valeur des pertes économiques qui ont résulté de ces campagnes. Il se limite à dire que les campagnes anti-Alberta ont pu jouer un rôle dans l’annulation de certains développements dans le secteur du pétrole et du gaz.

Steve Allan, en conférence de presse devant un rideau noir.

Le comptable et commissaire de l'enquête publique sur les campagnes anti-énergie albertaine, Steve Allan, a remis son rapport au gouvernement le 30 juillet 2021.

Photo : Radio-Canada

Le rapport dénonce ce qu’il appelle une campagne de désinformation contre le pétrole et le gaz. Lorsque questionnée à ce sujet, la ministre Savage a été incapable de donner un seul exemple de désinformation. Prouver que quelque chose est vrai ou pas demande énormément de travail, a-t-elle expliqué en ajoutant que pour faire une telle affirmation, une enquête quasi judiciaire aurait nécessité un degré de certitude extrêmement élevé.

Le rapport se base cependant en partie sur les recherches de Vivian Krause, une blogueuse et ancienne nutritionniste, dont la méthodologie a été remise en question à plusieurs reprises.

Il contient six recommandations, mais une seule d’entre elles porte sur les groupes environnementaux et leurs sources de financement. Elle se limitait d'ailleurs à recommander davantage de transparence de la part des ONG qui travaillent dans le secteur environnemental.

Un échec pour le gouvernement Kenney

S’ils veulent abolir le financement international des organismes à but non lucratif, qu’ils le disent, mais il va falloir que ça s’applique à l’Institut Fraser ou aux groupes antiavortement, fait valoir de son côté le professeur de science politique à l’Université Mount-Royal de Calgary Duane Bratt.

« On dirait qu’ils veulent que ça s’applique seulement aux groupes qu’ils n’aiment pas, mais ça ne te tiendrait pas devant un juge ça! »

— Une citation de  Duane Bratt, politologue, Université Mount-Royall

La recommandation d’avoir plus de transparence n’est pas nouvelle. Joe Oliver a voulu faire ça il y a 10 ans sous le gouvernement Harper, ajoute-t-il. Ça a été bloqué parce qu’ils voulaient que ça s’applique seulement à certains groupes.

Toujours selon Duane Bratt, ce rapport Allan est un échec de plus dans la stratégie du gouvernement Kenney de répliquer à ceux qui s’opposent à l’industrie pétrolière.

« Ils ont voulu empêcher la réélection de Justin Trudeau, et bien il a été réélu deux fois. La taxe sur le carbone est encore là. »

— Une citation de  Duane Bratt, politologue, Université Mount-Royal

Les groupes environnementaux dénoncent une tactique d’intimidation

On vient de dépenser 3,5 millions de dollars dans un exercice de relations publiques qui ne sert à rien, avance Marc-André Viau, directeur des relations intergouvernementales chez Équiterre.

Il déplore notamment de ne pas avoir pu communiquer en français avec l’équipe du Commissaire Steve Allan. Il ajoute que le gouvernement Kenney tire des conclusions erronées du rapport en affirmant qu’il y a une campagne de désinformation.

Il rejette aussi l’accusation selon laquelle les groupes environnementaux ne sont pas assez transparents. Au contraire, on est très transparents dans l’utilisation des fonds. Nos états de compte sont vérifiés annuellement par des firmes crédibles qui font des audits très précis.

Il ajoute que les dons provenant des membres sont la principale source de financement pour Équiterre. Les fondations sont aussi une source de financement pour faire de la sensibilisation, précise-t-il.

« L’ironie de dire qu’on manque de transparence alors que le rapport est basé sur des informations qui se trouvent sur notre site web je la trouve assez délicieuse. »

— Une citation de  Marc-André Viau, directeur, relations intergouvernementales, Équiterre

Pour sa part, le porte-parole de Greenpeace, Keith Stewart, qualifie l’exercice de tactique d’intimidation de la part du gouvernement provincial. 

C’est une démocratie, nous pouvons dire ce genre de chose. Ils ont tenté d’utiliser un processus légal pour nous intimider [et nous réduire au] silence, mais ça n’a pas fonctionné, explique-t-il.

Selon lui, la vraie menace qui pèse sur l’Alberta est celle des changements climatiques.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !