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Les infirmières garderont leurs primes en cas d’absence motivée, assure Québec

Images génériques de l’hôpital Jean-Talon à Montréal.

Québec a promis en septembre dernier des primes de 12 000 $ à 18 000 $ aux infirmières pour les inciter à rester dans le réseau public ou à le réintégrer.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Réagissant aux informations voulant que les infirmières qui acceptent de travailler dans le réseau de la santé à temps complet verront leurs primes coupées ou révoquées si elles prennent ne serait-ce qu’une seule journée sans solde au cours de l’année, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec corrige le tir.

Selon un article paru jeudi dans Le Devoir, les infirmières admissibles aux primes de 12 000 $ à 18 000 $ promises par Québec verraient leur prime réduite ou même retirée si elles rataient des journées de travail au cours de l’année qui vient.

D'après le Guide d'application des primes du ministère de la Santé, les infirmières qui prennent un congé sans solde, même une seule journée, perdraient l'accès à cette prime ou pourraient être contraintes de la rembourser.

Celles qui s'absentent pour des raisons autres, comme des congés de maladie ou de grossesse par exemple, subiraient une réduction de leur prime en fonction des heures non travaillées.

Visiblement pris de court ce matin par le contenu de ce document, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a évoqué un malentendu avec les syndicats, qu’il a invités à une nouvelle rencontre avec les représentants de son ministère pour éclaircir la situation.

« À moins qu’il y ait de fausses intentions, je pense que le programme a été très mal compris. […] Je vais laisser le syndicat s’asseoir avec le ministère et, si après une deuxième rencontre ce n’est pas clair, je vais m’en mêler. »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec
Christian Dubé esquisse un geste de la main lors d'une conférence de presse.

Christian Dubé est le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le MSSS s'explique

Quelques heures plus tard, le MSSS publiait un communiqué précisant que les absences maladie court ou long terme, les congés de maternité et les absences pour visite de grossesse n’affecteront pas l’admissibilité aux montants, promis par Québec au personnel infirmier.

Toutefois, précise le MSSS, ces absences ne constituant pas du temps travaillé, elles ne seront pas comptabilisées dans les sommes versées, qui seront calculées au prorata du temps travaillé.

« Il serait donc faux d’insinuer que ces absences entraîneront une révocation de la prime de 15 000 $, au même titre que quelqu’un qui arrive en retard au travail. »

— Une citation de  Extrait du communiqué du ministère de la Santé

Selon le MSSS, le seul cas où une personne perdrait l’admissibilité à cette prime ou serait obligée de la rembourser concerne les absences non motivées. Par exemple, des cas où un employé ne se présenterait pas au travail sans avoir prévenu son employeur au préalable ou fournir une raison valable.

Les syndicats cherchent à comprendre

Ce système de primes a beau avoir été mis sur pied pour attirer et retenir des infirmières dans le réseau, les mesures prévues dans le guide de leur application ont plutôt l’effet inverse, si on en croit la présidente de la Fédération de la santé du Québec (FSQ), Claire Montour, qui s'exprimait jeudi sur les ondes d'ICI RDI.

Pour la présidente du syndicat qui représente plus de 5000 infirmières, même si le ministre Dubé assure qu’il s’agit d’un malentendu, ces règles punitives demeurent des règles écrites, et ce qui est écrit, un employeur peut l’appliquer, rappelle Mme Montour.

« On voulait créer des mesures d’attraction rétention, on ne voulait pas des mesures de détention parce que ce n’est pas très intéressant. C’est très pénalisant. »

— Une citation de  Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec

Le cadre de cet arrêté ministériel et de ce guide est de dire : "Je vous demande, avant telle date en décembre, de me dire si vous vous engagez à travailler à temps complet un an et on verra au bout de l’année si vous n’avez pas perdu votre montant parce que vous aurez fait des affaires que je juge pas correctes".

Claire Montour porte une blouse blanche et ses écouteurs sur la tête.

Claire Montour est la présidente de la Fédération de la santé du Québec.

Photo : Radio-Canada

Mais dans un an, souligne la chef syndicale, il peut arriver toutes sortes d’imprévus. La personne qui perd son conjoint, dans notre convention, a droit à cinq jours. Ce n’est pas écrit nulle part [dans le guide]. On fait quoi? Qui va l’interpréter? L’employeur, le ministère, le syndicat, un arbitre? C’est truffé de choses comme ça.

Ce qui est aussi étonnant, souligne Mme Montour, c’est que dans ce même arrêté ministériel on accorde aux cadres une prime salariale de 14 %. À quoi on joue, là?, se questionne-t-elle.

Aux prises avec un exode du personnel soignant qui fuit les heures supplémentaires obligatoires et une charge de travail exacerbée par la pandémie dans le réseau de la santé, le gouvernement Legault avait institué en septembre dernier des incitatifs financiers pour inciter le personnel à demeurer dans le réseau.

Le gouvernement Legault a promis des primes allant de 12 000 $ à 18 000 $ notamment aux infirmières à temps complet pour les inciter à ne pas quitter le réseau public. Le gouvernement espérait également convaincre par ces primes plus de 4300 infirmières recrutées par les agences privées de revenir dans le système public de santé.

Plus de 2000 travailleurs en renfort depuis l'automne

Les efforts entrepris par le gouvernement Legault en septembre dernier pour favoriser la rétention, le retour et l'attraction des infirmières dans le réseau public de santé portent leurs fruits, si on en croit des données publiées jeudi par le MSSS.

Selon le ministère de la Santé, cette stratégie a permis de mobiliser jusqu'ici 2164 personnes pour venir prêter main-forte aux infirmières et au personnel du système de santé.

De ce nombre,

  • 83 sont des travailleurs qui étaient à la retraite et qui ont accepté de revenir au travail;
  • 453 proviennent de la main-d’œuvre indépendante;
  • 1628 sont des travailleurs à temps partiel qui ont accepté de passer au temps complet.

Le MSSS ajoute que des discussions sont en cours avec près de 2800 candidats potentiels.

Selon le ministre de la Santé, Christian Dubé, les mesures mises en place pour améliorer les conditions d'exercice des infirmières du réseau public s'inscrivent dans le cadre d'un changement de culture important qui s'amorce dans le milieu de la santé au Québec.

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