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Le Québec et la France dénoncent « les dérives liées à la culture de l’annulation »

Le ministre de l’Éducation, Jean François Roberge, signe une lettre ouverte avec son homologue français, Jean-Michel Blanquer, pour dénoncer l'influence de « courants radicaux issus d’un militantisme délétère et déconnecté de nos réalités ».

Jean-François Roberge en conférence de presse.

Le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge a signé une lettre ouverte avec son homologue français, Jean-Michel Blanquer.

Photo : Ivanoh Demers

La « culture de l’annulation » et « l’effacement » d’une partie de « l’Histoire » doivent cesser.

C’est, en résumé, ce que clament conjointement les ministres français et québécois de l’Éducation dans une lettre ouverte obtenue par Radio-Canada, titrée L’école pour la liberté, contre l’obscurantisme.

Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge dénoncent les excès et les outrances de cette idéologie et des méthodes directement importées de certains campus universitaires américains et qui sont à mille lieues des valeurs de respect et de tolérance sur lesquelles se fondent nos démocraties.

Une mouvance, disent-ils, qui constitue un terreau fertile pour tous les extrêmes qui menacent la cohésion de nos sociétés.

Les deux ministres font directement référence aux milliers de livres détruits, dont certains ont été brûlés et enterrés, par un conseil scolaire de l’Ontario. Une cérémonie de purification par la flamme avait été organisée en 2019.

Cette histoire, révélée par Radio-Canada, avait fait le tour du monde et soulevé l’indignation de nombreux politiciens.

« Le bannissement de personnalités, de spectacles et de conférences, le harcèlement sur les médias sociaux, la censure, l’assujettissement de la science à l’idéologie, l’effacement de l’Histoire jusqu’à l’autodafé de livres constituent autant d’assauts portés contre la liberté d’expression et le sens civique, qui nous ramènent aux temps les plus obscurantistes de nos sociétés occidentales. »

— Une citation de  Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge
Deux hommes se serrent la main.

Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge ont eu l'occasion de se rencontrer en octobre 2019, lors de la visite du ministre français à Montréal.

Photo : Ministère de l'Éducation du Québec

Une influence pernicieuse

À leurs yeux, le refus d’être exposé à des points de vue opposés témoigne d’un recul inquiétant de l’esprit démocratique. Il y aurait ainsi un malaise grandissant face aux débats et au dialogue. Un phénomène qui frappe autant la France que le Québec, écrivent-ils.

Selon Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge, il faut à tout prix lutter contre la radicalisation des prises de position ainsi que la culture de l’intolérance et de l’effacement, mais aussi contre l’influence pernicieuse de cette culture.

« Ce n’est pas en renonçant à être qui nous sommes ni en ignorant d’où nous venons, comme le professent les "assassins de la mémoire", que nous pourrons célébrer le progrès et nous projeter vers l’avenir. »

— Une citation de  Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge

L’école, affirment-ils, doit être un rempart primordial contre l’ignorance et l’obscurantisme.

Une rencontre de jeunes sera d'ailleurs organisée par les gouvernements québécois et français pour débattre de ces questions aux côtés d’intellectuels.

Une initiative française

Cette volonté d'écrire une lettre ouverte, signée par des représentants français et québécois, provient de Paris. En apprenant la nouvelle des livres brûlés dans les médias français, notre ministre s’est rapproché de son homologue québécois et lui a proposé une prise de parole commune, explique une porte-parole de Jean-Michel Blanquer.

Cet obscurantisme vient compliquer le travail des enseignants, déplore Jean-François Roberge, à Radio-Canada. En France comme au Québec, constate-t-il, on voit qu'il y a une certaine culture du bannissement qui vient nous empêcher en réalité d'accomplir la mission de l'école. On veut des écoles où la liberté d'expression est reine.

Le wokisme a amené Trump au pouvoir, selon Blanquer

La semaine passée, le ministre Jean-Michel Blanquer avait soulevé la controverse en France, en évoquant le terme woke, qui n’apparaît cependant pas dans cette lettre ouverte.

La France et sa jeunesse doivent échapper au wokisme, a-t-il déclaré au journal Le Monde (Nouvelle fenêtre). Aux États-Unis, cette idéologie a pu amener, par réaction, Donald Trump au pouvoir, a précisé le ministre français, tout en affirmant ne pas être obsédé par le wokisme.

Je suis simplement contre l’idée que l’on propose à notre jeunesse d’aborder la vie sociale en entrant dans une compétition de ressentiments.

Pressentis comme candidats à l’élection présidentielle au printemps prochain, Éric Zemmour, parfois décrit comme un Donald Trump français, et Xavier Bertrand ont eux aussi déjà dénoncé vivement cette idéologie.

Au Québec, ce terme a également été repris par le premier ministre François Legault le mois dernier. Ce dernier avait qualifié le cochef de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, de woke, avant de donner sa propre définition de ce mot.

Pour François Legault, un woke, c’est quelqu’un qui voit de la discrimination partout.

Avec la collaboration de Sébastien Bovet

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