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Pour contrer la censure des réseaux sociaux, des musées s’affichent sur OnlyFans

Ce coup d'éclat a été imaginé par l'Office de tourisme de la capitale autrichienne pour ouvrir un débat.

Le tableau représenté est le dessin d'une femme nue assise et couverte d'un foulard vert.

Une photo d'un écran d'ordinateur prise le 20 octobre 2021 montre l'œuvre «Crouching woman with green headscarf», de l'artiste autrichien Egon Schiele (1890-1918), sur la plateforme OnlyFans de l'Office de tourisme de Vienne

Photo : afp via getty images / CELINE JANKOWIAK

Agence France-Presse

Des œuvres comme la Vénus paléolithique, les nus d'Egon Schiele ou les toiles de Modigliani sont censurées sur les réseaux sociaux. Pour déjouer ces derniers, des musées de Vienne, en Autriche, s'affichent sur la plateforme OnlyFans, connue pour ses contenus sexuellement explicites.

Ce coup d'éclat a été imaginé par l'Office de tourisme de la capitale autrichienne, qui a coordonné l'opération, pour ouvrir le débat sur le rôle des algorithmes et des géants de la technologie dans l'art, souligne son directeur, Norbert Kettner.

Lancé en septembre, le compte a attiré plusieurs centaines de personnes grâce au récent battage médiatique, mais l'audacieuse initiative vise surtout à défendre la liberté artistique.

L'idée, explique à l'Agence France-Presse (AFP) Norbert Kettner, est née des difficultés rencontrées par les musées dans leur travail de promotion sur les réseaux sociaux, dont les politiques sont très strictes en matière de nudité et de lutte contre la pornographie.

Il cite l'exemple de la Vénus de Willendorf, la statuette d'une femme nue et plantureuse exposée au Muséum d'histoire naturelle.

La petite sculpture représente une femme nue.

La «Vénus de Willendorf» est une statuette exposée au Muséum d'histoire naturelle de Vienne et censurée par Facebook.

Photo : ddp/afp via getty images / NORBERT MILLAUER

C'est une figurine symbole de fertilité vieille de près de 30 000 ans considérée comme un chef-d'œuvre de l'art paléolithique. Pourtant, Facebook l'a classée dans les contenus pornographiques , s'insurge Norbert Kettner.

Il est étrange et même ridicule que de nos jours, la nudité fait encore l'objet de controverses, alors que ce devrait être naturel, abonde Klaus Pokorny, porte-parole du musée Leopold qui abrite la plus grande collection d’œuvres du peintre autrichien Egon Schiele.

Des œuvres jugées explicites

Les représentations érotiques de Schiele du musée subissent régulièrement la censure des réseaux sociaux, comme si rien n'avait changé cent ans après la mort de cette figure majeure du modernisme viennois qui a fait scandale.

Dans un autre lieu couru de Vienne, l'Albertina, ce sont des tableaux de l'artiste italien Amedeo Modigliani qui sont jugés trop explicites.

C'est contraints et forcés que nous avons ouvert un compte sur OnlyFans, insiste M. Pokorny. Car les plateformes internationales les plus connues comme TikTok, Facebook ou Instagram n'acceptaient pas nos toiles.

Une femme regarde la publication du tableau de deux femmes nues accroupies sur un ordinateur.

L'œuvre «Two Squatting Women» du peintre autrichien Egon Schiele (1890-1918) sur la plateforme OnlyFans

Photo : afp via getty images / CELINE JANKOWIAK

Thomas Schlesser, auteur d'un ouvrage intitulé L'art face à la censure, juge l'initiative plutôt maline.

En basculant sur le réseau OnlyFans, les œuvres reprennent de fait le caractère provocateur, voire pornographique, qu'elles pouvaient avoir à leur époque, commente cet historien de l'art, directeur de la Fondation Hartung-Bergman.

Les géants des réseaux sociaux se défendent

L'enjeu dépasse l'art classique, selon le responsable de l'Office du tourisme. Il observe une autocensure inconsciente de jeunes créateurs et créatrices, qui ne peuvent se priver de la visibilité offerte par Facebook et les autres réseaux.

Ces derniers, souvent critiqués pour le retrait automatique d'images, assurent que leurs règles ont évolué et sont devenues plus nuancées, pour faire des exceptions en matière de nudité dans le cas, par exemple, de l'art.

Ils ont dit qu'ils avaient fait des efforts, commente Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l'information à l'Université de Nantes. Mais la réalité, c'est que concernant la représentation des corps, notamment féminins, rien n'a réellement bougé, que cela relève ou non d'une forme artistique, estime-t-il, évoquant une forme de pruderie ou de pudibonderie marketing.

Sollicité par l'AFP, Facebook n'avait pas répondu dans l'immédiat.

OnlyFans change

Peut-on attendre des avancées? Norbert Kettner espère des discussions, mais il n'a pour l'instant pas été approché. Et il assume sans complexes l'association de la ville au site OnlyFans, qui s'est imposé depuis plusieurs années comme une destination majeure pour les créateurs et créatrices de contenu érotique ou pornographique payant.

En quête d'une image plus respectable, la plateforme aux 150 millions d'utilisateurs et d’utilisatrices met aujourd'hui l'accent sur les vidéos de recettes de cuisine, de sport ou de conseils santé.

Ces arguments sont repris par les musées viennois pour défendre leur démarche, qui n'a d'ailleurs pas vocation à durer.

Il ne s'agit pas de notre succès sur les réseaux sociaux, mais d'une question de principe, résume Klaus Pokorny. C'est comme une guerre avec d'autres moyens : nous nous battons pour nos droits, notre liberté, face à des gens qui veulent réguler nos vies.

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