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Québec abat ses cartes en vue d’améliorer l’accès aux services de garde

François Legault parle dans un centre de la petite enfance.

Le premier ministre François Legault prévoit compléter le réseau de services de garde éducatifs à l’enfance d’ici mars 2025.

Photo : Radio-Canada / Jacques Boissinot

Québec va allouer au moins 3 milliards de dollars d’ici 2024-2025, soit 1,8 milliard de plus que prévu, pour compléter tel que promis le réseau de services de garde éducatifs à l’enfance. L'objectif premier : créer 37 000 places actuellement manquantes dans le réseau d'ici mars 2025.

Le premier ministre François Legault et son ministre de la Famille Mathieu Lacombe ont présenté jeudi les détails de ce grand chantier, qui repose sur 45 mesures, dont 35 sont nouvelles. Plusieurs d’entre elles sont comprises dans un projet de loi déposé jeudi matin à l’Assemblée nationale.

En plus des 19 000 places en voie d’être créées, Québec entend en ajouter 17 000 autres d’ici trois ans et demi. Et 1000 autres places seront réservées aux communautés autochtones, avec lesquelles des discussions devront avoir lieu. Ce développement nécessitera au moins 17 800 éducatrices de plus, dont 14 000 qualifiées.

« On veut que ça démarre au plus sacrant la construction des 37 000 places. [...] Je trouve ça long, trois ans et demi, mais on m'a promis que c'était un maximum. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre n'est pas le seul à trouver que le délai est long. Des parents en attente d'une place, comme Carolanne Claveau, mère de deux fillettes de la région de Québec, vivent de l'incertitude et de la frustration.

Moi, je ne sais pas si je vais avoir encore une place au travail quand Laurel [sa plus jeune] aura trouvé sa place en garderie, confie-t-elle en entrevue à RDI jeudi.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) estiment néanmoins que le gouvernement envoie un signal positif avec cette annonce et montre une réelle volonté de redresser le réseau.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération québécoise des municipalités (FQM) accueillent aussi favorablement les nouvelles mesures présentées par Québec.

Il était plus que temps de créer des places, selon Éric Gingras, président de la CSQ, réagissant à l'annonce par communiqué jeudi.

Pour créer ces nouvelles places, Québec lance dès aujourd’hui un appel d’offres continu, et non des appels ciblés, comme c’était le cas jusqu’ici. Le projet de loi accorde en outre au ministre de la Famille le pouvoir de créer lui-même des places au besoin dans les régions où il en manque.

La pièce législative, la première de la nouvelle session parlementaire, modifie également le mécanisme d’évaluation des besoins, pour permettre au ministre de déterminer l’offre de services de garde nécessaire pour répondre à la demande dans certaines régions, en collaboration avec des comités consultatifs régionaux.

Elle prévoit également que le ministre de la Famille pourra dorénavant intervenir dans certaines circonstances afin de maintenir des services de garde lorsqu'un titulaire de permis cesse ses activités ou s’apprête à le faire.

« On se donne enfin les moyens, après 25 ans, pour compléter le réseau, et je pense que c’est bon pour les enfants, c’est bon pour les parents, mais c’est bon aussi pour l’économie du Québec. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Un nouveau guichet unique

Un nouveau guichet unique, qui remplacera La Place 0-5, sera par ailleurs créé et sera mis sous la responsabilité du gouvernement. Il sera obligatoire d'y inscrire son enfant pour obtenir une place.

Le projet de loi prévoit que les parents pourront connaître leur véritable rang dans une liste d'attente pour chaque service de garde auxquels ils auront inscrit leurs enfants.

« Les parents qui sont sur une liste d’attente ont souvent de la difficulté à connaître leur rang d’abord – ce n’est pas très transparent – et le délai avant d’obtenir une place. Ils sont laissés dans l’incertitude et ça s’ajoute au stress qu’ils vivent [...]. C’est un vrai cauchemar pour beaucoup de parents, on va changer ça. »

— Une citation de  Mathieu Lacombe, ministre de la Famille du Québec

Le gouvernement entend cependant développer une formule pour prioriser l'accès aux services aux enfants issus des familles les plus pauvres.

On veut que les enfants issus des milieux défavorisés soient priorisés dans les politiques d’admission. Nos services de garde, c’est un levier formidable pour assurer l’égalité des chances au Québec […] On veut miser là-dessus, a expliqué M. Lacombe.

Toutefois, cela ne se réalisera pas du jour au lendemain. En séance de breffage technique jeudi matin, des responsables du ministère ont indiqué que cela allait prendre au moins deux ans.

François Legault parle debout devant un arbre géant et Mathieu Lacombe à sa droite le regarde.

Le premier ministre François Legault (droite) était accompagné du ministre de la Famille Mathieu Lacombe lors de l'annonce sur les services de garde.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le projet de loi revoit également à la hausse les limites actuelles quant au nombre d’enfants que peut accueillir une installation et au nombre maximal de places subventionnées dont peuvent bénéficier les titulaires de plusieurs permis.

Concrètement, si le projet de loi est adopté, les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies subventionnées ne seront plus tenus de se limiter à cinq installations, comme c'est le cas à l'heure actuelle, et ils pourront accueillir dans chacune d'elles 100 enfants, plutôt que 80, si l'espace le permet.

Le projet de loi prévoit aussi que les garderies privées en milieu familial devront être formellement reconnues par un bureau coordonnateur, ce qui n'est pas le cas en ce moment. Seules les personnes qui gardent un maximum de deux enfants ou des enfants habitant ordinairement ensemble échapperont à cette règle.

À terme, Québec prévoit que son plan d'action entraînera des dépenses récurrentes de 950 millions de dollars par année.

D'autres mesures à venir

Par ailleurs, le plan d'action du gouvernement prévoit une bonification du crédit d'impôt pour frais de garde d'enfants. Cette mesure, qui doit être annoncée ultérieurement par le ministre des Finances, Eric Girard, vise à améliorer l'équité entre les familles.

Eric Girard tient dans ses mains une copie de son budget.

Le ministre québécois des Finances Eric Girard.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

À l'heure actuelle, ce crédit d'impôt est beaucoup moins avantageux pour les familles qui envoient leur enfant dans une garderie non subventionnée, qui finissent par débourser plus d'argent que les autres.

Le gouvernement entend aussi poursuivre la conversion de places non subventionnées en places subventionnées. Jusqu'ici, seul un projet pilote concernant 3500 places a été annoncé.

Les garderies non subventionnées inquiètes

Mais ce qui a été dévoilé jusqu’ici ne rassure pas la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec, pour qui la conversion complète du réseau est aujourd’hui plus urgente que jamais.

La Coalition est très préoccupée par l’absence de plan ou de date précise entourant la réalisation de cet important projet de société, peut-on lire dans un communiqué diffusé après l’annonce du gouvernement.

Selon la Coalition, la bonification du régime de remboursement anticipé devrait être d’au moins 300 millions $ pour ajuster l’écart entre le coût réel par enfant au public et au privé. Elle s’attend à des centaines de fermetures de garderie non subventionnées si le gouvernement n’intervient pas davantage.

Le groupe entend déployer une série de moyens de pression au cours des prochains jours afin de témoigner de leur insatisfaction.

La CSQ, quant à elle, remet en question la volonté du gouvernement de bonifier le crédit d’impôt pour frais de garde. Celui-ci nourrit la concurrence des garderies privées et nuit aux efforts de cohérence pour garantir un réseau public, régi et subventionné, selon le syndicat.

Recrutement et conditions de travail

Le plan du gouvernement passera aussi par le recrutement d'éducatrices supplémentaires, ce qui s'annonce comme un important défi, étant donné la pénurie de main-d'œuvre actuelle.

À ce sujet, le gouvernement entend par exemple créer un programme travail-études, où des éducatrices pourraient travailler dans un service de garde à temps partiel, tout en demeurant sur les bancs d'école.

Je ne peux pas dire qu’il va y en avoir tant que ça qui pourront être recrutées, estime cependant Danielle Cardinal, une éducatrice de la petite enfance, en entrevue à RDI jeudi. Mme Cardinal est d'avis que l'augmentation salariale et une valorisation accrue du travail d'éducatrice seront cruciales pour y arriver.

Même son de cloche chez la députée sherbrookoise de Québec solidaire, Christine Labrie. Il n’y en aura pas de miracle sans rattrapage salarial, les éducatrices n’arriveront pas par magie juste parce qu’on construit des bâtisses, soutient-elle.

Mais c'est un chantier auquel le gouvernement s'est déjà attelé. Au cours des dernières semaines, Québec a ainsi bonifié de plusieurs milliers de dollars le salaire des éducatrices des garderies en milieu familial, et celles travaillant dans les CPE et les garderies subventionnées.

La présidente de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon, souligne par communiqué l’urgence de rehausser les conditions de travail des intervenantes des CPE alors que les négociations entourant leur nouvelle convention collective sont toujours en cours. Les syndiquées exigent encore plus d'argent, mais aussi de meilleures conditions de travail.

Enfin, Québec compte permettre à plus de familles d'avoir accès à des services de halte-garderie.

Avec la collaboration de François Alexis Favreau

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