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Des allégations « troublantes » de racisme au travail à Immigration Canada

Des employés racialisés ont confié qu’ils avaient été « ignorés pour l’obtention d’occasions de perfectionnement professionnel et de promotions ».

Des personnes dont on ne voit pas le visage sont assises et tiennent dans leurs mains un drapeau canadien.

Un rapport sur le racisme au travail à Immigration Canada révèle de multiples cas de microagressions.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Radio-Canada

Un gestionnaire qui salue régulièrement un employé sud-asiatique par un signe « namaste »; une employée qui accueille sa collègue en lui disant « Salut, ma noire »; un gestionnaire qui affirme que les Autochtones sont « paresseux » : ces cas d’abus verbal se sont tous déroulés au ministère fédéral qui se consacre à l'accueil des immigrants au pays, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), selon un rapport.

Disponible en ligne (Nouvelle fenêtre) depuis peu, le rapport de 20 pages intitulé Groupes de discussion des employés d’IRCC sur l’antiracisme a été présenté au ministère en juin dernier.

Le document se fonde sur 10 groupes de discussion organisés par la firme de recherche Pollara et auxquels ont participé 54 employés représentatifs d’IRCC au mois de mars.

De nombreux employés ont déclaré lors de ces séances qu’ils avaient été témoins de propos racistes au travail. Le rapport décrit des cas de micraoagressions :

  • Des superviseurs et des employés qui utilisent le mot ghetto pour désigner des secteurs du ministère où la représentation des employés de couleur est élevée;
  • Un gestionnaire qui désigne les Autochtones comme étant des personnes paresseuses, ou qui décrit le colonialisme comme étant une bonne chose;
  • Des références internes pointant certaines nations africaines comme étant les 30 nations corrompues;
  • Un gestionnaire qui accueille systématiquement tous les employés de l’unité par leur nom, à l’exception des employés noirs lorsqu’il parcourt l’unité.

Des préjugés dans l'embauche et la promotion

Des employés racialisés ont également confié à Pollara qu’ils avaient été ignorés pour l’obtention d’occasions de perfectionnement professionnel et de promotions. Le rapport signale notamment qu’un gestionnaire aurait annulé l’évaluation d’un employé de couleur pour offrir une promotion à un employé non racialisé.

« Les expériences de racisme à IRCC comprennent des microagressions, des préjugés dans l’embauche et la promotion, ainsi que des préjugés dans la prestation des programmes, des politiques et du service à la clientèle d’IRCC. »

— Une citation de  Extrait du rapport d'IRCC

Les employés de couleur d’IRCC ont soutenu qu’ils étaient marginalisés au travail et qu’ils occupaient des postes contractuels temporaires précaires de façon disproportionnée et pendant une longue période.

Selon eux, cette situation les empêche de défendre leurs propres droits à une progression professionnelle ou même de dénoncer des cas de racisme auxquels ils font face par crainte de représailles.

Les participants aux groupes de discussion ont également déclaré qu’ils estimaient que ce racisme avait des répercussions sur le traitement des dossiers – ceux des immigrants et réfugiés au Canada. Ils ont cité en exemple l’application de règles discriminatoires pour le traitement des demandes d’immigration provenant de certains pays ou régions, dont des exigences supplémentaires en matière de documents financiers pour les demandes provenant du Nigeria.

Le ministère déterminé à être équitable

Dans une déclaration écrite, IRCC a indiqué qu’il prenait les opinions exprimées dans ces groupes de discussion très au sérieux et qu’il comptait agir.

Certaines de ses promesses avaient déjà été annoncées avant la publication du rapport de Pollara, comme le groupe de travail sur l'élimination du racisme lancé par l'IRCC en juillet 2020.

Le ministère a ajouté qu’il menait des consultations avec des acteurs externes sur comment repérer et traiter les cas de racisme systémique dans les politiques et les programmes et qu’il avait déjà mis en place des formations sur les préjugés inconscients. Il a aussi nommé un représentant antiracisme par unité.

IRCC s’est dit engagé à appliquer les procédures d'immigration de manière équitable et non discriminatoire.

Invité à commenter le rapport de Pollara, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a indiqué qu’il était alarmé.

« Le fait qu'il y ait des allégations et des préoccupations de racisme dans un ministère qui s'occupe de personnes racialisées est profondément, profondément troublant et ne peut pas continuer. »

— Une citation de  Jagmeet Singh, chef du NPD

Un refrain familier

Ce n’est pas la première fois qu’IRCC procède à un examen de conscience sur le racisme au sein de ses unités de travail. En février 2021, le ministère avait organisé une réunion publique pour discuter d’un sondage auquel 2712 employés avaient répondu l’année précédente.

Selon un résumé de ce sondage qu’a obtenu CBC News, 65 % des employés noirs et 55 % des minorités visibles ont déclaré avoir été victimes de microagressions. Cette proportion s’élevait à 13 % chez les employés non racialisés.

Parallèlement, 53 % des employés non racialisés d’IRCC ont dit qu’ils croyaient que les personnes de races et d’ethnies différentes avaient les mêmes occasions de carrière qu’eux, tout comme 48 % des employés autochtones. Mais 55 % des minorités visibles ont avancé qu’elles en avaient moins.

Plus du tiers des minorités visibles et des Autochtones sondés ont affirmé qu’elles avaient confiance dans les capacités d’IRCC de créer un milieu de travail sain et sans discrimination.

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