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Deux piétons morts en un jour : le projet Vision zéro de Toronto mis à l’épreuve

Une scène d'accident avec des officiers de police et des pompiers.

Un piéton octogénaire est mort mardi après avoir été percuté par deux véhicules dans le nord-est de Toronto. Quelques heures plus tôt, une piétonne avait succombé à ses blessures dans une autre collision.

Photo : CBC/Yanjun Li

Une jeune femme de 17 ans et un homme âgé de 81 ans ont perdu la vie mardi après avoir été percutés par des véhicules à quelques heures d’intervalle. Il s’agit des 18e et 19e piétons à trouver la mort cette année dans la Ville Reine.

L’étudiante de l’Institut collégial Birchmount Park a été victime d’une collision en fin de matinée avec un Dodge Caravan à l’intersection de la rue Birchmount et de l’avenue Danforth, à Scarborough.

Découverte dans un état critique par les secours, elle a été transportée à l’hôpital, mais y a succombé à ses blessures.

Une scène d'accident clôturée par un ruban jaune.

Les lieux de l'accident qui a coûté la vie à une adolescente de 17 ans à Scarborough, dans l'est de Toronto.

Photo : CBC/Pelin Sidki

Plus tard en soirée, les services d’urgence ont été contactés au sujet d’un octogénaire qui a été percuté successivement par deux véhicules alors qu’il traversait l’allée O’Connor entre deux passages piéton, près du croisement avec l’avenue Pape, dans le nord-est de Toronto.

Un premier impact avec le conducteur d’une voiture de sport Porsche âgé de 82 ans a projeté la victime sur les voies de circulation en sens inverse, où un VUS l’a heurtée. Sa mort a été déclarée sur place.

Un porte-parole du Service de police de Toronto, s’est dit choqué par le fait que deux accidents mortels se soient produits en si peu de temps.

« Une mort, c’est une mort de trop. »

— Une citation de  Sergent Murray Campbell, Service de police de Toronto

En 2021, 46 personnes ont trouvé la mort sur les routes de la Ville Reine (contre 40 sur l’ensemble de 2020) et les piétons forment le groupe le plus touché, explique-t-il.

Dans le détail :

  • 19 piétons
  • 1 cycliste
  • 6 conducteurs d’automobiles
  • 8 passagers
  • 11 conducteurs de motocycles
  • 1 passager

La double tragédie de mardi me brise le coeur, a dit le maire John Tory lors d’une conférence de presse mercredi.

Ce sont des décès qui sont évitables et nous allons faire plus en tant que Ville, mais nous devons compter sur un vrai partenariat avec les gens qui conduisent pour être plus prudents.

Une carte montre les endroits où des piétons ont été mortellement percutés en 2021.

La grande majorité des collisions mortelles impliquant les piétons en 2021 (la carte a été mise à jour le 1er octobre) sont survenues hors du centre-ville de Toronto. Une amélioration des infrastructures est nécessaire pour sécuriser ces derniers, au détriment du « tout voiture » qui domine dans la banlieue, selon Andre Sorensen, de l'Université de Toronto.

Photo : Ville de Toronto

En tout et pour tout, 619 collisions entre des piétons et des véhicules ont été recensées cette année. C’est un peu moins que l’an dernier à pareille date, malgré le fait que les routes étaient alors moins occupées du fait des différents confinements liés à la pandémie.

Le sergent Campbell explique cette statistique contre-intuitive par une tendance à une conduite plus rapide lorsque les routes étaient moins achalandées.

John Tory mime le fait de tenir un volant.

Le maire de Toronto, John Tory, a appelé mercredi les conducteurs à se conformer aux efforts de la Ville pour ralentir la circulation. Des dizaines de radars automatiques sont en activité depuis un an, tandis que plusieurs zones ont vu leur vitesse maximale réduite.

Photo : Radio-Canada

Maintenant de retour vers son niveau prépandémique, la circulation plus lente est frustrante pour tout le monde mais ralentit également les véhicules et donne plus de possibilités de réagir aux autres acteurs sur la chaussée, selon lui.

La banlieue de Toronto, parent pauvre de l'aménagement urbain

La vitesse fait partie des problématiques soulevées par un nouveau rapport publié par l’Université de Toronto à Scarborough, qui pointe les failles dans la sécurisation des infrastructures routières pour les piétons et les cyclistes.

Pour le directeur de l’étude, le professeur Andre Sorensen, le statu quo est surtout criant dans les banlieues proches de Toronto.

Scarborough, North York ou Etobicoke font partie du plan municipal Vision zéro en vigueur depuis 2016, qui cherche à réduire à zéro les décès et les blessures liés à la circulation, selon la Ville.

Ces espaces ont tous été construits à une époque [dans les années 1950 et 1960] où les gens croyaient que la plupart des déplacements se feraient en voiture. Il y a des artères à grande échelle conçues pour être rapides et une hiérarchie de rues menant aux autoroutes de la série 400.

Désormais, on réalise que l'aménagement urbain n'est pas seulement pour les automobiles, mais également pour les piétons, pour les cyclistes, pour d'autres types d'usagers, reprend Alexandre Nolet, ingénieur en sécurité routière, de la compagnie de conseil True North Safety Group.

Une tendance à la baisse

On doit changer d'une façon géométrique et physique l'environnement urbain pour que la route incite les conducteurs à lever le pied et non plus qu’ils aient à se fier uniquement aux pancartes de limitation de vitesse, dit-il.

Des voies d'une route sont peintes en rouge.

Ces voies rouges ont été aménagées il y a un an pour l'usage exclusif des autobus sur la route Kingston, l'une des artères majeures de l'est de Toronto.

Photo : CBC/Martin Trainor

Toronto est selon lui la ville en Ontario qui a de loin pris le plus d’initiatives pour améliorer son réseau routier, mais il y a certaines contraintes, poursuit-il, surtout au vu de l’ampleur de la toile torontoise.

La tendance du nombre de piétons morts depuis le début des années 2000 est à la baisse, souligne M. Nolet.

Des changements possibles

Malgré tout, les collisions entre les véhicules et les piétons sont très difficiles à prévenir, contrairement aux stratégies pour éviter les collisions entre les véhicules, relève-t-il.

De son côté, le professeur Sorensen voit un excellent potentiel de changement en faveur de la mobilité dans les grandes artères des banlieues.

Il y a beaucoup d'espace et un excellent potentiel pour que le réseau hors route soit fantastique et pourra inciter les gens à l’utiliser, assure-t-il.

Deux enfants traversent un passage pour piétons pendant qu'un agent tenant un panneau stop arrête la circulation routière.

Des efforts doivent être faits pour améliorer l'usage de la route et de ses abords pour les piétons, selon Andre Sorensen.

Photo : CBC/Ben Nelms

Réduire le nombre et de la largeur des voies principales permettra d’élargir les trottoirs et de développer le réseau de pistes cyclables, tandis qu’il propose de multiplier les passages piétons.

Beaucoup de gens traversent où il n'y a pas de feu de signalisation, ce qui est extrêmement dangereux lorsque vous traversez sept voies de circulation.

Le sergent Campbell, quant à lui, rappelle que le partage de la route et la vigilance est la responsabilité de tous.

Dans la plupart des collisions entre piétons et véhicules, le piéton est malheureusement celui qui souffre le plus et se blesse le plus, peu importe qui est fautif ou pas fautif.

Il vaut mieux se protéger que d'avoir raison et d'être blessé.

Avec les informations de Anne-Marie Trickey

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