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Un bénévole d’hôpital destitué après la découverte de photos d’objets nazis

Il est en pleine allocution devant un micro.

Keith Taylor a été destitué du conseil consultatif des familles des patients au Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay (CRSSTB) pour avoir enfreint la politique sur les réseaux sociaux.

Photo : Keith Taylor

Radio-Canada

L'hôpital de Thunder Bay, dans le Nord de l'Ontario, destitue un bénévole après la découverte d'images d'objets nazis sur sa page Facebook personnelle.

Keith Taylor n'est plus coprésident du conseil consultatif des familles des patients au Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay (CRSSTB), où il a fait du bénévolat pendant environ une décennie. L'hôpital cite sa politique sur les médias sociaux.

Avertissement : ce texte contient des détails de nature sensible et explicite.

Dans plus d'une douzaine de publications du compte Facebook de Keith Taylor se trouvent des images de croix gammées, une sculpture en bronze de la tête d'Adolf Hitler et un insigne militaire. Elles ont en majorité été partagées en 2012.

Plusieurs photos montrent des drapeaux nazis avec des croix gammées. En plus de faire des blagues sur les nazis, Keith Taylor emploie une insulte envers les personnes d'origine asiatique dans une publication au sujet des anciens combattants du Vietnam.

Joint par CBC, M. Taylor a indiqué qu'il n'était pas content de sa destitution, soulignant qu'il a été impliqué dans plusieurs développements et changements de politiques profitables aux patients au sein de l'hôpital.

Il a ajouté qu'il comprend la décision prise par l'hôpital, mais cherche à se défendre.

« Je ne suis pas raciste. Je ne suis pas nazi. Je suis un homme qui se soucie de ma communauté et je suis un passionné d'histoire. »

— Une citation de  Keith Taylor

Keith Taylor dit qu'il collectionnait ces objets dans l’espoir d’ouvrir un musée pour éduquer les gens sur l'histoire militaire. L’idée n’a jamais vu le jour. Il affirme s’être départi de la plupart de ces objets depuis 2012.

Des experts de l'Holocauste ont fait part de leurs inquiétudes à CBC quant à la façon dont les artéfacts ont été présentés sur Facebook. Pendant la Seconde Guerre mondiale, environ six millions de juifs et de cinq millions de non-juifs ont perdu la vie dans les camps de concentration nazis.

Le CRSSTB ne précise pas quelles publications en particulier contreviennent à sa politique sur les réseaux sociaux ou si une plainte officielle avait été déposée.

En date du 22 février 2012, Keith Taylor publie la photo d’un brassard utilisé pour identifier les détenus du camp de concentration de Buchenwald en Allemagne. « Imaginez si ce brassard pouvait parler, les ressources étaient si rares que les brassards étaient parfois utilisés plusieurs fois », écrit-il dans la légende.

Dans une autre publication datée du 2 mars 2012, Keith Taylor prétend avoir reçu une décoration militaire allemande décernée aux soldats ayant réussi plusieurs attaques. Sous la photo de l'insigne de combat des blindés, il écrit « Je porte ça sur ma veste de motocycliste. »

Sous la photo d'un casque de guerre, l’homme écrit :  « Hey clem, celui-ci est pour toi mon petit nazi, lol. »

Keith Taylor s'excuse

Dans une entrevue accordée à CBC, Keith Taylor s'excuse pour les préjudices causés par ses publications. Il croyait partager ces photos et commentaires seulement avec quelques amis qui étaient au courant de son intention d'ouvrir un musée sur l'histoire militaire. 

Les objets de l'Allemagne nazie ne composaient qu'une partie de sa collection. Il soutient qu’il possédait aussi des objets historiques de l’Amérique, de l’Italie, de la Russie et de la Grande-Bretagne. 

« Nous devons nous souvenir de ce genre de choses. Nous ne devons jamais oublier les atrocités. Jamais. »

— Une citation de  Keith Taylor

La responsabilité morale des artéfacts

Le 17 juin 2012, Keith Taylor publie sur Facebook une photo d’une sculpture en bronze de la tête d'Hitler, qui, selon lui, date de 1942. Dans la légende, il déclare Je ne suis pas nazi, juste un passionné d'histoire .

Cette justification suscite le scepticisme de Jody Spiegel, directrice du Programme des mémoires de survivants de l'Holocauste de la Fondation Azrieli à Toronto et présidente du groupe de travail sur l'éducation de l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste.

Ces images sont provocantes, un musée est un espace d'éducation et de discussion, dit-elle après avoir consulté les publications sur Facebook. Les réseaux sociaux ne sont pas l’endroit pour de telles discussions, selon elle.

Elle regarde directement la caméra. Plan aux épaules.

Jody Spiegel est la directrice du Programme des mémoires de survivants de l'Holocauste de la Fondation Azrieli à Toronto et la présidente du groupe de travail sur l'éducation de l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste.

Photo : Jody Spiegel

Daniel Hannah, président de la congrégation Shaarey Shomayim à Thunder Bay, ne comprend pas pourquoi quelqu'un voudrait collectionner des objets associés à l'antisémitisme et à l'Holocauste.

Cela soulève des questions de jugement , écrit-il par courriel à CBC. Il craint que de telles collections ne soutiennent l’organisation de groupes néo-nazis et qualifie plusieurs des images de dérangeantes .

Pour la professeure agrégée d'histoire à l'Université Lakehead, Valerie Hébert, il y a une responsabilité sociale qui vient avec l’utilisation de ces symboles historiques. Elle explique qu’on ne peut pas les dissocier de leur contexte historique.

L’experte en matière d'enseignement de l'histoire de l'Holocauste a également examiné certaines des publications de Keith Taylor sur Facebook.

Valerie Hébert souligne l’importance de montrer des objets historiques afin de bien les comprendre, interpréter et contextualiser. Elle juge toutefois la manière de Keith Taylor sur Facebook de plutôt cavalière .

« Penser que vous pouvez partager et afficher ce genre de symboles et ne pas être responsable des idées qu'ils représentent est irresponsable. C'est imprudent et potentiellement dangereux. »

— Une citation de  Valerie Hébert, professeure agrégée d'histoire à l'Université Lakehead

En réponse à ces préoccupations, Keith Taylor réitère que son intention en 2012 était de partager ses nouveaux acquis avec les quelques amis qui connaissaient son ambition de créer un musée.

Il ajoute avoir publié ces images il y a si longtemps qu'il avait oublié qu'elles étaient encore visibles en ligne. Les gens sont mal à l'aise avec l'histoire. Ils sont très sensibles et je les comprends, mais je crois fermement que nous devons nous souvenir des parties les plus laides de notre histoire, précise-t-il.

Keith Taylor a publié toutes ses photos il y a neuf ans, peu de temps après avoir commencé à faire du bénévolat au Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay.

En 2015, il a reçu le Prix des champions de la sécurité des patients 2015 (Nouvelle fenêtre) décerné par ​​l'Institut canadien pour la sécurité des patients et SoinsSantéCAN.

Un chemin menant vers un bâtiment en partie caché par des arbres.

L'entrée du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

C’est l’actuelle présidente-directrice générale du CRSSTB, Rhonda Crocker Ellacott, qui avait soumis sa nomination.

Elle déclarait à son sujet que Keith est un leader extraordinaire et nous nous estimons privilégiés d'avoir une personne de ce calibre qui travaille avec nous . Elle ajoute qu’il est impliqué à tous les échelons de l'organisation qu’« il a aidé le CRSSTB à s'adjoindre des leaders » en plus de siéger à de nombreux comités. 

Le Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay a refusé la demande d’entrevue de CBC avec Rhonda Crocker Ellacott et de commenter qui était responsable de la nomination de Keith Taylor à son poste de coprésident du conseil consultatif des familles des patients et de son inclusion dans le conseil de la haute direction. L’hôpital ne précise pas s'il fera des excuses publiques.

D'après les informations de CBC

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