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Les impacts sanitaires du changement climatique empirent, selon le Lancet

Gros plan sur une main prenant une poignée de terre sèche.

La hausse du nombre de jours de canicule et des sécheresses touche particulièrement les plus vulnérables (archives).

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Le rapport 2021 du Compte à rebours du journal The Lancet sur la santé et le changement climatique note « une augmentation incessante des impacts sanitaires du changement climatique », comme les phénomènes météo extrêmes et la propagation de maladies.

Si personne n’est à l'abri de ces impacts, le rapport souligne que le changement climatique tend à creuser les inégalités existantes et formule cinq recommandations spécifiques à l'intention du Canada.

En raison de multiples risques sanitaires simultanés et en interaction, le changement climatique menace d’inverser des années de progrès en matière de santé publique et de développement durable, indique le rapport rendu public (Nouvelle fenêtre) mercredi (le document intégral est disponible ici en anglais (Nouvelle fenêtre)).

Représentation d'une forêt en feu.

Des inégalités grandissantes

Parmi ces risques sanitaires, on cite la hausse du nombre de jours de canicule et des sécheresses, qui affectent particulièrement les plus vulnérables, comme les personnes âgées et les moins nantis.

Ce sont les populations des pays ayant des niveaux faibles et moyens d’indice de développement humain (IDH) (Nouvelle fenêtre) – un indice de l’ONU prenant en compte le niveau de vie et d’éducation, ainsi que l’espérance de vie – qui ont connu la plus forte augmentation de la vulnérabilité à la chaleur au cours des 30 dernières années, souligne le rapport.

Les travailleurs agricoles de ces régions sont particulièrement touchés par les températures extrêmes, et le changement climatique commence à inverser des années de progrès dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et hydrique qui affecte encore les populations les plus mal desservies dans le monde.

Les conditions environnementales changeantes augmentent également l’aptitude à la transmission de nombreux agents pathogènes et de maladies, dont le paludisme, le choléra ainsi que les virus de la dengue, du Zika et du chikungunya à l’échelle mondiale.

Un moustique Aedes aegypti.

Le moustique Aedes aegypti transmet le Zika, ainsi que la dengue et le chikungunya.

Photo : Associated Press / James Gathany

Malgré cela, la majorité des pays ne fournissent pas une réponse d’adaptation proportionnelle aux risques croissants auxquels leurs populations sont confrontées, déplore le Compte à rebours, ce qui les laisse mal préparés à répondre aux pandémies et aux urgences sanitaires liées au climat.

Une situation d’autant plus préoccupante que les engagements mondiaux actuels en matière de décarbonisation sont insuffisants pour répondre à l’ambition de l’Accord de Paris, rappellent les auteurs.

Des progrès ont tout de même été constatés sur certains plans : la production d’énergie renouvelable a augmenté, l’investissement dans de nouvelles capacités charbonnières a diminué et le nombre de véhicules électriques a connu une hausse, note le rapport.

Le Canada de plus en plus touché

Même les pays riches et nordiques, comme le Canada, ne sont pas épargnés par les risques sanitaires liés au changement climatique, précise The Lancet, citant les centaines de morts en Colombie-Britannique pendant les épisodes de canicule sans précédent de l’été dernier.

L’été dernier a été terrible, on a eu vague de chaleur par-dessus vague de chaleur, feux de forêt, il y a eu des inondations dans le nord du pays, on a vécu directement c’était quoi les changements climatiques, illustre la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin de famille et présidente de l’Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME).

On sait que ça, ce n’est pas notre nouvelle réalité, c'est un avant-goût, parce qu’on sait que ces événements météorologiques extrêmes vont continuer d’augmenter en intensité, en fréquence, déplore-t-elle.

Des voitures brûlées devant les ruines d'un bâtiment.

Le village de Lytton, en Colombie-Britannique, a été réduit en cendres l'été dernier (archives).

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Et ces risques exacerbent les inégalités au pays. Par exemple, les plus vieux sont particulièrement affectés par les vagues de chaleur et les Autochtones vivant dans les réserves sont beaucoup plus à risque d’être évacués en raison des feux de forêt, souligne-t-on.

Dans une note rédigée avec l’Association médicale canadienne (AMC) et l’Association canadienne de santé publique (Nouvelle fenêtre) (ACSP), The Lancet formule cinq recommandations à l’intention du Canada. Deux d’entre elles s’articulent autour de la réduction des gaz à effet de serre (GES), mais trois concernent l’adaptation au changement climatique.

Souvent on accorde beaucoup d'intérêt à la réduction des émissions de GES, mais le secteur de l’adaptation finit par être négligé, souligne la Dre Pétrin-Desrosiers, qui est aussi coautrice du compte rendu à l’intention du Canada, d’où l’emphase contenue dans les recommandations.

Cinq recommandations pour le Canada

Il s’agit d’abord d’éliminer toutes les subventions directes et indirectes des combustibles fossiles. Celles-ci s’élèvent à plus de 17 milliards de dollars par année, selon l’Institut international de développement durable (Nouvelle fenêtre) (IISD). Les auteurs du compte rendu pour le Canada proposent de réacheminer ces sommes vers les infrastructures énergétiques saines et renouvelables.

En parallèle, ils recommandent de supprimer l’influence des combustibles fossiles dans les décisions stratégiques en instituant un rapport 1:1 dans les réunions des représentants du gouvernement fédéral avec les groupes à but lucratif et non lucratif et en mettant fin aux réunions à huis clos sur les politiques publiques avec des représentants de l’industrie des combustibles fossiles.

L'industrie fossile a des représentations disproportionnées au niveau des instances politiques, observe la Dre Pétrin-Desrosiers. Donc on demande un meilleur ratio dans les rencontres entre les représentants des énergies fossiles et les groupes citoyens et les experts environnementaux.

Des pompes extraient du pétrole du sol près d'Olds, en Alberta.

L'industrie de l'énergie fossile, le secteur d'activité le plus polluant au pays, reçoit néanmoins d'importantes subventions du gouvernement fédéral (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Les auteurs demandent aussi d’établir et de financer un organisme en vue d’élaborer une stratégie nationale globale d’adaptation climatique pour éviter le travail en silos, et de mener des analyses coûts-bénéfices chiffrant les impacts sur la santé du changement climatique à tous les paliers de gouvernement.

Enfin, ils recommandent d’accroître et de préserver les espaces verts dans les centres urbains, en priorité dans les quartiers à faible revenu. En effet, les espaces verts peuvent protéger les citadins des vagues de chaleur, en plus de nombreux autres avantages pour la santé (Nouvelle fenêtre).

Concrètement, ça veut dire que quelqu’un qui vit dans Hochelaga-Maisonneuve a deux fois plus de risque de décéder d’un événement de canicule extrême que quelqu’un qui vit à Outremont, par exemple, même s’ils ont le même âge et un état de santé similaire, illustre la Dre Pétrin-Desrosiers.

C’est une inégalité profonde qui existe dans nos villes et qui n’est toujours pas résolue, affirme-t-elle, et ce, malgré les recommandations de verdissement de la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) (Nouvelle fenêtre) à la suite de la vague de chaleur mortelle de 2018.

Vue des immeubles du centre-ville de Montréal et des arbres sur le flanc du mont Royal.

Les forêts urbaines aident à combattre les îlots de chaleur et assainissent l'air, mais elles ne sont pas réparties de façon équitable dans les grandes villes canadiennes (archives).

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Montréal s’est engagée à planter, entretenir et protéger 500 000 arbres en priorité dans des zones vulnérables aux vagues de chaleur, d’ici 2030 pour enrichir sa canopée, indique une porte-parole de la Ville par courriel.

La Dre Pétrin-Desrosiers et ses collègues notent aussi des gains au pays sur le plan de la lutte contre le changement climatique. Elle cite notamment l'adoption du projet de loi C-12 sur l’atteinte de la carboneutralité (Nouvelle fenêtre) et la hausse des objectifs de réduction des GES du fédéral.

On sait toutefois que, malgré ces objectifs-là, on n’a pas encore nécessairement les moyens de les atteindre, et c’est ce qui fait en sorte qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire, selon la médecin de famille.

Environnement et Changement climatique Canada n’avait pas répondu aux questions de Radio-Canada au sujet des recommandations au moment de publier ce texte.

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