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Nouvelle loi 101 au Québec : quels impacts pour l’Acadie?

Un travailleur installe une affiche unilingue sur la rue Main à Moncton en janvier 2021.

Un travailleur installe une affiche unilingue sur la rue Main à Moncton (archives).

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

« Ça prend un Québec fort pour que les francophones hors Québec puissent s'affirmer », croit la sociologue Michelle Landry. Le Québec se donne actuellement les outils pour renforcer la place du français sur son territoire, à travers une réforme de la loi 101. Cette démarche pourrait également avoir des répercussions sur les francophones en milieux minoritaires.

C’est quand même intéressant que dans cette nouvelle mouture de la loi 101, il y ait cette ouverture-là à se rapprocher des francophones hors Québec, exprime Michelle Landry, professeure de sociologie à l’Université de Moncton.

Même s'il ne porte pas uniquement sur la relation du Québec avec les francophones d'ailleurs au Canada, le projet de loi 96 propose plusieurs mesures qui toucheront directement ces communautés, dont celles en Atlantique.

Une initiative du Québec qui requiert des ajustements

Michelle Landry voit ce projet de loi comme un vent de fraîcheur. Cette ouverture du Québec, dit-elle, c’est un peu nouveau comme climat.

En revanche, la professeure de sociologie concède que le projet de loi 96 a besoin de quelques ajustements pour réellement bénéficier aux minorités francophones, notamment en ce qui a trait aux frais de scolarité.

Michelle Landry interviewée dans son bureau.

Michelle Landry est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les minorités francophones canadiennes et le pouvoir (archives).

Photo : Radio-Canada

Le ministre québécois de la Justice, Simon Jolin-Barrette, propose que les étudiants francophones et acadiens acquittent les mêmes frais que les Québécois s’ils décident de poursuivre, en français, un programme d’études postsecondaires qui n’est pas offert dans leur province ou leur territoire d’origine.

Pour accéder à cette éducation au rabais, le programme d’études choisi devra être en français et ne pas être offert dans la province d’origine de l’étudiant.

La professeure de sociologie rappelle que les inscriptions à l'Université de Moncton reposent sur un bassin d’étudiants provenant des autres provinces maritimes.

Le professeur de droit à l’Université de Moncton et directeur de l’Observatoire international des droits linguistiques, Érik Labelle Eastaugh, salue cet engagement du Québec tout en émettant une certaine réserve.

Érik Labelle Eastaugh en entrevue par webcam.

Le professeur de droit Érik Labelle Eastaugh, admet qu'il existe un risque à réduire les frais de scolarité pour les francophones qui souhaitent étudier au Québec dans un programme en français qui n'est pas offert dans leur province d'origine (archives).

Photo : Radio-Canada

Le fait d'offrir un accès privilégié aux Franco-Canadiens aux programmes universitaires au même titre que les étudiants français, selon moi, c’est tout à fait sain et louable, avance-t-il.

« Est-ce que le fait que le Québec vient combler le vide, en quelque sorte, aurait pour effet de déresponsabiliser le gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick et l’amener à ne pas créer des programmes qu’il devrait créer? Cette possibilité-là existe. »

— Une citation de  Érik Labelle Eastaugh, professeur de droit à l'Université de Moncton

Malgré les ajustements jugés nécessaires par certains, le Québec endosse dans ce projet de loi son rôle pivot dans la survie du français, et ce, à l'échelle nationale.

Pourtant, il faut savoir qu'il n'a pas toujours reconnu sa responsabilité à l'égard des minorités francophones du Canada.

Un passé conflictuel

À la fin des années 1960, et au début des années 1970, les francophones du Québec s'affirment de plus en plus nationalement et vont progressivement se distancier, ou se dissocier, des francophones hors Québec, affirme Christophe Traisnel, professeur de science politique de l'Université de Moncton.

Christophe Traisnel, interviewé.

Christophe Traisnel est professeur de science politique à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Le phénomène s'explique en partie par la stratégie uniforme préconisée par les gouvernements qui se sont succédé au fédéral et qui consiste à traiter les provinces sans tenir compte de leurs particularités, notamment linguistiques.

Durant cette période, le Québec refuse d'appuyer des mesures proposées par le Canada pour faire avancer la situation des minorités francophones du pays, par crainte qu'elles fassent avancer celle des anglophones de sa province, explique Michelle Landry.

Mais cette position a évolué dans les dernières décennies, indique-t-elle, avec le Québec qui parle de plus en plus de se rapprocher des francophones hors Québec.

La Belle Province l'énonce d'ailleurs en 1995, quand elle annonce la toute première Politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadiennes du Canada, puis en 2006, sous le premier ministre québécois Jean Charest, avec la Politique du Québec en matière de francophonie canadienne.

Et finalement, en 2019, lorsque le Québec entreprend des démarches pour la renouveler en vue d’en présenter une troisième édition.

Il n'en demeure pas moins que c'est la première fois que la province inscrit ce leadership dans un texte de loi.

Cela a son importance, selon Michelle Landry. Je pense que ce type de loi peut faire avancer ce type de politique, [où le] Québec appuie les francophones hors Québec, souligne-t-elle.

Pour Christophe Traisnel, le Québec dit une chose au reste de la francophonie du Canada : Si je peux aider ces communautés francophones en situation minoritaire, c'est important que je le fasse parce que c'est de ma responsabilité.

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