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La Nation Waban-Aki en marche vers la réappropriation du territoire

Les membres de la Nation Waban-Aki pourront dorénavant pratiquer des activités de chasse communautaire sur une propriété de l'entreprise Domtar.

David Therrien scrute l'horizon avec des jumelles.

Le gardien du territoire du Bureau du Ndakina, David Therrien, a pour mandat d'assurer la pérennité des activités de la nation sur le territoire ancestral.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Thomas Deshaies

L’accès aux forêts pour la Nation Waban-Aki est un enjeu majeur. La quasi-totalité de leur territoire ancestral situé dans le sud du Québec a été privatisée, ce qui peut être un obstacle à la pratique de certaines activités traditionnelles. Un récent partenariat avec une entreprise privée permet toutefois de leur redonner un accès à la forêt.

L’équipe du Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki profite d’une chaude journée d’automne pour visiter une forêt appartenant à l’entreprise forestière Domtar, située à Saint-Gérard-de-Weedon en Estrie. Cette forêt deviendra sous peu un territoire de chasse pour la communauté.

Les travailleurs profitent d'un feu sur le territoire ancestral de la Nation Waban-Aki.

Une partie de l'équipe du Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

La concrétisation de ce partenariat est une avancée majeure dans sa lutte pour se réapproprier le territoire, qui se fait dans le respect des autres utilisateurs.

« C’est environ 95 % de notre territoire qui est privatisé. L’accès, c’est vraiment l’enjeu principal pour pouvoir poursuivre nos activités traditionnelles. »

— Une citation de  Suzie O’Bomsawin, directrice du Bureau du Ndakina

En comparaison avec d’autres Nations, qui ont accès à des territoires publics, nous, on n’a pas vraiment cela, souligne pour sa part le gardien du territoire du Bureau du Ndakina, David Therrien. C’est plus dur pour la communauté.

Un projet gagnant-gagnant

L’entreprise Domtar, qui est propriétaire d'environ 160 000 hectares en Estrie et en Beauce, permet depuis longtemps à des clubs de chasse et pêche de pratiquer leurs activités sur leurs propriétés. Cet accès exclusif à la Nation Waban-Aki est toutefois une première. L’ingénieur forestier, Éric Lapointe, juge qu’il s’agit d’un projet gagnant-gagnant. Domtar en tire aussi un bénéfice. Ils ont un rôle de surveillance sur le territoire et peuvent nous faire part s’il y a de l’intrusion, souligne-t-il.

Un accès pour la chasse communautaire

Les premiers chasseurs sont attendus au cours des prochains mois, lorsque l’inventaire effectué sur le territoire par le Bureau du Ndakina sera complété. La chasse est par ailleurs encadrée par la Nation : les chasseurs abénakis doivent être détenteur d'un permis, et celui-ci est remis par le Bureau du Ndakina.

Sur la terre de la Domtar, la Nation Waban-Aki pratiquera la chasse communautaire. Les chasseurs ne consommeront pas la viande de l’animal, mais l’offriront plutôt aux membres les plus vulnérables des communautés d’Odanak et de Wôlinak.

En premier, ce sont les aînés qui reçoivent la viande. Après [ce sont] les familles monoparentales, les familles à faible revenu, puis le reste va pour les activités communautaires, explique Mme O’Bomsawin.

« C’est vraiment pour avoir accès à l’alimentation traditionnelle et contrer l’insécurité communautaire dans les communautés. »

— Une citation de  Suzie O'Bomsawin, directrice du Bureau du Ndakina
Suzie O'Bomsawin se tient debout sur le territoire.

Suzie O’Bomsawin, directrice du Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Transmission du savoir à la relève

C’est le territoire idéal pour être capable de montrer aux jeunes la chasse à l’orignal ainsi que la chasse au chevreuil, s’exclame le responsable du Comité chasse et pêche de la Nation, Normand Laframboise.

Celui qui est impliqué depuis une dizaine d’années dans le comité rappelle qu’une composante essentielle de cette entente avec l’entreprise Domtar, c’est la transmission des savoirs. Il faut trouver le moyen d’intéresser les jeunes à reprendre les grandes cérémonies, à reprendre tout ce qu’on faisait avant comme Abénakis, souligne-t-il.

Le territoire de chasse ancestral de la Nation Waban-Aki

Le territoire de chasse ancestral des Abénakis couvre l'Estrie, Chaudière-Appalaches, le Centre-du-Québec et une partie de la Mauricie et de la Montérégie.

Photo : Grand Conseil de la Nation Waban-Aki

Les obstacles sont multiples à cette conservation, puisque les Abénakis d'Odanak et de Wôlinak évoluent en périphérie d’importants centres urbains, comme Trois-Rivières, Montréal et Québec.

« La vie est complètement différente que celle dans le Nord. On est plus proches de la grande civilisation. Il faut mettre plus d’effort pour inciter les jeunes à embarquer. »

— Une citation de  Normand Laframboise, responsable du Comité chasse et pêche de la Nation Waban-Aki

Notre souhait le plus cher, c’est de passer notre savoir aux prochaines générations, puis faire en sorte que le territoire ancestral reste quelque chose d’important pour tous, ajoute Suzie O'Bomsawin.

Normand Laframboise montre une empreinte laissée par un orignal.

Le responsable du Comité chasse et pêche du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki, Normand Laframboise.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Un espace sécuritaire pour la chasse

Selon l'équipe, cette forêt-école réservée uniquement aux Autochtones permettra également de réduire les risques de conflits avec certains allochtones. Il peut arriver sur le territoire qu’on ait certaines tensions, parce qu’on a des modalités, des quotas qui sont différents, souligne Suzie O’Bomsawin.

Même si les mentalités ont grandement évolué, certains non-Autochtones comprennent encore mal les droits des Autochtones et l'histoire de la colonisation, selon le gardien du territoire David Therrien. Les gens ne sont pas toujours habitués de nous voir sur le territoire parce qu’on chasse à l’extérieur des périodes de chasse, explique-t-il.

Mme O’Bomsawin rappelle que les Autochtones ne jouissent pas de privilèges. C’est un droit ancestral de chasse. C’est important de voir la différence, mentionne-t-elle. Personne ne nous a fait de cadeaux. Au contraire, on a plusieurs contraintes sur le territoire. L’accès est difficile, il y a plusieurs utilisateurs et on compose avec cela.

« On a un désir de se réapproprier le territoire. On va se faire voir de plus en plus et il ne faut pas que les gens soient surpris [mais] on est toujours ouverts à la discussion. »

— Une citation de  David Therrien, gardien du territoire

Il estime d'ailleurs que le climat politique actuel est propice à une meilleure compréhension des pratiques et présences sur le territoire.

La Nation Waban-Aki espère bien pouvoir conclure d’autres ententes dans un avenir rapproché pour accéder à de plus grandes superficies du territoire et garder leur culture bien vivante.

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