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L’Eau vive, 50 ans de défis et de combats

C'est en 2019 que L'Eau vive a fait peau neuve, tant dans son esthétisme que dans son contenu, dans le but de pérenniser son existence.

Photo : Radio-Canada

L’Eau vive a connu de nombreux moments difficiles où le naufrage a parfois semblé proche. Même les pionniers savaient que la vie d’un journal francophone en milieu minoritaire serait semée d’embûches.

La première de ces épreuves fut financière.

Déjà au bout de quelques années, L’Eau vive connaissait des difficultés concrètes en matière de trésorerie.

Le journal a dû fermer ses portes à au moins deux reprises, témoigne l’historien et ancien collaborateur du journal, Laurier Gareau. La première fois vers 1976, pas longtemps après avoir déménagé à Regina. Il y a eu un travail de réorganisation pour relancer le journal. Et ensuite à la fin des années 80-90, c’est une autre période très difficile où le journal ferme à nouveau ses portes un certain temps.

L’Eau vive a donc été fragilisé à différents moments, subissant la montée des frais postaux, la difficulté à vendre de la publicité ou les changements de gouvernements à Ottawa et les baisses de financements qui y sont liées.

« Monter un journal avec deux personnes, c’était quasiment un miracle qu’il sorte. »

— Une citation de  Florent Bilodeau, ancien président du conseil d’administration de L’Eau vive

Dans les années 2000, Florent Bilodeau se joint à l’aventure de L’Eau vive aux côtés de Claude Shink, le directeur de l’époque.

Il deviendra par la suite le président du conseil d’administration de la publication, et ce à un moment particulièrement difficile pour le journal.

Après avoir déménagé en 2005 sur la rue Victoria, à Regina, le journal se retrouve, sept ans plus tard, à devoir vendre ce même bâtiment après y avoir découvert des problèmes structurels. Le prix des rénovations aurait été trop élevé pour le journal. Une situation qui empira encore davantage la situation financière et le déficit de la publication qui s’élevait alors à 75 000 $.

Il fallait trouver un moyen d’aller chercher et des énergies et du financement à cause du manque à gagner, raconte Florent Bilodeau. Les deux personnes qui travaillaient à produire le journal travaillaient très fort. C’était probablement, en Saskatchewan, le premier essai de télétravail parce que le rédacteur travaillait depuis chez lui et la personne qui montait et faisait tout le montage du journal travaillait dans son studio à elle. L’équipe était minime et ça ne pouvait pas durer.

À bout de souffle, mais pas à bout de motivation

Chaque fois que L’Eau vive a dû fermer ses portes, la communauté fransaskoise s’est mobilisée pour donner un nouveau souffle à son journal.

Des personnes sont assises dans une petite salle avec, face à elles, des personnes assises à une table.

La réunion de la dernière chance pour L'Eau vive le 22 octobre 2015, peu avant sa fermeture pour plusieurs semaines. La communauté fransaskoise lançait une campagne de collecte de fonds pour sauver son journal. (archives)

Photo : Radio-Canada

C’est ce qu’a vécu Marie-France Kenny lorsqu’elle est devenue la présidente de la Coopérative des publications fransaskoises, en 2016. Un changement à la présidence qui s'effectue peu de temps après la collecte de fonds organisée par Florent Bilodeau au profit de L’Eau vive et le concert-bénéfice auquel a participé l’artiste Zachary Richard. Un événement soutenu par le Conseil culturel fransaskois et le Centre de la francophonie des Amériques.

On peinait à y arriver : il y avait très peu d’abonnements, très peu d’engagement dans ce domaine de la part de la communauté, se remémore Marie-France Kenny. On ne s'y retrouvait pas vraiment non plus. On n'avait pas vraiment de journalistes parce qu'on n'avait pas les moyens.

À l’époque, la vitalité de L’Eau vive reposait sur Jean-Pierre Picard et Mychèle Fortin, un couple tant au travail que dans la vie. Les deux employés tenaient à bout de bras le journal francophone de la Saskatchewan.

Ils peinaient à arriver parce qu’ils faisaient tout, raconte Marie-France Kenny. Le contenu, la révision, la mise en page, le web, ils faisaient tout à deux. Donc moi, quand je suis arrivée, c’était un peu le chaos en fait et je pense que ça l’était depuis un bon bout de temps.

De l’aide extérieure

Le plus récent regain d’énergie donné à L’Eau vive s’est produit en 2018 lorsque Marie-France Kenny s’est tournée vers l’équipe de Sophie Gaulin, actuelle directrice et rédactrice en chef de La Liberté, le journal des Franco-Manitobains.

Je lui ai dit que j’avais besoin d’aide, explique Marie-France Kenny. Elle est venue nous voir avec son équipe et ils nous ont fait un bilan de ce qui allait et de ce qui n’allait pas.

C’est cette rencontre décisive qui a donné un nouvel élan à L’Eau vive.

Nous avons travaillé durant trois jours de manière intensive à regarder les finances, la façon dont étaient faits les abonnements, la qualité rédactionnelle, les problèmes qu’il pouvait y avoir entre la rédaction et la publicité, analyse aujourd’hui Sophie Gaulin. On a offert quelques pistes de réflexion, surtout des solutions. Des conseils qu’ils ont appliqués et qui ont vraiment payé très rapidement.

L’Eau vive se professionnalise

Après le passage de Sophie Gaulin, la communauté fransaskoise a vu L’Eau vive renaître sous ses yeux.

Le journal s’est doté d’une nouvelle image et a revu son choix éditorial pour que ses textes soient plus proches de la communauté fransaskoise.

Si l’on allait vers une nouvelle entité journalistique qui allait se prendre au sérieux et qui allait faire du travail plus journalistique, il fallait donner le signal aux lecteurs que tout allait changer, explique la directrice et rédactrice en chef de La Liberté.

Erik Tremblay, Ronald Ajavon et Marie-France Kenny posent aux côtés de la nouvelle maquette du journal.

Erik Tremblay, le directeur général de L'Eau vive (à gauche), Ronald Ajavon (au centre), le directeur général du Conseil des écoles fransaskoises, et Marie-France Kenny, alors présidente du conseil d'administration de L'Eau vive, dévoilent la nouvelle maquette du journal, en 2019. (archives)

Photo : Fournie par L'Eau vive

Une nouvelle maquette, un nouveau logo, mais aussi un nouveau contenu, c’est ce dont L’Eau vive avait besoin pour pérenniser son existence.

Nous avions des engagements concrets avec de nouveaux partenaires, dont le Conseil des écoles fransaskoises. Et ça, ça a fait en sorte qu’on a pu revoir toute la façon de faire du journal. Ça a été un tournant, note Marie-France Kenny.

Le partenariat entre le journal et le Conseil des écoles fransaskoises (CEF) s'est officialisé en mai 2019. Depuis, L'Eau vive publie dans chaque numéro un publireportage de deux pages rédigé par les employés du CEF.

C'est également en 2019 que L'Eau vive a dévoilé ses nouveaux habits à ses lecteurs : 20 pages en moyenne, imprimées en couleur et publiées toutes les deux semaines.

L’Eau vive suit à nouveau un cours plus tranquille

Lors de sa dernière assemblée générale annuelle tenue le 25 août 2021, l’équipe du journal a pu se réjouir de voir sa situation financière s’améliorer.

Nous avons annoncé que nous n’étions plus déficitaires, explique le directeur général du journal, Erik Tremblay. Lors de la réunion, deux personnes ont pleuré. Elles étaient là depuis longtemps ou ont déjà fait partie du conseil d’administration il y a plusieurs années. Elles étaient très émues en se disant que L’Eau vive allait bien.

Le dossier spécial sur les 50 ans de L'Eau vive a été réalisé en collaboration avec la Coopérative des publications fransaskoises et la Société historique de la Saskatchewan.

L'eau vive

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