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Les bons coups de L’Eau vive

L'Eau vive a reçu de nombreux prix tout au long de son existence, dont celui de « Journal de l’année » en 2020.

Photo : Radio-Canada

Durant 50 ans, L’Eau vive a dû surmonter de nombreuses difficultés, mais le journal fransaskois a aussi connu plusieurs succès. Entre l’obtention de divers prix d’excellence et sa transformation à l’ère du numérique, le journal a pu écrire de belles pages de son histoire.

Dès ses débuts, L’Eau vive a pu compter sur la motivation sans faille de ses pionniers, mais aussi de ses employés et de ses conseils d’administration qui se sont succédé.

Jean-Pierre Picard fait partie de ces témoins qui ont vu L’Eau vive évoluer au fil des époques.

Il est entré au journal comme graphiste en 1986 avant d'en prendre la direction deux ans plus tard. Il succédera alors à Albert-O. Dubé qui avait pris la direction par intérim entre 1986 et 1988.

Tout se faisait à la main, nous utilisions ce qu’on appelait des photocomposeuses. Il fallait découper les colonnes de texte, les coller sur des pages, tout équilibrer, explique Jean-Pierre Picard.

Une femme rédige un article pour le journal fransaskois L'Eau vive sur une photocomposeuse.

La photocomposeuse était utilisée par certains médias écrits avant l'arrivée de l'ordinateur. (archives)

Photo : Radio-Canada

Si, à un moment donné, on voulait rajouter trois lignes dans le texte, il fallait découper la colonne, la déplacer de trois lignes, tout réajuster à la main, ajoute-t-il.

« Les photocomposeuses, c’était de l’équipement on peut dire moderne pour l’époque, mais il n’y avait aucun ordinateur à L’Eau vive. »

— Une citation de  Jean-Pierre Picard, ancien directeur de L’Eau vive

En 1986-87, plus de la moitié des numéros de L’Eau vive étaient constitués de 16 pages, sans compter six numéros d’une vingtaine de pages. Une quantité plutôt ambitieuse pour un petit journal.

Puis, au cours des années 1990, l’ancien graphiste a fait entrer les premiers ordinateurs au journal. Une révolution technologique qui allait donner une autre dimension à L’Eau vive.

On a informatisé toutes les opérations et ça a permis de faire des économies assez considérables parce que la technologie de la photocomposeuse était très dispendieuse, raconte M. Picard. Elle nécessitait du papier photographique où l’on imprimait les textes et en plus chaque police de caractère coûtait une fortune.

Si on voulait ajouter une police de caractère en italique, et bien ça coûtait 400 $ juste pour le coût de la petite roulette qui permettait de le faire, se souvient-il.

À l’heure du Réseau Mercure...

Avec l’arrivée des ordinateurs et d’Internet, le journal et ses partenaires deviennent des précurseurs au sein de la communauté fransaskoise.

L’Eau vive participe (avec l’ACFC, la Commission culturelle fransaskoise et le Service fransaskois d’éducation aux adultes) à la mise en place du Réseau Mercure en 1990.

Ce nouveau réseau informatique permettait de faire circuler l’information entre les centres communautaires francophones.

Télécopieur allumé avec un exemplaire de L'Eau vive en chargement sur la machine.

Avec le Réseau Mercure, L'Eau vive parvenait à communiquer rapidement avec toutes les communautés fransaskoises de la province. (archives)

Photo : Radio-Canada

Le rôle de L’Eau vive, c’est de recevoir l’information et la diffuser dans la communauté. Je regardais ce qui existait comme outil technologique et on a eu des fonds pour mettre sur pied le Réseau Mercure, se remémore Jean-Pierre Picard. La première étape a été de doter toutes les communautés francophones de la province de télécopieurs.

Nous avons programmé les télécopieurs et les gens avaient juste à toucher un bouton pour que leur télécopie atterrisse dans les autres centres communautaires de la province, explique M. Picard.

C'était également de cette manière que L'Eau vive parvenait à communiquer les activités qui se déroulaient dans la province.

« Pour moi, L’Eau vive, c’était comme une mission communautaire. C’était presque une œuvre d’art que de prendre tout ce qui se passait dans toute une communauté éparpillée aux quatre coins de la province. »

— Une citation de  Jean-Pierre Picard, ancien directeur de L’Eau vive

Le Réseau Mercure a toutefois dû s’arrêter en 1993, trois ans après sa mise en service, en raison d’un manque de rentabilité et d’une accusation de détournement d'argent.

… Et d’un réseau de messagerie

Toujours avide d’efficacité, L’Eau vive avait également mis sur pied, dans le cadre du Réseau Mercure, un BBS pour bulletin board service.

Il s’agissait d’un service d’échange de messages sur un réseau informatique, du type tableau d'affichage que l'on trouve sur le mur de nombreuses cuisines et lieux de travail.

Il ne faut pas oublier que c’est avant l’arrivée d’Internet, note Jean-Pierre Picard. Nous avions acheté des ordinateurs et des modems aux communautés et on avait un serveur à L’Eau vive qui permettait aux gens d’échanger des messages. Mais c’était compliqué parce que les logiciels de l’époque étaient un peu rébarbatifs.

Un écran d'ordinateur affiche le réseau Mercure, crée dans les années 90 par le journal francophone de la Saskatchewan, l'Eau vive.

Le Réseau Mercure était, pour l'époque, une véritable révolution technologique. (archives)

Photo : Radio-Canada

Cette partie du Réseau Mercure n’a toutefois jamais eu le succès espéré, admet-il. Les outils étaient difficiles d’utilisation pour le commun des mortels. Mais l’idée, jugée avant-gardiste par Jean-Pierre Picard, a quand même suscité un intérêt au niveau national.

L’Association de la presse francophone hors Québec, quand elle a su ce qu’on avait mis sur pied, nous a demandé si elle pouvait s’en servir pour distribuer les textes des journalistes à l’échelle du pays, raconte Jean-Pierre Picard. Avant cela, l’Association de la presse envoyait les textes par télécopies, les journaux les retapaient tandis que là, quand on utilisait le Réseau Mercure, les gens pouvaient prendre la version numérique du texte.

Selon les mots de l’ancien directeur de L’Eau vive, cet épisode fut une avancée de taille pour l’époque.

Une avancée qui a permis au journal d’être ce qu’il est aujourd’hui, explique le directeur actuel, Erik Tremblay.

Jean-Pierre Picard a été un avant-gardiste sur le plan numérique. Il était très présent à une époque où les gens n’étaient pas encore très conscients de l’importance de tout ça, insiste l’actuel directeur général de L’Eau vive.

Une reconnaissance dans le milieu du journalisme

Le travail mené par le journal a été salué au niveau national à plusieurs reprises dans le réseau de la presse francophone, notamment par le biais de l’Association de la presse francophone hors Québec de l’époque.

Déjà en 1992, la compétition était lancée vis-à-vis du journal voisin du Manitoba, La Liberté.

C’était toujours La Liberté qui raflait les prix du journal de l’année. On se disait : "Un jour, on va l’avoir!", se souvient, sourire aux lèvres, Jean-Pierre Picard.

Malgré cette compétition amicale, L’Eau vive ne reste pas pour autant sur les lignes de côté.

En 1995, le journal fransaskois remporte cinq prix, dont celui d’Excellence générale.

Or, ces succès et cette reconnaissance ne se sont pas taris avec le temps.

L’Eau vive a remporté un prix en 2019 dans la catégorie Meilleur Cahier spécial pour son dossier sur les 100 ans du Collège Mathieu puis, en 2020, les prix Une de l’année, Article en arts et culture de l’année ainsi que le prix du Journal de l’année, remis par Réseau.presse (anciennement Association de la presse francophone hors Québec).

Plus récemment, le journal a été distingué par Réseau.presse pour l’article Grippe espagnole et COVID-19, quand l'histoire se répète, signé par Sébastien Durand. Le sujet a gagné le Prix d’excellence 2021.

Des succès qui font la fierté de l’équipe en place et de la communauté fransaskoise.

Il y a de la compétition, de la concurrence à travers le pays. Quand on gagne ces prix-là, on est d’autant plus fiers parce que ce qu’on veut c’est, même si on est un petit journal avec peu de moyens, on veut donner de la qualité, conclut Erik Tremblay.

Le dossier spécial sur les 50 ans de L'Eau vive a été réalisé en collaboration avec la Coopérative des publications fransaskoises et la Société historique de la Saskatchewan.

L'eau vive

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