•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le marché immobilier de Montréal-Nord est-il à l’abri des balles?

À Montréal-Nord, les maisons centenaires côtoient les rangées de blocs appartements bon marché. Bordé par la rivière des Prairies, ce quartier multiculturel est plus paisible qu’il n’y paraît, malgré quelques fusillades médiatisées et la présence de groupes criminels.

Un citoyen roule à vélo sur la rue J.-J. Gagnier, à Montréal.

La rue J.-J. Gagnier sépare les quartiers de Montréal-Nord et d'Ahuntsic.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des observateurs du marché immobilier s’inquiètent de l’effet de la violence liée aux armes à feu dans certains quartiers de Montréal. À Montréal-Nord, s’il est trop tôt pour mesurer l'effet des fusillades de cet été, des habitants du secteur soulignent que ces événements relèvent de l’exception et qu’il y fait toujours bon vivre.

Le quartier a une mauvaise passe, comme n'importe qui dans la vie, dit Sophie Hébert, debout devant son semi-détaché tout neuf. Récemment, j’ai entendu à la radio qu’on comparait Montréal-Nord à Kaboul. C’est le genre de préjugé qui me heurte.

Il y a quatre ans, la mère de famille a choisi le quartier en raison des prix abordables des maisons. La même demeure, à quelques centaines de mètres, dans le quartier Ahuntsic m’aurait coûté 150 000 $ de plus, sûrement en raison de la mauvaise réputation de Montréal-Nord qui perdure.

Sophie Hébert s’inquiète des répercussions que peuvent avoir les violences des derniers mois sur la réputation de son arrondissement. Oui, je pense qu’il y a un impact sur l’immobilier du quartier, convient-elle. Je vois des maisons qui sont mises en vente. Mais je les vois aussi être achetées rapidement.

« Autour de moi, je dis aux gens qui cherchent un accès à la propriété de venir voir le secteur. Il y a beaucoup plus de beauté qu’il y a de criminalité, selon moi. »

— Une citation de  Sophie Hébert, résidente de Montréal-Nord

Courtier immobilier qui pratique notamment dans le nord de la ville, Gaston Crevier-Bélanger a fait l’exercice de comparer le prix des maisons de cinq rues de part et d'autre de la frontière qui sépare Ahuntsic et Montréal-Nord. Les maisons sont 13 % moins chères à l’est, lance-t-il, en pointant la rue J.-J. Gagnier qui divise les deux quartiers. Pourtant, elles ont été construites au courant des mêmes années et les enfants vont à la même école. Les gens ont beaucoup de préjugés, déplore-t-il.

Le courtier tiré à quatre épingles a grandi à Montréal-Nord et habite aujourd’hui l’est du quartier Ahuntsic. Il est persuadé que les récentes fusillades refroidissent les acheteurs potentiels.

En 2009, on a tout de suite vu les effets sur l'immobilier après les émeutes qui dénonçaient la mort de Fredy Villanueva. Montréal-Nord, pour les gens, ce sont les gangs de rue, les violences, mais ce n’est pas du tout la réalité que je connais.

Une rangée de voitures stationnées sur un tapis de feuilles mortes.

La rue J.-J. Gagnier à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Trop tôt pour tirer des conclusions

L’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) observe une hausse des nouvelles inscriptions en 2021 à Montréal-Nord. Plus de propriétaires décident donc de quitter le quartier. Toutefois, les maisons se vendent plus vite que la moyenne montréalaise, à des prix plus avantageux.

Il est trop tôt pour tirer des conclusions, dit le président de l'APCIQ, Denis Joanis. Pour l’instant, on a affaire à des phénomènes isolés. Le marché immobilier est plus robuste que ça. Mais je suis persuadé que ça ne va pas durer longtemps, que ça va se replacer. On n’est pas à Chicago.

Professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Jean-Philippe Meloche affirme lui aussi manquer de recul pour observer l’effet des récentes violences sur le marché immobilier.

Il faut quand même que ça dure pour que ça frappe l’imaginaire, fait-il remarquer. Ce que l'on remarque ailleurs dans le monde, c'est que lorsque les gens se sentent trop exclus, ça peut se transformer en criminalité ou en désorganisation sociale. C’est à ce moment que des quartiers peuvent devenir stigmatisés et perdre de la valeur.

Un périmètre de sécurité dressé par les policiers du SPVM.

Un périmètre de sécurité dressé par le SPVM suite à une fusillade dans le quartier Montréal- Nord.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Wagner

Il observe que depuis la guerre des motards dans les années 1990, Montréal a été épargnée par les vagues de criminalité que connaissent les grandes villes du continent.

C’est inquiétant de se demander si on n'est pas en train de faire un rattrapage. Montréal est souvent considérée comme la plus sécuritaire des villes de plus d’un million d’habitants en Amérique du Nord. Même si on doublait la criminalité, on serait encore dans de bonnes proportions, en comparaison avec ce qui se passe chez nos voisins du sud.

Mais le chercheur remarque que le contexte pandémique vient brouiller les cartes. Toutes les données récoltées en 2020 et 2021 pour faire de la recherche sur les phénomènes sociaux sont contaminées.

La richesse de la diversité

On dénombre 26 homicides à Montréal depuis le début de l’année, dont quatre ont eu lieu à Montréal-Nord. Il ne faut pas banaliser les inquiétudes des gens du quartier, dit la coordonnatrice générale de Hoodstock, Cassandra Exumé. Par contre, Montréal-Nord, c’est beaucoup plus que ça.

L’organisme communautaire milite notamment pour éliminer les inégalités dans le secteur. C’est un quartier comme les autres : il y a des épiceries, des enfants, des familles, des jeunes... Il faut que les gens viennent nous voir pour se faire une idée par eux-mêmes. La diversité et l’unité du quartier l’amènent à un autre niveau.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Sophie Hébert a choisi de s’installer à Montréal-Nord, en 2017.

« C’était important d’exposer mes enfants à différentes cultures. C’est sûr qu’on ne veut pas être la victime d’une balle perdue. Mais de la violence, il y en a partout ailleurs. »

— Une citation de  Sophie Hébert, résidente de Montréal-Nord

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !