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L’exode des citadins vers les banlieues ou la campagne : manne ou fléau?

Le lac des Sables, au cœur du centre-ville de Sainte-Agathe-des-Monts en automne.

Le lac des Sables, au cœur du centre-ville de Sainte-Agathe-des-Monts

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

Les commerçants s'en réjouissent, mais les moins nantis s'en inquiètent : quelles sont les répercussions de l'arrivée massive dans les petites municipalités de nouveaux habitants provenant des grands centres urbains?

Dans le cadre des élections municipales, Karine Mateu s'est rendue à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, l'une des municipalités les plus touchées par le phénomène.

Ce n'est pas un hasard si de nombreux citadins ont élu domicile à Sainte-Agathe-des-Monts. En cette journée ensoleillée d'automne, le lac des Sables, au cœur du centre-ville, scintille parmi les feuilles multicolores des arbres.

Bienvenue dans notre petit coin de paradis, lance Julie Dion. Elle et son conjoint Pierre Paquin ont récemment fait le saut : ils ont quitté la ville de Saint-Eustache pour vivre dans un petit chalet… qu'ils ont complètement rénové. La vieille structure jaune des années 50 a laissé place à une jolie maison moderne à aire ouverte au milieu de la nature où le calme est étonnant.

Julie Dion et Pierre Paquin ont quitté la ville de Saint-Eustache pour s'établir à Sainte-Agathe-des-Monts.

Julie Dion et Pierre Paquin ont quitté la ville de Saint-Eustache pour s'établir à Sainte-Agathe-des-Monts.

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

« Moi, j'adore me baigner, et le lac des Sables est tellement magnifique pour la plage, la navigation. Et les forêts, ici, je peux y faire des randonnées; même à partir de ma cour, il y a des sentiers. »

— Une citation de  Julie Dion, nouvelle habitante de Sainte-Agathe-des-Monts

La pandémie les a poussés à s'établir loin de la grande ville. On voulait être plus tranquilles. À Saint-Eustache, c'était la 13 et la 640. Donc, on a profité du marché, on a eu un super bon prix pour notre maison à Saint-Eustache, raconte Pierre.

Ce n'est toutefois pas le télétravail qui les a convaincus. Lui travaille en génie civil pour une entreprise de Laval, et elle, en aménagement paysager pour la Ville de Saint-Eustache. Ils font la route presque tous les jours.

« Sans circulation, ça prend 45 minutes. Avec du gros trafic ou un accident, deux heures, mais en moyenne, c'est une heure et quart. »

— Une citation de  Pierre Paquin

La municipalité n'est pas la seule à charmer les gens. Les plus récentes statistiques des marchés immobiliers résidentiels de l'Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec montrent que Mont-Tremblant, Sainte-Adèle, Saint-Sauveur et Sainte-Agathe-des-Monts ont vu leur nombre de ventes exploser depuis un an, et l'engouement se poursuit.

Le prix médian des maisons dans ces quatre municipalités varie maintenant de 335 000 $ (Sainte-Agathe-des-Monts) à 465 000 $ (Saint-Sauveur).

Manne pour les commerçants

Le propriétaire du commerce Champoux Ski Cycle Urbain et de l'épicerie fine Station lunch, Ghyslain Valade.

Le propriétaire du commerce Champoux Ski Cycle Urbain et de l'épicerie fine Station lunch, Ghyslain Valade

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

Il faut amener des gens au centre-ville. J'ai été président de la chambre de commerce pendant des années et ça a toujours été notre cheval de bataille, dit Ghyslain Valade, le propriétaire d'une boutique de sport et plein air et d'une épicerie fine. Pour lui, l'arrivée de ces nouveaux habitants, pour la plupart aisés, est bienvenue.

« Au commerce, on a un achalandage qui a augmenté. Il y a beaucoup de nouveaux visages. Ils disent : ''On est nouveaux, on commence à découvrir ce qu'il y a dans le coin, près de notre nouvelle maison.'' Avant la pandémie, il y en avait quelques-uns, mais là, c'est régulier. »

— Une citation de  Ghyslain Valade, commerçant

Cet engouement permet selon lui de donner un élan pour revitaliser le centre-ville, alors que plusieurs bâtiments sont désuets.

La propriétaire de la boulangerie L'Italienne du Nord de Sainte-Agathe-des-Monts, Mirella Riccio.

La propriétaire de la boulangerie L'Italienne du Nord de Sainte-Agathe-des-Monts, Mirella Riccio

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

Quelques pas plus loin, Mirella Riccio navigue entre l'odeur de pain de sa boulangerie et le chantier de son futur restaurant. La propriétaire et mère de quatre enfants s'est lancée en affaires il y a un an, en pleine pandémie, et s’apprête maintenant à ouvrir un restaurant latin. Pendant la pandémie, je me suis remise en question. Mon père est boulanger, je me suis lancée, dit-elle.

Elle bénéficie, elle aussi, de l'arrivée de cette nouvelle clientèle. C'est sûr que ça nous aide, et pas juste moi, tous les autres commerces, les restaurants surtout. Par contre, c'est maintenant impossible de trouver un logement ici. Même les maisons se vendent en 24 heures, constate-t-elle.

Fléau pour les moins nantis

L'engouement pour la région des Laurentides a, malheureusement, un côté négatif. Au printemps 2021, le Conseil régional de développement social des Laurentides (CRDSL) remarquait qu'un nombre particulièrement élevé de locataires cherchaient désespérément un appartement pour le 1er juillet.

Pour connaître rapidement l'ampleur du manque de logement, l'organisme a lancé un sondage. Plus de 200 personnes, de façon volontaire, ont répondu à l'appel. Les résultats montrent que l'arrivée des nouveaux acheteurs a accentué la situation de précarité de certains locataires.

« Il y a une augmentation des cas d'évictions, de reprises de logement par les propriétaires, aussi une forte hausse des rénovictions et une augmentation des offres de location de type Airbnb. »

— Une citation de  La coordonnatrice du CRDSL, Violaine Guérin

Le sondage met en lumière les récits de locataires dont les propriétaires ont voulu vendre leur propriété pour profiter de la hausse des prix du marché ou ont loué leurs logements pour le tourisme à prix fort, à la semaine.

Plusieurs travailleurs ont dû refuser un emploi dans la région, faute de logement. Des locataires ont envisagé de changer de MRC pour se loger, car ils n'ont pas trouvé de logement qui correspond à leurs besoins ou à leur budget, déplore la coordonnatrice de l'organisme, Violaine Guérin.

Les aspirants à la mairie conscients des défis

La femme d'affaires Julie Tourangeau est candidate à la mairie de Sainte-Agathe-des-Monts.

La femme d'affaires Julie Tourangeau est candidate à la mairie de Sainte-Agathe-des-Monts.

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

Après 12 ans à la tête de la municipalité de Sainte-Agathe-des-Monts, le maire sortant Denis Chalifoux ne se représente pas. Trois candidats sont dans la course à sa succession : la femme d'affaires Julie Tourangeau, le conseiller sortant Frédéric Broué et Denis Lanthier, qui n'était pas disponible pour répondre à nos questions.

L’arrivée des nouveaux habitants est avant tout positive, juge l’aspirante mairesse, qui est copropriétaire de la Brasserie les 2 Richard et de Plan B traiteur. Là, on vit vraiment un boom résidentiel, mais ça va avoir des répercussions sur le boom économique. On va voir de nouveaux entrepreneurs s'établir ici, parce qu'ils vont voir que l'économie est en effervescence, dit Julie Tourangeau.

Le conseiller sortant Frédéric Broué se présente à la mairie de Sainte-Agathe-des-Monts.

Le conseiller sortant Frédéric Broué se présente à la mairie de Sainte-Agathe-des-Monts.

Photo : Radio-Canada / Karine Mateu

Le candidat Frédéric Broué, qui cumule 26 ans d'expérience dans le milieu municipal, perçoit aussi l'avenir d'un bon œil. Avoir plus de gens qui vont verser plus de taxes, ça va nous aider à payer. Au lieu d'être 10 000, on va être 14 ou 15 000 à payer la même assiette, se réjouit-il.

Les deux candidats se disent toutefois conscients des défis en matière de logement. Selon Julie Tourangeau, l'administration en place a surtout développé des logements de luxe. Pour ce qui est des logements abordables, on voit que ça n'a jamais été une priorité pour la Ville, mais on n'a pas le choix, on est une population qui compte 20 % de familles monoparentales, on doit rendre du logement accessible. Sainte-Agathe vit une crise du logement, dit-elle.

« Les Agathois ne verront pas leur compte de taxes augmenter. Ils sont déjà surtaxés. C'est correct d'avoir des fonds de réserve, mais pas à ce point-là. »

— Une citation de  Julie Tourangeau, qui promet un gel de taxes foncières pour les deux prochaines années

Frédéric Broué, lui, vante les projets immobiliers déjà en cours ou à venir. Il y a au moins 300 portes autour du centre-ville qui sont sur la table, des logements à prix modique, pas subventionnés par le gouvernement, mais quand même… Est-ce que c'est rendu 800 à 1200 $? Je ne sais pas trop, mais c'est autour de ça. C'est une bonne nouvelle. Il y a aussi des projets de construction de logements Airbnb dans le centre-ville. Comme ça, on les contrôle, explique-t-il.

Le candidat ne s'engage pas à geler les taxes municipales. L'aqueduc, les égouts, il faut garder une réserve pour les améliorer, offrir des services, dit-il. Il promet aussi de rendre le transport en commun gratuit pour les jeunes.

« Il faut offrir les services, par exemple, le camp de jour. Il y avait 120 jeunes, là c'est 200. À l'école, il y avait des classes vides il y a 10 ans, maintenant ça déborde. Il faut être proactif. »

— Une citation de  Frédéric Broué, qui veut des réserves pour prévoir l'avenir.

Pierre Paquin et Julie Dion, eux, espèrent que leurs taxes serviront à offrir plus de services et ils assurent qu’ils ne sont pas là de passage ni pour du tourisme. Nous, c'est à la vie, à la mort, dit spontanément Julie. On est là pour rester, renchérit Pierre.

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