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Wajdi Mouawad critiqué pour avoir fait appel à Bertrand Cantat pour sa nouvelle pièce

Portrait de Wajdi Mouawad, qui porte des lunettes.

Le dramaturge, metteur en scène et directeur de théâtre Wajdi Mouawad, en 2021, à Paris

Photo : afp via getty images / STEPHANE DE SAKUTIN

Radio-Canada

Alors que le milieu du théâtre français est secoué par le mouvement #MoiAussi, le Théâtre national de la Colline et son directeur, Wajdi Mouawad, sont au centre d’une polémique. Bientôt à l’affiche de ce théâtre parisien, Mère, la nouvelle pièce écrite et mise en scène par le Libano-Canadien, aura pour trame sonore une musique originale composée par Bertrand Cantat. L’ancien chanteur du groupe Noir Désir a été condamné pour avoir battu à mort sa conjointe, l’actrice Marie Trintignant, en 2003.

Bertrand Cantat a bénéficié d'une libération conditionnelle en 2007, après quatre ans de prison. Depuis, ses retours pour occuper le devant de la scène suscitent des controverses. Certaines personnes dénoncent qu'on fasse briller un homme condamné pour homicide volontaire sur sa conjointe, alors que d’autres estiment qu’il a payé sa dette envers la société en faisant de la prison.

En 2020, le chanteur et musicien a perdu son procès en diffamation contre le magazine français Le Point, qui indiquait qu'il s’était montré violent envers d’autres femmes ayant partagé sa vie. 

Le choix de Wajdi Mouawad est d’autant plus critiqué que La Colline est l’un des six théâtres nationaux, avec notamment la Comédie-Française. Il est donc placé sous la tutelle du ministère français de la Culture. 

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a été interrogée à ce sujet lundi matin lors d’une entrevue accordée à la radio France Inter. Je regrette que Bertrand Cantat ait été invité, a-t-elle déclaré tout en évoquant la liberté de création et en précisant que Wajdi Mouawad ne pouvait pas être accusé de la moindre complaisance en ce qui concerne la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

Un précédent au Québec en 2011

En 2011, la décision de Wajdi Mouawad d’engager Bertrand Cantat dans Des femmes, une trilogie de Sophocle qu’il mettait en scène pour le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, avait fait l’objet d’une polémique tellement vive que le théâtre avait fait marche arrière. 

Lorraine Pintal, la directrice du TNM, avait laissé le choix à Wajdi Mouawad de présenter son spectacle Des femmes sans Bertrand Cantat ou de ne pas le présenter du tout. 

À l’époque, Wajdi Mouawad avait justifié la présence de Bertrand Cantat dans sa pièce. 

Si vous décidez que le symbole est plus important que la justice, il ne faut pas qu'il monte sur scène, mais s'il ne monte pas sur scène, [...] ça veut dire que vous sacrifiez un peu l'idée que vous avez de la justice, puisque vous lui infligez une deuxième peine, avait-il dit en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes de Radio-Canada.

À partir du moment où il y a une loi qui est posée, moi, je me rallie à cette loi. [...] Si on ne se rallie pas à la loi, on tombe dans la barbarie, avait-il ajouté.

Celui qui a quitté par la suite le Québec pour la France avait aussi précisé que si c’était à refaire, il le referait. Mais je prendrais mes précautions en racontant l'histoire à l'avance et en faisant des liens entre les pièces de Sophocle et Bertrand Cantat, plus de précautions par rapport aux gens qui ont été véritablement choqués. Je pense aux femmes en particulier.

Dénonciation de violences sexuelles dans le théâtre en France

Cette nouvelle controverse entourant Wajdi Mouawad et Bertrand Cantat survient alors que la vague du mouvement #MoiAussi a récemment atteint le milieu théâtral en France.

Au début du mois d'octobre, plusieurs femmes ont témoigné à l'occasion d'une enquête du quotidien Libération et affirme avoir subi du harcèlement et des violences sexuelles de la part de Michel Didym, comédien et ex-directeur du Centre dramatique national de Nancy. 

Par la suite, un appel à témoignages sur Twitter d'une blogueuse de théâtre, qui avait accusé un acteur de la Comédie-Française de viol, a fait boule de neige. 

Le collectif MeTooThéâtre a vu le jour, et une tribune appelant à une enquête nationale dans le milieu et à une charte déontologique dans les écoles d'arts vivants a été signée par près de 1500 personnes, dont l'actrice Adèle Haenel, devenue un symbole de la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles en France, des comédiennes de la Comédie-Française comme Marina Hands, ainsi que des femmes politiques et des militantes féministes.

Nous avons appris par nos professeurs à nous conformer au désir du metteur en scène [...] qu'il fallait absolument susciter pour déterminer notre embauche future. Nous avons tout appris, sauf à dire non, souligne la tribune.

Samedi, environ 300 personnes ont manifesté à Paris pour dénoncer l'omerta.

MeTooThéâtre contre la participation de Bertrand Cantat à Mère

Lundi, ce collectif a également reproché au Théâtre national de La Colline d’avoir collaboré avec Bertrand Cantat dans un communiqué publié sur Twitter.

Toutefois, la membre du collectif Marie Coquille-Chambel, qui a une chaîne YouTube consacrée au théâtre, a émis une nuance.

Nous regrettons par ailleurs la focalisation sur Bertrand Cantat, les violences sexistes et sexuelles dans le théâtre étant systémiques. Cela réduit le débat autour d’une affaire et invisibilise les autres agressions, ce que nous déplorons.

Radio-Canada a demandé une entrevue à Wajdi Mouawad. Sa relationniste a répondu que le directeur de La Colline ne prendra pas la parole à ce sujet dans les médias.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Le Figaro

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