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Mot en n : la polémique à l’Université d’Ottawa, un an après

Édifice du campus au printemps.

Le rapport commandé à un groupe de travail pour tirer des leçons de la controverse est toujours attendu (archives).

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada

Il y a un an, 34 professeurs de l'Université d'Ottawa publiaient une lettre ouverte en soutien à leur collègue Verushka Lieutenant-Duval, cette chargée de cours qui a prononcé le mot en n dans le cadre d’un cours. L’affaire a vite pris des proportions mondiales. À Ottawa, des réponses se font toujours attendre.

Verushka Lieutenant-Duval est devenue, malgré elle, connue mondialement lorsqu’elle a prononcé le mot en n en classe l’an dernier, rouvrant le débat entourant le droit à la liberté académique.

Je suis un peu épuisée. [...] Ça a chambardé ma vie de façon assez profonde, admet la professeure dans une récente entrevue accordée à Radio-Canada.

Cette histoire, qui lui a valu d’être suspendue de l’Université d’Ottawa, a eu des échos jusqu’à l’international.

Au Canada, les réactions ont aussi été nombreuses. Le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré qu’il était inacceptable que l’Université d’Ottawa ne défende pas sa professeure.

Le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a pour sa part réagi en dénonçant le racisme en général.

Aujourd’hui, Mme Lieutenant-Duval continue de croire que l’usage du mot en n, dans un contexte académique, était justifié et sans arrière-pensée malveillante. Je n’ai enfreint aucune règle. [...] Et je n'ai pas commis un acte raciste, insiste-t-elle.

Elle parle sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle.

La professeure Verushka Lieutenant-Duval (archives)

Photo : Radio-Canada

Plusieurs pensent comme elle. Pierre Anctil est professeur titulaire au département d'histoire de l'Université d'Ottawa et l’un des 34 signataires de la lettre ouverte en appui à Verushka Lieutenant-Duval ayant pour titre Libertés surveillées.

On a une sorte de statu quo qui doit être clarifié. [...] On croit fermement qu'en classe, dans un acte pédagogique, dans une discussion qui a lieu dans un cadre universitaire, il faut aborder certains sujets. Avec toutes les précautions nécessaires, mais on doit être libres, dit-il en entrevue.

Un rapport attendu

Certaines universités canadiennes ont pris position en faveur de la liberté académique dans la foulée de la controverse. À l’Université d’Ottawa, le rapport commandé à un groupe de travail pour tirer des leçons de cet épisode n'a pas encore été rendu public.

Le recteur de l'Université d'Ottawa, Jacques Frémont, a fait appel à l'ancien juge de la Cour suprême du Canada Michel Bastarache pour mener ce groupe de réflexion et aller à la rencontre de la communauté universitaire pour obtenir les divers points de vue sur la controverse.

Invité à commenter, M. Bastarache a indiqué qu’il préférait attendre la publication du rapport. Il a précisé que le document devrait passer à l’impression la semaine prochaine.

L’Association des professeur.e.s à temps partiel de l’Université d’Ottawa (APTPUO), qui représente Verushka Lieutenant-Duval, attend ce rapport de pied ferme. L’utilisation de mesures disciplinaires de la part de l’employeur, ça a généré une crainte chez plusieurs de nos membres lorsqu’ils enseignent des cours. L’employeur n’a encore donné aucune solution à cette situation, dénonce l’agent de grief francophone de l’APTPUO, Nelson Ovalle.

Depuis la polémique, Verushka Lieutenant-Duval ne travaille plus à l'Université d'Ottawa. Elle ne veut plus enseigner en anglais, et surveille chacun de ses mots.

J'ai dit à mes étudiants que, par exemple, le terme autochtone, ce n’est pas comme ça qu'on les nommait au 19e siècle, mais que j'allais utiliser ce terme-là pour éviter des problèmes.[...] Je suis perplexe par rapport à cette façon de faire, mais j'ai tellement peur d'avoir des conséquences, partage Mme Lieutenant-Duval.

Cette dernière a aussi ralenti ses études au doctorat à cause du stress, dit-elle.

Verushka Lieutenant-Duval ne ferme pas la porte à un retour à l’enseignement à l’Université d’Ottawa, mais souhaite que les choses se règlent avant.

Tant que cette controverse-là n’est pas réglée, tant que je n'ai pas reçu des excuses, j'ai peur de me présenter sur le campus parce que je ne sais pas si on ne va pas m'attaquer, confie-t-elle.

Verushka Lieutenant-Duval a déposé deux griefs par l’entremise de son syndicat. Elle se dit prête à aller en arbitrage. Une invitation qui reste sans réponse depuis plusieurs mois.

L’Université d’Ottawa n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de Radio-Canada.

Avec les informations de Catherine Morasse

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