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Sans-abrisme et consommation de drogues : des activistes demandent des ressources

Une femme tient un sac

Shauna Pinkerton tient un sac qui continent des seringues propres, entre autres.

Photo : Radio-Canada / Logan Turner/CBC News

Radio-Canada

L'absence d’un site de consommation de drogues supervisé et de refuge pour sans-abri obligent les personnes dans le besoin de Dryden, en Ontario, à s'entraider.

Les surdoses et les décès liés à la consommation de drogue sont en hausse.

Des activistes réclament des solutions pour aider les personnes vulnérables de cette ville de 8000 habitants, située à 350 kilomètres au nord-ouest de Thunder Bay.

Or, Shauna Pinkerton, qui vit avec une dépendance depuis des décennies et qui tente depuis longtemps de discuter du sujet avec les personnes chargées de prendre de telles décisions, affirme que la réponse est toujours la même.

On me dit : "Voici un plan quinquennal de bien-être communautaire que nous avons élaboré, alors au cours des cinq prochaines années, vous devriez être en mesure de constater des progrès", dit Mme Pinkerton.

Cinq ans, c’est trop, précise-t-elle.

Le fossé entre ceux qui disent qu'ils ont besoin d'action et d'aide maintenant et ceux qui sont chargés de faire en sorte que cela se produise est toujours présent à Dryden, et il génère une frustration intense pour les personnes qui regardent leurs amis mourir, explique-t-elle.

Pas de lieu de consommation sûr

Mme Pinkerton tente d’aider ses pairs. Elle se rend régulièrement dans quelques maisons de la ville avec un sac qui comprend des aiguilles propres, des tampons d'alcool, de l'eau stérile, des cuillères et des filtres en plus de récipients vides pour recueillir des objets tranchants.

Elle sait qu’on y consomme des drogues comme le fentanyl ou la méthamphétamine en cristaux, et elle les aide parce qu'elle préfère qu'ils utilisent des fournitures propres pour éviter la propagation des maladies.

Elle a également en sa possession plusieurs kits contenant de la naloxone, le médicament de secours en cas de surdose d'opioïdes. Elle reste souvent dans les maisons pendant que les gens consomment pour veiller à leur sécurité.

Mme Pinkerton se sent obligée d'apporter son aide, car il n'existe pas de zones de consommation de drogue sûres et surveillées dans la ville, et les décès liés à la drogue sont en augmentation.

Je déteste le dire, mais l'endroit le plus sûr pour un toxicomane à l'heure actuelle, c'est avec d'autres toxicomanes, car ils savent comment prendre soin de vous, a-t-elle déclaré.

Il y a des jours, ajoute Mme Pinkerton, où elle entre dans une maison et doit immédiatement administrer de la naloxone.

17 personnes sont mortes en 2020 d'une surdose d'opioïdes dans la zone couverte par le Bureau de santé publique du Nord-Ouest.

Selon Mme Pinkerton, Dryden a sérieusement besoin d'un site de consommation sécuritaire.

Gillian Lunny, directrice du programme de santé sexuelle et de réduction des méfaits du bureau de santé local, ne connaît que trop bien cet important élément de sécurité qui manque à Dryden.

Selon Mme Lunny, de plus en plus de recherches indiquent que les sites de consommation sécuritaire fonctionnent mieux lorsqu'ils sont reliés à d'autres services.

Ainsi, au même endroit, vous pouvez consommer une substance et savoir que vous n'en mourrez pas. Mais il y a aussi un travailleur social sur place, et il y a des traitements disponibles, et quelqu'un pour vous aider à trouver un logement.

Or, selon elle, les organismes concernés ne disposent tout simplement pas des ressources ni du personnel nécessaires pour lancer un tel projet.

Elle ajoute qu'une étude de faisabilité doit être menée avant de pouvoir planifier un site de consommation sûre. Elle a indiqué que le bureau de santé régional envisageait de lancer une telle étude, mais elle n'a pas pu donner de calendrier pour son lancement.

Pas de refuge pour les sans-abri

Mikey Verbonac vit dans un appartement d'une chambre à coucher situé dans une rue principale du centre-ville de Dryden.

Il permet à des personnes dans le besoin de dormir sur le plancher de son appartement.

Le portrait d'un homme sans chemise

Mikey Verbonac affirme qu'il héberge jusqu'à 10 sans-abri dans son appartement.

Photo : Radio-Canada / Logan Turner/CBC News

J’accueille neuf ou 10 personnes ici parfois la nuit.

Le plus récent comptage effectué par le Kenora District Services Board, en 2018, a révélé que 67 personnes à Dryden étaient sans abri. Il n'y a aucun refuge pour ces personnes à Dryden.

Henry Wall, directeur administratif du Kenora District Services Board, affirme que la ville a besoin d'une stratégie antidrogue avant de pouvoir mettre en place un refuge.

Il offre l’exemple du refuge de la ville voisine de Kenora : le conseil des services de district a fermé temporairement six mois seulement après son ouverture en février 2019, en raison de préoccupations concernant la consommation de drogues et la sécurité du personnel et des personnes qui utilisent le refuge.

M. Wall a déclaré que le problème de l'itinérance à Dryden n'est pas apparu du jour au lendemain.

Le portrait d'un homme dans un bureau

Henry Wall est le directeur administratif du Kenora District Services Board.

Photo : Radio-Canada / Logan Turner/CBC News

Il va nous falloir du temps pour planifier et bien faire les choses, a-t-il ajouté, mais il n'a pas pu dire combien de temps sera nécessaire.

Les coûts de la police et des services médicaux d'urgence ont également augmenté de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie pour faire face aux crises sociales et sanitaires provoquées par l'augmentation de la toxicomanie et de l'itinérance, ce qui, selon M. Wall, rend d'autant plus important de réfléchir à la façon de soutenir les gens de la manière la plus rentable possible.

Cela va nécessiter des investissements intentionnels et significatifs dans la prévention, a-t-il ajouté.

Volonté politique

Selon Sarah Kennell, directrice nationale des politiques publiques de l'Association canadienne pour la santé mentale, cette approche attentiste de la part des personnes chargées de mettre en place des soutiens pour les personnes vivant avec une dépendance et sans abri est frustrante.

Le fait d'utiliser l'excuse "nous avons besoin d'une stratégie en place" est, à mon avis, une insulte au travail qui a été fait dans d'autres régions du pays [...] où nous voyons des approches vraiment novatrices et rentables de la prestation de services qui peuvent être mises en place en un rien de temps, a déclaré Mme Kennell.

Des sites de consommation sécuritaire et des refuges ont vu le jour un peu partout au Canada, a-t-elle ajouté, et leurs pratiques exemplaires peuvent être adoptées et étendues à d'autres régions rurales.

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un manque de savoir , a déclaré Mme Kennell. Cela se résume à une question de volonté politique et de ressources.

Avec les informations de CBC News

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