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Le chef de la junte birmane exclu du sommet de l’ANASE

Un chef militaire asiatique en uniforme.

Le chef de la junte birmane Min Aung Hlaing en juin dernier à Moscou

Photo : Reuters / POOL

Agence France-Presse

Le chef de la junte birmane sera exclu du prochain sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE), a annoncé samedi l'organisation, une mesure forte à l'encontre du pouvoir militaire, qui s'est dit « extrêmement déçu ».

Les ministres des Affaires étrangères de l'ANASE, réunis virtuellement vendredi, ont décidé que Min Aung Hlaing ne serait pas invité au sommet qui se tiendra du 26 au 28 octobre, a déclaré le Brunei, qui assure actuellement la présidence tournante de l'ANASE.

À la place, il a été décidé d'inviter un représentant apolitique birman.

Le Myanmar est extrêmement déçu et s'oppose fermement aux conclusions de la réunion des ministres des Affaires étrangères, a déclaré dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères de la junte, estimant que les discussions et la décision sur la question de la représentation du Myanmar ont eu lieu sans consensus et sont contraires aux objectifs de l'ANASE.

La règle de non-ingérence

Plus tôt, la junte birmane avait critiqué cette décision, accusant l'ANASE d'avoir enfreint la règle de non-ingérence incluse dans la politique intérieure de ses États membres.

Nous pouvons également voir l'ingérence des autres pays [non membres de l'ANASE], a déclaré le porte-parole de la junte, le général de brigade Zaw Min Tun, à l'équipe locale de la BBC.

Il faisait allusion aux pourparlers entre le secrétaire d'État américain, Anthony Blinken, et l'émissaire de l'ANASE pour le Myanmar, le vice-ministre des Affaires étrangères du Brunei, Erywan Yusof, organisés avant la réunion, et à la pression de l'Union européenne.

L'organisation, qui regroupe dix pays d'Asie du Sud-Est, a pris cette mesure exceptionnelle après que la junte a rejeté les demandes d'envoi d'un représentant spécial pour dialoguer avec toutes les parties prenantes, dont l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi, renversée par l'armée en février.

Le communiqué fait état de progrès insuffisants dans la mise en oeuvre d'un plan en cinq points, adopté en avril, qui devait contribuer à rétablir le dialogue au Myanmar et faciliter l'arrivée de l'aide humanitaire.

La sécurité régionale

Pour l'ANASE, la situation au Myanmar a un impact sur la sécurité régionale, ainsi que sur l'unité, la crédibilité et la centralité de [l'organisation].

Pour le ministère des Affaires étrangères de Singapour, cette décision était difficile mais nécessaire pour maintenir la crédibilité de l'ANASE.

Elle assoit la réputation [de l'ANASE] en tant qu'organisation qui peut encore jouer un rôle actif en Asie du Sud-Est, a relevé, auprès de l'AFP, Mustafa Izzuddin, spécialiste des relations internationales au sein du cabinet de conseil Solaris Strategies, à Singapour.

Elle envoie à la junte le signal politique que l'ANASE ne se laisse pas faire et que le Myanmar doit montrer son sérieux et son engagement à mettre en oeuvre le plan en cinq points, a-t-il ajouté.

Le Myanmar, essentiellement dirigé par des militaires depuis un coup d'État en 1962, est une épine dans le pied de l'ANASE depuis son adhésion à l'organisation en 1997.

Un coup d'État a mis fin le 1er février à une parenthèse démocratique de dix ans. La répression militaire est sanglante contre les opposants, avec plus de 1100 civils tués et 8400 emprisonnés, selon une ONG locale, l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Une décision justifiée, selon Washington

Parmi ces prisonniers, on compte Mme Suu Kyi, 76 ans, lauréate du prix Nobel de la paix 1991. Elle est poursuivie notamment pour avoir violé des restrictions liées à la COVID-19 lors des élections de l'an passé, que son parti avait remportées largement, et pour importation illégale de talkie-walkies. Elle encourt des décennies de prison.

Un haut responsable de l'administration américaine a qualifié de parfaitement appropriée et complètement justifiée la décision de l'ANASE, avant même son annonce officielle.

Aung Myo Min, ministre des Droits de la personne au sein du gouvernement d'unité nationale (NUG) formé par d'ex-députés du parti de Mme Suu Kyi, a salué cette exclusion comme une mesure très forte et dit espérer que l'ANASE reconnaîtra le NUG comme le gouvernement légitime.

Les principaux partenaires de l'ANASE ont soutenu l'appel pour que l'envoyé spécial rencontre Mme Suu Kyi.

Dans un communiqué conjoint, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et le Timor-Oriental ont fait part de leur profonde préoccupation quant à la situation critique au Myanmar, appelant la junte à participer de manière constructive au dialogue avec l'envoyé spécial de l'ANASE.

La junte a promis d'organiser des élections et de lever l'état d'urgence en 2023.

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