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Demander l’aide des familles est « irresponsable » dit une défenseure des aînés

Une pénurie est possible dans les foyers de soins prolongés du Manitoba alors que le personnel non vacciné devra se soumettre à des tests dès le 18 octobre.

Gros plan sur la main d'une dame âgée qui tient un bol de nourriture.

On pourrait notamment demander aux familles de faire la lessive, nourrir les résidents, nettoyer leur chambre.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Une défenseure des droits des aînés, l’avocate Laura Tamblyn-Watts, estime que le recours possible à l’aide des familles pour prodiguer des soins aux aînés dans les foyers de soins personnels est « irresponsable et intenable ».

Cette semaine, le foyer de soins Salem Home à Winkler et le Tabor Home à Morden, dans le sud du Manitoba, ont communiqué par lettre avec les familles des résidents, leur demandant d’envisager de se porter volontaires pour accomplir divers types de tâches en cas de pénurie de personnel.

On pourrait ainsi leur demander de faire la lessive, nourrir les résidents, nettoyer leur chambre, les habiller, leur brosser les dents et créer des activités pour les résidents.

Vaccination obligatoire ou tests de dépistage dès le 18 octobre

Le Manitoba se prépare à une pénurie de personnel dans le réseau de la santé alors que la date butoir pour la vaccination obligatoire contre la COVID-19 approche à grands pas.

À compter du 18 octobre, tous les travailleurs de la santé et des soins personnels à domicile non vaccinés devront se soumettre à un test de dépistage toutes les 48 heures. S’ils refusent, ils seront mis en congé sans solde.

La province dit qu'elle met en place des plans de continuité et est prête à redéployer des employés pour contrer le manque possible de personnel.

Vendredi, la ministre de la Santé, Audrey Gordon, a dit que la province étudie plusieurs plans d’urgence en cas de pénurie. L’un d’eux consiste à envoyer des lettres aux familles afin de les informer que leur aide pourrait être requise dans les foyers de soins.

Capture d'écran de Laura Tamblyn Watts.

Laura Tamblyn Watts est la présidente-directrice générale de CanAge, un organisme canadien qui milite pour les droits des aînés.

Photo : Radio-Canada / Jacob Barker

Mais pour Laura Tamblyn-Watts, qui est la présidente-directrice générale de l’organisme national de défense des aînés CanAge, demander à des personnes qui n’ont pas de formation de s’occuper des résidents dans une telle situation est intenable et la province doit y voir.

« Ces plans sont à la fois choquants et irresponsables. »

— Une citation de  Laura Tamblyn-Watts, présidente-directrice générale de CanAge

La ministre de la Santé, dit-elle, ne peut pas se décharger d’un plan d’urgence qui est de sa compétence sur les familles de résidents fragiles vivant en milieu rural.

Choquant et ridicule

À ses yeux, ce plan pointe vers un problème de ressources et de santé qui doit être traité comme une crise.

Ce qui veut dire que nous revenons à la situation que nous avons vécue plus tôt dans la pandémie, quand on avait des services d’urgence de première ligne, la Croix-Rouge, l’armée ou d’autres services hospitaliers qui sont venus en renfort au système, dit-elle.

Dire aux familles que la vie de leurs proches n’est plus entre les mains du personnel des foyers, c’est choquant et franchement ridicule. Si les foyers vivent une situation d’urgence sur le plan du personnel, ils doivent obtenir l’aide nécessaire pour maintenir les résidents en sécurité.

Selon des données de Soins communs Manitoba fournies vendredi, plus de 29 700 des 42 000 travailleurs de la santé de la province ont indiqué être vaccinés. Environ 1800 ont dit ne pas être vaccinés et devront subir des tests de dépistage toutes les 48 heures.

L’organisme s’attend à obtenir plus de données au cours de la fin de semaine.

Le sud de la province aux prises avec la COVID-19

Dans une déclaration commune, les directrices générales des foyers de soins personnels Salem et Tabor, Sherry Janzen et Carolyn Fenny, ont dit qu’il était important d’informer les familles de l'incertitude entourant la dotation de personnel.

Notre intention était d’ouvrir le dialogue et de voir quelles sont les préférences ou les options possibles pour les familles, notent-elles.

Les deux foyers de soins prolongés sont situés dans des communautés où les taux de vaccination sont les plus bas au Manitoba. La région sanitaire de Santé Sud a aussi un taux de transmission de la COVID-19 élevé, qui a amené la santé publique à instaurer des restrictions supplémentaires dès ce samedi.

Pour la professeure en santé communautaire à l’Université du Manitoba, Michelle Driedger, ces lettres ont le mérite de soulever assez tôt des problèmes possibles.

Portrait de Michelle Driedger.

Michelle Driedger, professeure en santé communautaire à l'Université du Manitoba.

Photo : Michelle Driedger

Mais en même temps, ça soulève plusieurs signaux d’alerte : pourquoi n’y a-t-il pas de plan d’urgence étant donné cette échéance anticipée? se demande la professeure, qui se spécialise en communication des sciences de la santé.

Je suis surprise que les maisons de soins ne sachent pas comment leur personnel non vacciné entend répondre à l’exigence d’être testé régulièrement. Le savoir les aiderait à mieux planifier, dit-elle.

Laura Tamblyn-Watts rappelle que les maisons de soins prolongés avaient des pénuries de personnels avant la pandémie et que la situation s’est aggravée depuis.

Audrey Gordon derrière un micro et un pupitre.

Audrey Gordon est la ministre de la Santé du Manitoba. Un examen indépendant de l'éclosion meurtrière survenue dans un foyer de soins prolongés pendant la première vague a mentionné le manquement de la province, qui aurait dû avertir le foyer qu'il devait ajuster le nombre d'employés en place à la situation pandémique.

Photo : Radio-Canada / Bartley Kives

Elle accuse le gouvernement provincial de ne pas faire les suivis nécessaires aux recommandations d’un rapport publié plus tôt cette année au sujet des événements survenus au foyer de soins prolongés Maple, qui a connu une grave éclosion de COVID-19 lors de la première vague de la pandémie.

Le rapport, dit-elle, indique que la province aurait dû donner au foyer des instructions claires pour qu’il ajuste la dotation de personnel aux exigences accrues d’une éclosion.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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