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L’attribution erronée du décès d’un adolescent à la COVID-19 préoccupe en Alberta

Nathanael Spitzer assis avec un bébé sur les genoux.

Nathanael Spitzer est décédé le 7 octobre. Il était atteint d'une tumeur au cerveau de stade 4.

Photo : famille Spitzer/GoFundMe

Radio-Canada

Cette semaine, les autorités sanitaires de l'Alberta ont annoncé par erreur qu'un adolescent de 14 ans était mort de la COVID-19 alors qu'il avait été emporté par le cancer. La situation a suscité la controverse et soulevé plusieurs questions concernant la manière dont les autorités sanitaires signalent les morts liées au virus.

Nathanael Spitzer est décédé à l’hôpital le 7 octobre, soit neuf mois après avoir reçu un diagnostic de tumeur au cerveau de stade 4. Deux jours avant son décès, il avait reçu un résultat positif à un test de dépistage du SRAS-CoV-2.

Mardi, la médecin hygiéniste en chef de l’Alberta, Deena Hinshaw, a annoncé en conférence de presse qu’un adolescent de 14 ans souffrant de maladies sous-jacentes complexes avait succombé à la COVID-19.

Cette annonce a relancé le débat concernant la manière dont la province annonce les décès de personnes qui ont des comorbidités.

Un examen a confirmé une mort due au cancer

La famille de Nathanael Spitzer, soutenant qu'il était mort du cancer et non de la COVID-19, a appelé publiquement la Dre Deena Hinshaw à corriger sa déclaration.

Simone Spitzer, la sœur de l’adolescent, a même accusé le gouvernement albertain de propager de fausses nouvelles concernant son frère, qui était hospitalisé depuis le mois d’août.

Nous voulons simplement que la vérité sorte, a-t-elle déclaré dans un message envoyé à CBC/Radio-Canada.

Jeudi, en conférence de presse, la Dre Deena Hinshaw s’est excusée auprès de la famille en expliquant que, bien qu’un rapport initial ait indiqué que la COVID-19 était une cause secondaire de la mort du garçon, un nouvel examen a déterminé que ce n’était pas le cas.

La médecin hygiéniste en chef a également annoncé que la province n'annoncerait plus la mort de personnes mineures en lien avec la COVID-19 avant qu’un processus de révision ne confirme la cause réelle du décès.

Nathanael Spitzer a été retiré de la liste des 2946 personnes ayant succombé à la COVID-19 en Alberta.

Maladies sous-jacentes

Le cas de Nathanael Spitzer met en lumière la complexité et les subtilités entourant les décès de personnes infectées par le virus qui ont des comorbidités comme le cancer, le diabète, l’hypertension ou encore la démence. Ces comorbidités peuvent augmenter les risques liés à la COVID-19.

Depuis décembre 2020, la province publie les autres maladies dont souffraient les personnes mortes de la COVID-19.

La majorité des Albertains qui ont été emportés par le virus souffraient d’au moins une maladie sous-jacente, et ce, pour tous les groupes d'âge.

Seulement 3,8 % des Albertains ayant succombé à la COVID-19 n’avaient pas d'autres maladies sous-jacentes, alors que, dans plus de 74 % des morts liées au virus dans la province, il y en avait trois ou plus.

Les comorbidités les plus souvent notées par la province sont l’hypertension (82,9 %), les maladies cardiovasculaires (52,2 %), les maladies rénales (49,7 %), le diabète (44,5 %), les maladies respiratoires (40,1 %) et la démence (40,1 %).

Le gouvernement albertain indique que chaque décès en lien avec la COVID-19 fait l’objet d’un examen afin d’assurer l'exactitude des informations publiées par la province. Si un décès est attribué par erreur à la maladie, elle est retirée des statistiques provinciales de la pandémie.

S’il y a des questionnements, le certificat de décès et le dossier [du défunt] sont réexaminés par des professionnels médicaux, affirme le porte-parole du ministère de la Santé, Tom McMillan, dans une déclaration écrite.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Un processus complexe

Le professeur émérite au département de médecine des soins intensifs de l'Université de l'Alberta Noel Gibney affirme que l'annonce des décès liés à la pandémie est un exercice complexe et que les données peuvent être facilement mal comprises.

Noel Gibney.

Le Dr Noel Gibney explique qu'il est parfois difficile de déterminer si une personne est morte de la COVID-19 ou si elle est simplement morte alors qu'elle avait la COVID-19.

Photo : Capture d'écran d'une entreuve

Un maladie sous-jacente peut être grave ou mineure et le fait qu’une personne est atteinte d’une comorbidité ne veut pas dire que sa vie était en danger avant de contracter la COVID-19.

Le Dr Gibney ajoute que la COVID-19 peut engendrer de nombreux problèmes fatals, comme une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral.

La question est de savoir de quelle façon déterminer si une personne est morte à cause de la COVID-19 ou si elle est morte alors qu’elle était simplement infectée par le virus? Si vous aviez la COVID-19, seriez-vous mort ce jour-là, ou auriez-vous pu survivre et continuer à vivre pendant encore plusieurs mois ou années?, explique-t-il.

Par exemple, poursuit-il, le décès d’un patient atteint d’un cancer en phase terminale peut être attribué au SRAS-CoV-2 si ce sont des symptômes de la COVID-19, comme une pneumonie, qui lui ont finalement été fatals.

Si votre état de santé était relativement stable et que vous décédez après avoir attrapé la COVID-19, dans la plupart des cas, un médecin identifiera le virus comme la cause du décès sur votre certificat de décès et le cancer comme maladie sous-jacente, explique-t-il.

Selon lui, le fait de comptabiliser les comorbidités peut permettre d’élargir la compréhension de la pandémie, mais le fait de publier ces données peut s’avérer problématique.

Il dit que, sans contexte, ces statistiques peuvent nuire à la compréhension de la maladie par le public en plus de stigmatiser les personnes souffrant de maladies sous-jacentes.

Ubaka Ogbogu, photographié dehors.

Ubaka Ogbogu croit que la province devrait cesser de dire si les patients morts de la COVID-19 avaient des comorbidités.

Photo : Radio-Canada

Professeur associé en droit et spécialiste en politiques de santé publique à l’Université de l’Alberta, Ubaka Ogbogu croit pour sa part que la province devrait cesser de préciser si les personnes mortes de la COVID-19 avaient d'autres maladies.

Cela a commencé parce que le premier ministre [Jason] Kenney voulait minimiser la COVID-19 en général ainsi que les morts liées au virus, dit-il.

Les gens qui ont des comorbidités vont vivre dans la peur alors que les gouvernements ne font rien pour démontrer qu’ils essaient de protéger les plus vulnérables.

Avec les informations de Wallis Snowdon

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