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Un diplôme en enseignement français désormais reconnu en Ontario

Un enseignant est assis sur son bureau et montre des choses au tableau. Des élèves sont assis en classe et écoutent.

Un diplôme en enseignement français est désormais reconnu en Ontario et vise à faciliter le recrutement d'enseignants francophones dans la province.

Photo : iStock / skynesher

Les détenteurs d’un master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) remis en France par l’un des 33 INSPE (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) peuvent désormais postuler à des postes d’enseignant dans les conseils scolaires francophones et anglophones de l’Ontario.

Le consul général de France à Toronto en a fait l’annonce sur son compte Twitter en début de semaine. Tout a commencé avec le constat qu’il y avait une demande et une attente de professeurs de français ici en Ontario, raconte Tudor Alexis.

Le diplomate explique que cette nouvelle entente est le résultat d’un travail de longue haleine entre les autorités françaises et ontariennes ainsi que l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario (OEEO), qui régule la profession dans la province.

À travers la pédagogie que nous avons faite sur le contenu de ce programme, sur le profil de ces jeunes diplômés, nous sommes arrivés à faire comprendre aux autorités que ces personnes-là sont qualifiées, ont passé déjà une épreuve de sélection avant d’être admises à faire ce master et ensuite ils font un parcours qui est similaire aux jeunes diplômés en Ontario, rapporte M. Alexis.

Tudor Alexis aux studios d'ICI Ontario.

Tudor Alexis est, depuis le 29 août 2019, le consul général de France à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Ramin Pezeshki

Le consul assure par ailleurs que deux enseignantes venues de France ont déjà commencé à travailler dans la province, la première dans une école d’immersion à Ottawa et la seconde dans une école de langue française à Toronto.

La nouvelle a été soulignée par l'ambassadrice de la France au Canada sur son compte Twitter.

Contacté par Radio-Canada, l’OEEO n’a pas souhaité commenter la nouvelle.

De son côté, le ministère de l’Éducation a publié un communiqué vendredi vantant des progrès pour ce qui est d’attirer des enseignantes et enseignants de langue française. Il y est évoqué un projet pilote avec la France qui a permis d’établir une nouvelle voie aux enseignantes et enseignants français pour qu’ils puissent obtenir l’autorisation d’enseigner en Ontario.

Une démarche qui s’inscrit dans la Stratégie de recrutement et de rétention du personnel enseignant de langue française de la province, un plan sur quatre ans présenté en juin dernier.

Parcours du combattant et délais de traitement

Jusqu’à présent, il n’y avait pas de reconnaissance automatique du diplôme français en enseignement par l’OEEO, dont le certificat de qualification est nécessaire pour enseigner dans les écoles publiques de la province.

Si ceux qui présentent les qualifications requises et un diplôme provenant d’un établissement ontarien l'obtiennent généralement facilement, elle est toutefois plus compliquée à décrocher pour les enseignants ayant été formés à l’étranger.

Anthony Daoudi est originaire de France et installé dans la région de Toronto depuis quatre ans, où il enseigne dans une école du système indépendant, faute d’avoir reçu la fameuse certification. Il évoque un véritable parcours du combattant pour qualifier ses démarches auprès de l’OEEO.

Un homme barbu en entrevue par vidéoconférence.

Anthony Daoudi est professeur dans une école indépendante de Toronto.

Photo : Radio-Canada

D’un côté, il faut comprendre ce qu’on nous demande, et de l’autre côté, il faut que les personnes en France comprennent aussi exactement ce qu’ils doivent envoyer, ce qui n’est pas toujours facile, explique l’enseignant.

Il ajoute que les systèmes sont différents. En France, les professeurs sont par exemple recrutés sur concours. Les notes de ce concours ne sont souvent pas gardées plus d’un an, et il est donc parfois difficile de prouver la titularisation d’un professeur.

« On entend des personnes qui se font certifier très rapidement et d’autres comme moi, ou ça fait plus de deux ans que j’attends pour avoir une réponse, qu’elle soit positive ou négative.  »

— Une citation de  Anthony Daoudi, enseignant à Toronto

M. Daoudi n’est pas le seul. Deux autres enseignants français ont mentionné des difficultés similaires à Radio-Canada, mais n’ont pas souhaité que leur nom soit publié par crainte de porter atteinte à leurs dossiers actuellement en examen par l’OEEO. Là aussi, les délais d’attente mentionnés dépassent deux ans.

Entre-temps, j’ai pu me faire certifier en six semaines en Colombie-Britannique et en trois semaines au Québec, souligne Anthony Daoudi.

Les processus avec ces deux autres provinces étaient par ailleurs plus transparents, selon lui. Avec la Colombie-Britannique, l'employé chargé de son cas était disponible pour répondre à ses questions, alors qu'il faut parfois attendre plus d'une heure au téléphone pour parler à un employé de l'OEEO sans forcément que ce dernier soit en mesure de répondre aux questions, illustre-t-il.

De son côté, l’OEEO explique que son processus d’inscription et ses exigences en matière de documents requis sont directement liés à notre obligation de servir et de protéger l’intérêt du public.

Dans un courriel à Radio-Canada, la porte-parole de l’Ordre écrit que plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur les délais. D’une part, l’Ordre commence seulement l’évaluation d’un dossier lorsque la demande d’inscription est considérée comme complète, rapporte Gabrielle Barkany.

L’évaluation des documents pour déterminer s’ils sont officiels est l’étape la plus longue pour la majorité des postulants, poursuit-elle.

Vient ensuite l’évaluation de la demande. L’Ordre fait son possible pour traiter une demande et rendre une décision dans les 120 jours, assure la porte-parole, qui ajoute qu’il est possible que les délais ne soient pas respectés en fonction du volume des demandes, ou du besoin d’informations complémentaires.

Pénurie d’enseignants de langue française

L'OEEO dit toutefois soutenir les efforts pour recruter des enseignants qualifiés des régions francophones afin de répondre au besoin d'enseignants de français en Ontario, et affirme donner la priorité à l’examen des dossiers des personnes qui ont actuellement des offres d'emploi dans les conseils scolaires de langue française et de langue anglaise.

Le problème de pénurie des enseignants francophones n’est pas nouveau. La province a besoin de plus de 1000 enseignants francophones dans ses écoles, selon le rapport du Groupe de travail sur la pénurie des enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario rendu public en juin dernier.

Avec la nouvelle entente, le diplôme français serait donc désormais suffisant pour pouvoir demander et obtenir le certificat de qualification l’OEEO. Une excellente nouvelle, lâche Anthony Daoudi, lui-même détenteur du master MEEF.

Selon Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), la reconnaissance des diplômes français représente un pas dans la bonne direction pour contrer la pénurie sévère et croissante du personnel enseignant franco-ontarien .

Elle ajoute toutefois que pour le moment seulement deux personnes se sont prévalues de cette nouvelle mesure, ce qui est loin d’être suffisant pour pallier la pénurie importante de personnel enseignant qualifié dans les écoles de langue française .

Un sac d'école et des livres déposés au sol dans une cour d'école.

Une pénurie d'enseignants francophones sévit en Ontario.

Photo : Radio-Canada

Au-delà de permettre de travailler dans les écoles publiques, le fameux graal délivré par l’Ordre permet aussi d’accéder à des grilles de salaire plus avantageuses, de participer à des fonds de pension pour la retraite, et d’évoluer professionnellement en obtenant des qualifications additionnelles et en donnant des cours supplémentaires, explique l’enseignant français.

Autant d’avantages qui permettraient le recrutement, mais aussi la rétention des enseignants francophones au sein du système éducatif ontarien.

Réciprocité

Il y a déjà des voies de recrutement des professeurs qui donnent des résultats, nous on apporte une solution de plus, une solution peut-être plus facile, une solution aussi dans les deux sens, résume le consul général de France à Toronto.

Car le diplomate insiste sur ce point : l’idée est aussi d’attirer des enseignants ontariens dans le système français, notamment pour enseigner la langue anglaise.

Si les détails concernant la réciprocité de cette entente ne sont pas encore connus, le travail se poursuit dans ce sens, assure M. Alexis : Au jour d’aujourd’hui, est-ce qu’il y a un chiffre à donner, une date, et des types de personnes qui vont partir? Non. Est-ce que par contre il y a le travail préparatoire qui a été réalisé pour justement aboutir à cet échange? Oui.

S'il note un certain engouement des Français pour le Canada anglophone, il reste prudent sur le succès que pourrait avoir ce nouveau programme. Je pense qu’il faudrait que les expériences de vécu ici en Ontario fassent école, confie le consul.

Il n'écarte pas toutefois que cette entente avec l'Ontario s'élargisse à d'autres provinces. Pour l’instant, le master MEEF est reconnu par l’Ordre des enseignants de l'Ontario, mais nous faisons un travail similaire auprès d’autres provinces où le besoin est ressenti.

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