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Les gorilles peuvent différencier les voix humaines

Un gorille mâle du zoo d'Atlanta se frappe la poitrine dans son enclos.

Charlie, l'un des gorilles du zoo d'Atlanta qui a participé aux travaux.

Photo : Zoo d'Atlanta

Radio-Canada

Les gorilles réagissent différemment aux voix humaines qu'ils reconnaissent et qu'ils aiment par rapport à celles des étrangers ou des personnes qu'ils n'apprécient pas, révèlent les travaux de primatologues américains.

La chercheuse Roberta Salmi et ses collègues du laboratoire d’écologie comportementale des primates de l'Université de Georgie ont montré pour la première fois que les gorilles sont capables de reconnaître les voix humaines familières et de les associer à des souvenirs agréables ou pas.

L’étude

Leurs observations montrent que des gorilles du zoo d’Atlanta réagissent négativement lorsqu'ils entendent la voix de personnes qu'ils ne connaissent pas ou avec lesquelles ils ont eu des interactions négatives.

La réaction des grands singes semble indiquer, selon les chercheurs, qu’ils ont associé les voix à certains individus en fonction de la nature de leur relation avec eux.

Cette étude a été réalisée avec des gorilles qui vivent en captivité, mais pourrait bien se confirmer chez des animaux sauvages.

J’ai beaucoup travaillé avec des gorilles sauvages, et l'un des problèmes est qu'à travers le processus d'habituation à notre présence, nous pouvons aussi les rendre moins craintifs aux chasseurs, car ils s'habituent à voir et à entendre des humains, explique dans un communiqué Roberta Salmi, dont les travaux sont publiés dans la revue Animal Cognition (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

« Si les gorilles sauvages sont capables de faire la distinction entre des personnes qui se comportent différemment... je dormirais mieux en sachant que les chercheurs ne rendent pas les gorilles plus vulnérables aux chasseurs. »

— Une citation de  Roberta Salmi

Des animaux qui reconnaissent les voix

Plusieurs espèces animales sont capables de reconnaître et de différencier les vocalisations des membres de leur espèce. Certaines peuvent également différencier et comprendre celles d'autres espèces.

Dans la nature, nous savons que certains singes forment des associations spécifiques avec des individus d'autres espèces. C'est une stratégie de survie. Si un singe entend et reconnaît les appels de détresse d'un individu connu, il sait que quelque chose ne va pas et qu’il doit se mettre à l’abri pour échapper au danger, explique la primatologue.

Déjà, des recherches ont montré que les chiens et les chats font la distinction entre la voix de leur maître et celle des autres. Ils peuvent même détecter les changements de tonalité lorsqu’ils sont grondés et agissent en conséquence.

D’autres animaux proches des humains, tels que les corbeaux, les pigeons et même les éléphants, peuvent différencier les voix qui leur sont familières de celles qu'ils ne connaissent pas.

Ces études suggèrent que la capacité à différencier les voix et à évaluer le niveau de menace peut être importante pour les animaux qui sont de plus en plus exposés aux humains. Mais il est un peu plus difficile de savoir si les animaux sauvages sont capables de reconnaître les humains individuellement.

L’équipe de Roberta Salmi a voulu savoir si les gorilles en étaient aussi capables. Pour y arriver, elle a observé le groupe de 12 gorilles qui vivent au zoo d’Atlanta, soit 4 femelles et 8 mâles.

Les chercheurs avaient déjà remarqué que les membres du clan réagissaient négativement à la présence de certaines personnes qui entraient dans leur enclos, notamment les vétérinaires et un agent d'entretien. Elle ne savait cependant pas si les pensionnaires du zoo ne réagissaient uniquement qu’à la vue de ces personnes ou si leurs voix étaient également prises en compte.

Pour l’établir, l'équipe a fait écouter aux grands singes des enregistrements audio de trois groupes sur une période de six mois :

  • leurs gardiens qui travaillent avec eux depuis au moins quatre ans et entretiennent avec eux des relations positives;
  • les personnes que les grands singes connaissent bien, mais avec lesquelles ils ont des interactions négatives, notamment les vétérinaires et l'agent d'entretien;
  • des personnes qui n’ont aucune relation avec eux et qui ne connaissent pas les animaux.

Tous les participants ont prononcé la même phrase, Bonjour. Allô!, qui est la façon dont les gardiens de ce zoo saluent généralement les gorilles.

Les gorilles ont eu peu de réactions minimes en entendant les voix de leurs gardiens. Toutefois, lorsqu'ils entendaient la voix des personnes qu'ils ne connaissaient pas ou avec lesquelles ils avaient eu des expériences négatives, les gorilles réagissaient par des vocalises et des signaux de détresse, comme pour signifier une vigilance accrue.

L'une des premières choses que nous avons observées se produit également dans la nature : s'il y a un son qui semble menaçant ou inconnu, ils [les gorilles] arrêtent ce qu'ils font et concentrent leur attention. C'est quelque chose que nous faisons aussi. Si ce n'est pas un son menaçant, je continue à faire mes affaires. Si j'entends qu'il y a quelqu'un dans ma maison, j'arrête immédiatement ce que je fais pour entendre ce qui se passe! observe la chercheuse.

C’est un peu la même chose pour les gorilles. Après avoir entendu des voix inconnues ou des voix de personnes avec lesquelles ils avaient eu des interactions négatives, les singes ont cessé leurs activités et ont commencé à regarder en direction du son pour évaluer si les voix représentaient une menace, conclut Mme Salmi.

Ces travaux n’ont pas pu déterminer si les gorilles considéraient les étrangers comme aussi menaçants que les vétérinaires et l'agent d'entretien.

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