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Du saumon génétiquement modifié dans votre assiette?

Des filets de saumon sur une planche à découper.

L'entreprise AquaBounty a dit dans le passé que rien ne permet de distinguer son saumon génétiquement modifié des saumons naturels.

Photo : AquaBounty

Radio-Canada

L’Agence canadienne d’inspection des aliments affirme que le saumon génétiquement modifié produit à l’Île-du-Prince-Édouard est maintenant « disponible pour la vente » au Canada, mais il est difficile pour les consommateurs de savoir si c’est le cas ou non du saumon qui se trouve dans leur assiette.

Une porte-parole de l’Agence, Marie Terrien, confirme que le poisson produit par l’entreprise AquaBounty peut être vendu dans le pays et que la décision d’indiquer où exactement il est à vendre, que ce soit dans des supermarchés ou des restaurants, relève de l’entreprise.

Il s’agirait du premier saumon génétiquement modifié produit au Canada et mis sur le marché au pays.

L’entreprise AquaBounty a refusé d’accorder une entrevue, mercredi, au sujet de son poisson produit à Rollo Bay, à l’Île-du-Prince-Édouard, en disant que son directeur général n’était pas disponible pour quelques semaines en raison de réunions et de voyages.

Le porte-parole John Curtis a conseillé à La Presse canadienne de consulter plutôt les documents publiés sur le site web de l’entreprise à l’intention des actionnaires. Un document de ce genre publié en mai indique que la première production devait être offerte à la fin de juin. Toutefois, dans un autre document publié en septembre, l’entreprise mentionne plutôt une récolte entre le 1er juillet et la fin de l’année.

Interrogé au sujet des ventes, M. Curtis explique par courriel qu’en tant qu’entreprise cotée en bourse, AquaBounty présente des mises à jour de ses résultats financiers chaque trimestre.

Un saumon dont la croissance est accélérée

Le saumon de l’Atlantique produit par AquaBounty comprend un ajout d’ADN d’autres espèces de poissons qui accélère sa croissance. Selon certaines estimations, ce saumon atteint sa taille de commercialisation deux fois plus vite que le saumon naturel.

Marie Terrien explique que le saumon d’AquaBounty a fait l’objet d’études par Santé Canada pendant plusieurs années et qu’il peut être vendu sans étiquette indiquant qu’il est génétiquement modifié.

Lucy Sharratt, coordonnatrice du Réseau canadien d'action sur les biotechnologies, estime que l’Agence devrait renseigner les consommateurs sur le saumon génétiquement modifié. Comme ce poisson n'est muni d'aucune étiquette particulière, Mme Sharratt se demande qui, à part AquaBounty, peut savoir où il est vendu. Elle dit que c’est renversant de la part de l’Agence.

Mark Butler, un conseiller de l’organisme Nature Canada, soutient que tous les produits génétiquement modifiés devraient être munis d'une étiquette. Il estime que les contribuables ont le droit de le savoir, parce que leur argent a appuyé le développement de ce produit à l'Île-du-Prince-Édouard. Il dit qu’en ce moment, le seul moyen pour les consommateurs de savoir qu’ils ne mangent pas ce poisson est de ne plus acheter de saumon du tout.

Le porte-parole d’AquaBounty affirme que l’entreprise respecte toutes les directives de Santé Canada, qui ne l’oblige pas à étiqueter ainsi son produit. Selon lui, une étiquette n’est pas nécessaire, parce que le produit ne fait l’objet d’aucune préoccupation de santé et de sécurité.

Et si le saumon modifié s'échappait dans la nature?

Mark Butler ajoute que Nature Canada craint toujours la possibilité que le saumon génétiquement modifié s’échappe dans l’environnement et entraîne des conséquences sur les stocks de saumon naturel.

Il reconnaît que l’usine à l’Île-du-Prince-Édouard peut respecter les procédures établies pour empêcher tout contact entre le saumon génétiquement modifié et le saumon naturel. Mais, selon lui, plus la production de saumon génétiquement modifié augmente dans le monde, plus le risque d’accident croît aussi.

Mais un autre intervenant veut se faire rassurant à ce sujet. Garth Fletcher, un scientifique et professeur émérite à l’Université Memorial à Terre-Neuve, a dirigé l’équipe qui a mis au point le gène d’hormone de croissance injecté dans les oeufs du saumon.

Selon M. Fletcher, les installations terrestres et fermées employées pour l’élevage du saumon à la croissance accélérée vont finir par réduire la nécessité d’élever le saumon dans les baies. Il estime que cela réduira aussi les déchets et la propagation de maladies chez ces poissons.

Un bâtiment industriel près de la mer.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

AquaBounty a indiqué en 2017 qu'elle comptait convertir cet incubateur à Rollo Bay et construire deux autres bâtiments de 3700 mètres carrés.

Photo : Radio-Canada / Steve Bruce/CBC

Interrogé au sujet de l’absence d’étiquette particulière, Garth Fletcher affirme que la décision a été prise par les autorités réglementaires. Il souligne qu’il a lui-même mangé ce poisson et que les consommateurs n’ont rien à craindre.

Garth Fletcher ajoute qu’une partie de la pression exercée pour l’étiquetage du produit provient de gens qui veulent convaincre les consommateurs que ce poisson est mauvais pour eux. Il dit que c’est une façon négative de voir les choses.

Mais selon Mark Butler, le manque de transparence est un problème majeur pour de nombreuses personnes. Selon lui, les autorités fédérales devraient mieux renseigner le public sur la mise en marché du saumon génétiquement modifié.

D’après un reportage de Michael Tutton, de CBC

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