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La maison Chevalier vendue « dans l’opacité »

La maison Jean-Baptiste Chevalier.

La maison Chevalier sera vendue à l’entreprise Gestion 1608 (archives).

Photo : Radio-Canada / Eric Careau

La vente de la maison patrimoniale Jean-Baptiste-Chevalier, dans le Vieux-Québec, suscite indignation et colère. L’opposition à l’Assemblée nationale et un expert en urbanisme accusent la ministre de la Culture, Nathalie Roy, d’avoir approuvé la vente au privé en catimini.

La maison Chevalier sera vendue à l’entreprise Gestion 1608. Elle abritera les locaux de la division immobilière du Groupe Tanguay.

La transaction a été approuvée par la ministre de la Culture en vertu d'un décret gouvernemental publié dans la Gazette officielle, mercredi.

Tout le monde est mis devant les faits accomplis. On dilapide des biens publics pour des motifs qu'on ne donne même pas. On ne sait surtout pas quelles autres avenues auraient été possibles. C'est le côté opaque qui me dérange, fustige Gérard Beaudet, professeur à l’École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal.

Importance historique

La maison Jean-Baptiste-Chevalier a été construite en 1752 dans le quartier Petit-Champlain. Elle fait partie du site patrimonial de l'UNESCO.

C'est le premier bâtiment du secteur de la Place-Royale à avoir été restauré à la fin des années 1950. Dans l'histoire de la mise en valeur du patrimoine au Québec, c'est un bâtiment de première importance, explique l’urbaniste.

La maison Chevalier en 1960

L’immeuble appartenait depuis 1987 au Musée de la Civilisation, donc à l’État. Il était devenu excédentaire et ne répondait plus aux normes muséales.

Portrait de Marie-Josée Savard pris à l’extérieur, en automne. Elle sourit sur la photographie.

La candidate à la mairie de Québec, Marie-Josée Savard.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Marie-Josée Savard satisfaite

La candidate à la mairie de Québec et responsable du patrimoine sous l'administration Labeaume, Marie-Josée Savard, voit pour sa part la transaction d'un bon oeil.

Elle rappelle qu'il y a plusieurs lieux disponibles dans la capitale pour faire des expositions. Marie-Josée Savard estime aussi qu'il faut l'aide financière du secteur privé pour préserver les bâtiments patrimoniaux.

Ça ne m'inquiète pas, bien au contraire. S'il y avait d'autres citoyens corporatifs comme ça, d'autres privés intéressés à prendre des maisons patrimoniales pour les maintenir, ça serait une bonne nouvelle. La ville seule ne peut pas faire ça, affirme-t-elle.

Gérard Beaudet croit tout de même qu’il y avait d’autres options que de le vendre à des intérêts privés.

Comme la maison abrite des organismes patrimoniaux, qui seront délogés, le professeur souligne qu’elle aurait pu notamment être transformée en Maison du patrimoine.

Pas de consultations

Gérard Beaudet reproche au gouvernement du Québec de ne pas avoir consulté à large échelle avant de décider de se départir de la maison Jean-Baptiste-Chevalier.

Cette vente est d’autant plus étonnante que la SODEC est propriétaire de 26 immeubles de la place Royale. Pourquoi ne pas avoir proposé au Musée de la civilisation de céder la maison Chevalier à cet organisme?, lance-t-il.

La place Royale, à Québec.

La restauration de la maison Jean-Baptiste-Chevalier (1956-1963) a été la première intervention réalisée dans le cadre du projet de Place-Royale (archives).

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

L’opposition à l’Assemblée nationale estime aussi que la vente de la maison Jean-Baptiste-Chevalier a été faite de manière opaque.

Selon la porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture, Christine St-Pierre, la ministre aurait dû faire des consultations avant d’approuver la transaction.

Mme Roy a agi secrètement

Selon elle, cette décision va à l'encontre des dispositions du projet de loi no 69 adopté au printemps dernier.

Mme Roy a agi secrètement dans ce dossier alors que la nouvelle loi prévoit que celle-ci doit consulter les personnes ou les organismes concernés par les orientations à prendre en matière de protection et de transmission du patrimoine culturel, soutient Christine St-Pierre.

Ex-dirigeant de l'Office de tourisme outré

L'ancien président de l'Office de tourisme de Québec, Pierre D Tremblay, a fait parvenir une lettre à la ministre de la Culture pour dénoncer la vente. Il aurait souhaité que madame Roy et la direction du Musée de la Civilisation agissent autrement.

Voilà une très  mauvaise décision de la ministre de la culture du Québec. Une vente regrettable et inadmissible. Cette maison qui est sous leur ‘’responsabilité ‘ depuis plusieurs années, pourrait d’ailleurs être le lieu de présentation de ces Espaces bleus qui vont voir le jour dans toutes les régions du Québec, peut-on lire dans la missive.

L'acte de vente, dont la valeur n'a pas été dévoilée, devrait être signé au cours des prochaines semaines.

Plan rapproché de la députée libérale Christine St-Pierre.

Christine St-Pierre reproche à la ministre de la Culture d'avoir manqué de transparence dans le dossier de la vente de la maison patrimoniale (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Comme il s’agit d’un bâtiment patrimonial, le futur acquéreur devra se conformer aux dispositions de la Loi sur le patrimoine culturel.

Obligations

Elle oblige les propriétaires à prendre les moyens nécessaires pour maintenir la qualification patrimoniale d'un immeuble classé. Tous travaux urgents devront être effectués, alors que toutes rénovations devront d'abord obtenir l'approbation du ministère de la Culture.

Ces dispositions ne rassurent pas Gérard Beaudet.

Si on se rapporte au rapport de la vérificatrice générale sur la manière dont le Ministère s'occupe de ses responsabilités, ce n'est pas rassurant du tout. Il n'y a pas de garantie que les choses vont se faire convenablement, estime-t-il.

Avec la collaboration de David Rémillard.

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