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Le Liban enterre les victimes des violents affrontements sur fond de vives tensions

Des femmes et des hommes se recueillent en pleurant près d'un cercueil où sont posées des couronnes de fleurs.

Des centaines de personnes ont participé aux funérailles de deux membres du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Agence France-Presse

Le Hezbollah pro-iranien et son allié, le mouvement Amal, ont enterré vendredi leurs membres tués la veille dans les plus violents affrontements depuis des années au Liban, qui ont secoué le centre de Beyrouth et ravivé le spectre de la guerre civile.

Six des sept personnes tuées étaient des membres des deux partis chiites qui avaient organisé jeudi une manifestation devant le palais de justice de la capitale pour exiger le remplacement du juge chargé de l'enquête sur la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts l'an dernier.

Ces violences viennent accroître la tension politique qui reste vive vendredi, dans le pays, où le Hezbollah et ses alliés exigent le départ du juge Tareq Bitar. Malgré les pressions, le magistrat veut poursuivre plusieurs responsables dans le cadre de son enquête sur ce séisme qui a frappé le pays, selon les mots de l'ex-premier ministre Hassan Diab.

Mais les responsables politiques refusent d'être interrogés, même si les autorités ont reconnu que les énormes quantités de nitrate d'ammonium qui ont explosé avaient été stockées pendant des années sans précautions.

Vendredi, dans un prêche au cours des funérailles de deux membres du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, Hachem Safieddine, haut responsable de la formation, a accusé le parti chrétien des Forces libanaises d'avoir délibérément provoqué un massacre la veille, afin d'entraîner une nouvelle guerre civile.

Des centaines de personnes ont participé aux funérailles des deux membres du Hezbollah, dont les cercueils étaient enveloppés du drapeau jaune du parti et encadrés par des combattants en treillis. Un troisième membre du Hezbollah a été inhumé au nord de Beyrouth.

Une foule, dont des hommes en habit militaire, porte un cercueil recouvert d'un drapeau.

Les cercueils des membres du Hezbollah tués la veille étaient enveloppés du drapeau jaune du parti et encadrés par des combattants en treillis.

Photo : Getty Images / Marwan Tahtah

Le mouvement Amal a de son côté enterré trois de ses membres, dont l'un, âgé de 26 ans, a été inhumé au milieu de tirs nourris lors de funérailles dans un village du Liban, alors que les femmes jetaient des fleurs sur le cercueil.

La septième victime est une mère de cinq enfants, tuée d'une balle perdue alors qu'elle se trouvait chez elle. Elle est comptabilisée parmi les martyrs du Hezbollah.

Le spectre de la guerre civile ravivé

Les deux formations chiites accusent les Forces libanaises d'avoir déployé des francs-tireurs sur les toits des immeubles environnants et d'avoir visé leurs partisans qui s'approchaient des quartiers chrétiens jouxtant le secteur.

La formation de Samir Geagea a démenti ces propos et réclamé une enquête officielle, accusant le Hezbollah d'avoir envahi les quartiers chrétiens.

Vendredi, le journal Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a publié en première page un portrait de M. Geagea, en uniforme nazi, avec une moustache à la Hitler, l'accusant d'avoir planifié, préparé et exécuté un grand crime.

La tension reste vive vendredi, décrété jour de deuil national. L'armée libanaise s'est déployée en force dans le quartier de Tayouneh, théâtre des affrontements, érigeant des barrages pour contrôler les voitures, selon des correspondants de l'AFP.

Les propriétaires de commerces et les habitants ont inspecté les dégâts et nettoyé les débris de verre. Nous sommes revenus comme en 1975, a déploré Fawzi Saghir, un concessionnaire de voitures à Tayouneh.

Deux hommes passent le balai près d'une motocyclette brûlée.

Des hommes nettoient une rue après les violents affrontements qui ont secoué des quartiers chiites de Beyrouth, la veille.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Jeudi, des centaines de miliciens d'Amal et du Hezbollah se sont déployés dans ce secteur proche du palais de justice, près de l'ancienne ligne de démarcation lors de la guerre civile (1975-1990) entre les quartiers musulmans et chrétiens.

Les circonstances exactes des violences qui se sont produites dans ce secteur restent confuses. L'armée a fait état d'échanges de tirs [...] au moment où les manifestants étaient en route pour protester devant le palais de justice. Le ministre de l'Intérieur, Bassam Mawlawi, a affirmé que des francs-tireurs avaient fait feu sur les manifestants.

Le déluge de feu qui s'est abattu sur ce secteur a terrorisé les habitants, ravivant le spectre de la guerre civile qu'ils croyaient avoir oubliée.

Appels à une enquête impartiale

La Russie a appelé vendredi les acteurs de la crise à faire preuve de retenue et Riyad a demandé aux dirigeants libanais de vrais et sérieux changements. La veille, la France avait appelé à l'apaisement et les États-Unis à la désescalade.

Le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a appelé à cesser les actes provocateurs et plaidé pour une enquête impartiale sur l'explosion au port.

La manifestation s'est produite après que la Cour de cassation a rejeté des recours de députés et d'ex-ministres à l'encontre de M. Bitar, lui permettant de reprendre ses investigations.

Le juge ne pourra cependant pas le faire avant mardi, au moment où s'ouvre une nouvelle session parlementaire durant laquelle les députés jouissent de l'immunité.

Les familles des victimes de l'explosion doivent serrer les rangs [...] car tout ce qui a lieu est une tentative de nous diviser et de saper notre cause, a déclaré William Noun, qui a perdu son frère lors de l’explosion dévastatrice du 4 août 2020 au port de Beyrouth.

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