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Élections municipales à Gatineau : davantage de candidats des communautés noires

Les six candidats noirs aux élections municipales à Gatineau

Cette année, 6 des 52 candidats à un poste de conseiller municipal à Gatineau sont des personnes noires.

Photo : Radio-Canada / Montage : Yosri Mimouna

Ça s’observe à plusieurs endroits au Québec : les candidatures aux élections municipales du 7 novembre tendent à refléter de plus en plus la diversité de la population. À Gatineau, c'est la participation des membres des communautés noires qui se démarque. Plus d’un candidat sur 10 qui tente de briguer un poste de conseiller en est issu. Du jamais vu de mémoire de Gatinois.

Ce n’est pas un hasard, avance d’emblée Léon Kambi Bushiri, candidat dans le district de Pointe-Gatineau, tout en notant un petit quelque chose de spécial cette fois-ci.

Portrait d'un homme noir. Il n'a pas de cheveux et a une barbe. Il porte des lunettes et une chemise à carreaux rouge et bleu.

Né en République démocratique du Congo, Léon Kambi Bushiri est candidat indépendant dans le district de Pointe-Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Hugo Bélanger

C’est rare pour les gens de ma communauté de s’engager en politique, reconnaît-il. C’est rare de trouver un Congolais en politique à Gatineau. Mais moi je dis que je vais relever le défi.

« Se présenter, c’est une question de courage et de détermination. »

— Une citation de  Léon Kambi Bushiri, candidat dans Pointe-Gatineau

Démographie

Cette année, 6 des 52 candidats à un poste de conseiller municipal sont des personnes noires.

Elles comptent pour 11 % des candidatures, soit près du double de celles qu’elles représentent dans la population gatinoise (6.1 %). Il n’y en avait qu’une seule aux dernières élections municipales en 2017. Leur représentativité aux scrutins précédents n’était jusqu’alors guère plus notable.

Pour Aïchatou Touré, présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau, cette évolution est à l’image de celle de la communauté qui a exponentiellement augmenté ces dernières années.

Même visuellement, on voit que la démographie a vraiment changé à Gatineau, dit celle qui y vit depuis une vingtaine d’années.

Entre 2001 et 2016, la population noire de Gatineau a triplé. En 5 ans, de 2011 à 2016, le poids démographique qu’elle occupe a quasiment doublé pour passer de 3.9 % à 6.1 %.

Pendant une partie de cette période, soit de 2009 à 2017, Mireille Apollon est la seule représentante des minorités visibles à avoir siégé au conseil municipal de Gatineau.

George Floyd et Kamala Harris

Des événements survenus de l’autre côté de la frontière ont inspiré dans la région.

Comme les autres candidats, Bettyna Bélizaire, qui se présente dans le district du Plateau, souligne l'indignation suivant la mort de Georges Floyd et l’inspiration lorsque Kamala Harris est devenue vice-présidente des États-Unis.

Il y a eu une mouvance dans la communauté noire qui a fait qu’on veuille se présenter, dit-elle.

Portrait d'une femme noir qui sourit.

Originaire d'Haïti, Bettyna Bélizaire se présente sous les couleurs d'Action Gatineau dans le district du Plateau.

Photo : Radio-Canada / Hugo Bélanger

Mme Bélizaire revient aussi sur la condamnation de la Ville de Gatineau, en février, pour profilage racial.

Le fait que la Ville ait été en appel au verdict sur des détails techniques, sur le fait que ça n’existait pas, commence-t-elle avant de s’interrompre, agacée. En tout cas, je trouve que s'il y avait des gens [issus de la diversité] autour de la Table ou des politiques plus inclusives, ça n'aurait pas eu lieu.

Cela dit, le saut en politique que les 6 candidats font pour la majorité pour la première fois a d’abord été motivé par un désir de participer à la gouvernance urbaine, là où se prennent les décisions.

« Le momentum est là, mais on a bâti quelque chose en arrière avec les nombreux organismes qui existaient déjà. »

— Une citation de  Bettyna Bélizaire, candidate dans le Plateau

De la politique communautaire à la démocratie locale

Qu’elle soit fondatrice d’organisme, qu’il soit président d’association d’envergure… Les six candidats sont quasiment tous des leaders de la communauté depuis des années, pour ne pas dire des décennies pour certains.

Entrer en politique me permet d’avoir plus d'outils pour le faire. C'est tout simplement la continuité de ce que je fais et la possibilité d'aller plus loin, explique Darlène Lozis, co-fondatrice de l’organisme 3R International, qui milite et appuie les personnes issues des minorités ayant des difficultés avec le système judiciaire.

Serge Tonlé abonde dans le même sens. Le temps était peut-être venu de dire maintenant quittons le petit microcosme, quittons notre écosystème, entrons dans un écosystème plus grand pour partager notre expérience et enrichir la diversité de notre région de l'Outaouais.

Portrait d'un homme noir qui sourit. Il porte des lunettes de vue noire, une chemise à carreaux bleu et une verste grise.

Serge Tonlé, originaire du Cameroun, est candidat indépendant dans le district du Plateau.

Photo : Radio-Canada / Georges-Etienne Nadon Tessier

Sous un de ses multiples chapeaux, M. Tonlé siège au conseil d'administration de LeaderPol, un organisme créé par une autre candidate noire pour encourager les personnes afrodescendantes à se présenter en politique.

Je pense que LeaderPol a joué un rôle important depuis 2018, explique sa fondatrice, Olive Kamanyana qui tente de se faire élire dans le district du Carrefour-de-l’Hôpital.

Une femme noire tient des pamphlets de son programme électoral dans les mains. Elle porte une camisole bleu et une veste jaune lors d'une journée ensoleillée

Originaire du Rwanda, Olive Kamanyana a eu la piqure de la politique en faisant campagne aux élections provinciales de 2018. Elle se présente aujourd'hui comme candidate indépendante dans le district du Carrefour-de-l'Hôpital où elle vit depuis près de 14 ans.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

« On a sensibilisé les membres des communautés noires au fait qu’on peut prendre notre place au lieu de se plaindre qu’on n’est pas élus autour de la table. »

— Une citation de  Olive Kamanyana, candidate dans Carrefour-de-l’Hôpital

Ce sera chose faite dans le district du Plateau où Bettyna Bélizaire et Serge Tonlé sont les deux seuls candidats.

Pour nous deux c’est un grand cadeau, c’est la preuve que minimalement on aura un représentant [de la communauté noire] à la commune de Gatineau, se réjouit M. Tonlé.

Quand vous êtes leader d'une communauté [... ] vous faites de la politique communautaire : chaque jour vous êtes capables de porter l'information du haut vers le bas pour favoriser le vivre ensemble. Ça je le fais depuis des années, comme la plupart des autres candidats, expose-t-il.

À l’image de la plupart des candidats noirs, Serge Tonlé ajoute se présenter aussi pour faire figure de modèle.

« Nos enfants ont besoin de modèles inspirants. »

— Une citation de  Serge Tonlé, candidat dans le Plateau

Moi j’enseigne et je vois très souvent, quand vous rentrez dans les écoles, les enfants vous demandent : “Vous venez faire le ménage?” Ça interpelle!, s’exclame M. Tonlé. Les enfants ont besoin, à tous les échiquiers, de gens qui les représentent.

Portrait d'une femme noire. Elle porte un foulard noir noué sur tête ainsi que de longues boucles d'oreilles argentées. On devine un paysage d'automne qui est flou en arrière plan.

Candidate aux racines haïtiennes, après plus de 20 ans à Gatineau Darlène Lozis a choisi de faire son saut en politique municipale sous les couleurs d'Action Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Hugo Bélanger

« C’est le moment aussi de faire notre part, donc d’entrer dans la ligue des grands. »

— Une citation de  Darlène Lozis, candidate dans le Manoir des Trembles-Val Tétreau
Notre couverture des élections municipales au Québec en 2021.

Ailleurs au Québec

Gatineau ne fait pas pour autant figure d’exception avec cette représentation de candidats issus des minorités, qui s’observe également à Montréal, notamment au sein du parti de la mairesse sortante Valérie Plante.

D’ailleurs, Gatineau et Montréal pourraient se ressembler sur le fait que voici qu'émergent des candidats de l’Afrique subsaharienne. C'est tout à fait nouveau, observe Frédéric Castel.

En l’absence de statistiques exhaustives sur l’origine ethnoculturelle des candidats aux élections municipales, ce professeur de l’UQAM épluche depuis plusieurs années le profil de ceux qui se présentent. C’est une tendance forte et que j’ai relevée même au Québec avant, dans l'élection provinciale, observe-t-il.

À Gatineau, la majorité des candidats issus des communautés noires sont des indépendants.

Là, [les candidats de la diversité sont] plus visibles et ça dépasse Action Gatineau, donc je trouve que c’est intéressant et c’est du nouveau, commente Guy Chiasson, professeur de science politique à l’UQO.

De son côté, Danielle Pilette, professeure associée de gestion municipale à l’UQAM voit dans cette prédominance des candidatures indépendantes un symbole de l'intégration de ces candidats et leur volonté de faire partie de la cité. Il y a comme une vision citoyenne de la part de ces personnes-là, décrit-elle.

Portrait d'un homme noir assis sur une chaise. Il porte une chemise à carreaux beige.

Bello Mansour est originaire du Tchad. À Gatineau depuis plus de 21 ans, il se présente comme conseiller municipal dans le district de Mitigomijokan.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

« C'est une fierté, de voir que les gens essayent de s’impliquer dans les communautés où ils vivent, oser être là et représenter les Gatinois. »

— Une citation de  Bello Mansour, candidat dans Mitigomijokan

Hors de question toutefois pour les 6 candidats que cette fierté qu’ils ont dans la peau ne vienne prendre le dessus sur leur programme politique.

Environnement, sécurité publique, aménagement urbain… Avant tout, on est des Gatinois, comme tous les autres et les problématiques, les enjeux nous touchent tous en même temps, insiste Bello Mansour.

J’ai d’autres capacités à part la couleur de ma peau, martèle Darlène Lozis, candidate dans le district de Manoir-des-Trembles-Val-Tétreau. C’est ça que j’aimerais que mes concitoyens voient en moi, cette capacité que j’ai avec mon expérience, mon éducation, ma vie professionnelle remplie et mon militantisme de terrain , poursuit-elle.

Moins représentés

Si les communautés noires redorent l’image de Gatineau en termes de représentativité, les candidatures féminines, elles, se situent bien en deçà de la moyenne québécoise, avec seulement 27 % de femmes qui se présentent à un poste de conseillères.

Bien qu’un nombre record de candidats autochtones se soient lancés dans la campagne fédérale cette année, ils sont absents du scrutin municipal à Gatineau, comme dans d’autres villes.

À la mairie

Un candidat, originaire du nord de l’Afrique cette fois, s’est lancé dans la course à la mairie de Gatineau.

La diversité, c’est important, résume Abdelhak Lekbabi, qui est originaire du Maroc.

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