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Les élections sénatoriales, un cheval de bataille conservateur

Le 18 octobre, les Albertains désigneront par vote trois personnes pour être nommées au Sénat par le premier ministre du Canada.

Des sénateurs masqués sont assis à leur bureau dans la Chambre haute.

Le Sénat a notamment pour rôle de réviser les lois proposées par les députés.

Photo : Reuters / Blair Gable

Les Albertains sont appelés aux urnes lundi prochain pour de nombreux votes, notamment celui pour désigner des sénateurs. L’Alberta est la seule province à tenir de telles élections, car les sénateurs sont en fait nommés par le premier ministre canadien. Cette particularité fait en sorte que les candidats de droite sont les plus nombreux à se présenter comme aspirants sénateurs.

Il s’agit des cinquièmes élections sénatoriales que tient l’Alberta. Depuis 1989, les sénateurs ainsi désignés qui ont fini par être nommés à la Chambre haute l’ont été par des premiers ministres canadiens conservateurs. Cela n’est jamais arrivé sous la gouverne d’un premier ministre libéral.

D’ailleurs, depuis l’arrivée de Justin Trudeau au pouvoir en 2015, les sénateurs n’ont plus d’affiliation politique officielle. Les personnes intéressées doivent soumettre leur candidature à un comité indépendant, qui fournit au premier ministre une sélection non contraignante de cinq candidats à considérer pour chaque siège à pourvoir, selon le site du gouvernement canadien.

Pourtant, les candidats officiellement affiliés à un parti politique de droite sont nombreux. Parmi les 13 aspirants sénateurs, 3 sont affiliés au Parti conservateur du Canada (PCC), 3, au Parti populaire du Canada (PPC), et les 7 autres sont indépendants. Aucun des candidats n'est officiellement associé à un parti centriste ou de gauche.

Un souhait de longue date

Un Sénat réformé et élu est une idée chère aux conservateurs de l'Ouest depuis plus de 30 ans, explique la professeure de sciences politiques de l’Université de Calgary Lisa Young. C’est en partie parce qu’ils veulent voir un changement institutionnel, où la politique nationale se rapprocherait de celle de l’Ouest canadien et serait plus conservatrice.

Conséquemment, beaucoup d’électeurs centristes ou de gauche sont peu intéressés par les élections sénatoriales ou les considèrent même comme illégitimes, selon elle.

En 2016, la première ministre néo-démocrate albertaine Rachel Notley avait par ailleurs laissé expirer la loi albertaine permettant ces élections sénatoriales. Le gouvernement conservateur de Jason Kenney l'a réintroduite en 2019.

Le candidat indépendant Duncan Kinney se présente quant à lui comme l’option des sceptiques. Si vous n’aimez pas ce que Jason Kenney fait à notre province et que vous croyez que les élections sénatoriales sont stupides, votez pour moi, affirme d’entrée de jeu le directeur de Progress Alberta, un organisme militant de gauche.

Une élection qui attire les candidats de droite

À l’inverse, la candidate conservatrice Erika Barootes, qui a notamment été présidente du Parti conservateur uni en Alberta, prend sa candidature très au sérieux. Elle croit que le Sénat peut jouer un rôle plus important dans les travaux parlementaires fédéraux.

« Le Sénat peut présenter des projets de loi, pas juste en amender ou en rejeter. Il peut agir comme contre-pouvoir important pour notre nation. »

— Une citation de  Erika Barootes, candidate conservatrice aux élections sénatoriales

Erika Barootes souhaiterait par exemple présenter un projet de loi pour s’assurer que les militaires ne subissent pas de retard dans l'obtention de soutien en santé mentale lorsqu’ils retournent à la vie civile.

Montage des trois candidats côte à côte qui regardent l'objectif.

De g. à dr. : Duncan Kinney, Nadine Wellwood et Erika Barootes font partie des 13 candidats aux élections sénatoriales albertaines.

Photo : Gracieuseté

L’attrait du Sénat est également fort pour le Parti populaire, qui n’a fait élire aucun député aux élections fédérales, mais a particulièrement bien réussi dans les circonscriptions rurales de l’Alberta par rapport au reste du pays.

Son chef, Maxime Bernier, a demandé à trois de ses candidats fédéraux de se présenter aux élections sénatoriales en Alberta.

Notre but est d'informer les gens que nous ne disparaîtrons pas. Nous sommes ici et nous continuerons à nous battre pour vous. C’est la raison pour laquelle je me présente comme candidate au Sénat, explique Nadine Wellwood, qui était la candidate du PPC dans la circonscription de Banff-Airdrie.

Une élection qui pourrait alimenter le sentiment d’aliénation

Malgré l'enthousiasme de la droite albertaine pour ces élections sénatoriales, Lisa Young craint qu'elles accentuent plutôt le sentiment d’aliénation de l’Ouest, puisqu’il n’y a aucune garantie que les sénateurs désignés seront bel et bien nommés par le premier ministre canadien. Un poste deviendra d'ailleurs vacant le 31 octobre lorsque le sénateur albertain Doug Black prendra sa retraite.

« Les gens ne comprennent pas que les élections sénatoriales et le référendum sur la péréquation sont des stratagèmes du gouvernement albertain [pour obtenir plus d'influence sur Ottawa]. »

— Une citation de  Lisa Young, professeure à l'École des politiques publiques de l'Université de Calgary

Ces stratagèmes peuvent échouer, selon elle, et augmenter la frustration des Albertains envers le gouvernement fédéral et le reste du pays.

Lisa Young se questionne aussi sur le peu d’efforts déployés par le gouvernement provincial pour permettre à tous les Albertains de voter, puisqu’il n’y a, par exemple, pas de bureau de vote dans les communautés autochtones. À son avis, cela pourrait nourrir un sentiment d'aliénation et influer sur le résultat des élections de lundi prochain, puisque tous n'auront pas les mêmes chances d'y participer.

Je crois que cela veut dire beaucoup sur qui fait partie de notre communauté politique, selon le gouvernement [de Jason Kenney], déplore-t-elle.

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