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Les parents peuvent-ils laisser leurs enfants regarder Squid Game?

Une poupée géante est entourée de deux hommes en rouge.

Loin d'être inoffensive, cette poupée géante qui figure dans Le jeu du calmar cache des armes à feu, notamment dans ses yeux.

Photo : Netflix

Fanny Bourel

La série phénomène Le jeu du calmar (Squid Game) bat des records d’écoute sur Netflix. Et sa popularité s’étend jusqu’aux cours de récréation, où on a vu des enfants imiter des jeux violents de cette série classée 18 ans et plus. Pourtant, des spécialistes de l'enfance sont catégoriques : Le jeu du calmar ne devrait pas être regardé par des enfants. Et qu’en est-il des ados? La réponse dépend des jeunes et il vaut mieux qu’un ou une ado regarde cette série sud-coréenne avec ses parents plutôt qu’en solo.

Fusillades, meurtres, scènes graphiques riches en hémoglobine, suicides… Le jeu du calmar met en scène 456 personnes endettées jouant à des jeux enfantins, comme Un, deux, trois, soleil ou les billes, dans l’espoir de gagner l’équivalent de 48 millions de dollars canadiens. Celles qui échouent sont froidement abattues. 

Les enfants n’ont pas à regarder ça, affirme Linda S. Pagani, psychologue, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. Je n’oserais pas diffuser cette série dans ma maison.

Et Linda S. Pagani souligne que la pandémie s’est traduite par une soif accrue pour les séries ou films d’horreur auprès d’un public adulte rendu plus anxieux. Or, les enfants éprouvent de la curiosité pour ce qui fascine les adultes.

Caroline Fitzpatrick, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse notamment sur la question de l’exposition des enfants aux écrans, juge aussi que Le jeu du calmar est problématique à plusieurs niveaux. Non seulement il y a des scènes de violence, mais elles donnent l’impression de ne pas être réelles et elles sont présentées de manière divertissante, explique-t-elle. De plus, des personnages sont récompensés pour leur violence.

Le fait que les épreuves meurtrières soient des jeux d’enfants et reprennent des codes enfantins – robot tueur qui a l’apparence d’une poupée géante ou encore confiseries ludiques – favorise un sentiment de confusion au sein du jeune public et accentue l’effet-choc des images. 

Un processus d’habituation à la violence

Si regarder Le jeu du calmar ne transformera pas automatiquement un ou une enfant en une personne brutale, cela peut augmenter le risque d’imiter cette violence chez les enfants présentant déjà des caractéristiques comme de l’agressivité ou de l’impulsivité.

Un régime médiatique riche en scènes de violence peut amener à une baisse de l’empathie, à une désensibilisation à la violence et à faire croire que cette dernière peut résoudre les problèmes.

Une citation de :Caroline Fitzpatrick, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke

Des travaux ont montré que plus on voit des images violentes plus les réactions physiologiques – modifications des pupilles, du rythme cardiaque et de la transpiration – s’atténuent , ajoute-t-elle, pointant l’existence d’un phénomène d’habituation et donc de banalisation de la violence.

Photo d'un labyrinthe

L'univers des épreuves de la série «Le jeu du calmar» est très coloré.

Photo : Netflix

De jeunes cerveaux pas assez mûrs

Le jeu du calmar se veut une dénonciation du capitalisme et des inégalités présentes en Corée du Sud. Sa dureté reflète donc celle de la société sud-coréenne, et par extension celles d’autres pays. 

Toutefois, le cerveau des enfants n’est pas suffisamment mûr pour donner ce sens à cette violence montrée à l’écran.

La pensée abstraite ne s’acquiert que vers l’âge de 14-15 ans. Pour un enfant, ce qu’il voit est réel, contrairement à l’adulte qui sait mettre des choses en perspective. Il faut apprendre aux parents que les enfants voient les choses beaucoup plus en noir et blanc que les adultes.

Une citation de :Linda S. Pagani, psychologue

Les enfants ont beaucoup de misère à comprendre la symbolique et les métaphores. Cette capacité n’arrive qu’à l’adolescence, vers 14-15 ans, mais cela ne se fait pas au même rythme chez tout le monde, renchérit sa consœur.

Même passé le cap des 15 ans, regarder Le jeu du calmar peut s’avérer une mauvaise idée. À 16 ou 18 ans, il y a des ados qui ne sont pas prêts à voir ces choses-là, avertit Linda S. Pagani. Le degré de maturité varie et certains sont plus vulnérables que d’autres, car ils ont des difficultés dépressives, ils souffrent d’anxiété ou ils sont plus sensibles.

Des personnes habillées en vert sont accroupies sur le sol, menacées par d'autres personnes habillées en vert et munies de fusils.

Dans «Squid Game», des personnes endettées se livrent à une version mortelle de jeux d'enfants afin de gagner de l'argent.

Photo : Netflix/21 Laps Entertainment/Monkey Massacre

En parler pour aider les jeunes à prendre du recul

Les deux spécialistes conseillent aux parents de surveiller le plus possible les contenus visionnés par leur progéniture, quitte à éteindre le wi-fi pendant la nuit. 

Cependant, empêcher leurs ados de regarder une série peut être compliqué pour des parents quand on sait à quel point les jeunes parviennent à déjouer leur attention pour voir du contenu pornographique, par exemple.

Alors si son fils ou sa fille doit se retrouver à écouter Le jeu du calmar, autant que cela se fasse en famille afin de susciter un dialogue.

On peut les faire parler des personnages en leur demandant si leurs réactions ainsi que leurs motivations sont réalistes afin d’éveiller une pensée critique, et de leurs croyances au sujet de la violence, explique Caroline Fitzpatrick. On peut aussi leur demander si des scènes les ont perturbés afin d’évacuer le côté anxiogène de la série.  

C’est aussi la stratégie recommandée par la psychiatre Marie-Ève Cotton. Offrir de regarder [la série] avec l’enfant peut être une option plus protectrice.

Des dizaines de personnes vêtues de combinaisons vertes regardent d'autres personnes masquées vêtues de combinaisons rouges qui sont sur un piédestal.

Le phénomène « Squid Game »

Photo : Netflix

Comment faire quand son enfant plus jeune a réussi à déjouer la surveillance parentale et à tout de même voir des épisodes du Jeu du calmar?  Là encore, la discussion permet de limiter les dégâts. Le parent peut poser plusieurs questions à son enfant : est-ce que des scènes lui ont fait peur ou l’ont marqué? Qu’est-ce qu’il a pensé des actions de tel personnage, est-il gentil ou méchant?, suggère Caroline Fitzpatrick.

Enfin, que penser des enfants qui, comme à Sherbrooke, jouent à Un, deux, trois, soleil dans la cour de récréation et qui font semblant de se tirer dessus puis de mourir? Cela montre bien que Le jeu du calmar les a marqués, estime Linda S. Pagani. 

Cependant, il ne faut pas s’alarmer non plus si les enfants répètent une partie d’un jeu, nuance Caroline Fitzpatrick. Ce n’est pas parce qu’un jeune imite une partie du Jeu du calmar qu’il va imiter le reste.

Par contre, il serait faux de croire qu’imiter les jeux auxquels les personnages de la série doivent participer aurait une fonction cathartique pour les enfants, que ça leur permettrait d’évacuer l’anxiété générée par la série. Cette théorie datant des écrits de Freud ne tient plus, met-elle en avant. Aucune donnée scientifique ne l’appuie.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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