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Le partage du sébaste dans l’ombre des bateaux-usines

Un pêcheur déverse une caisse de sébastes sur un convoyeur près de son bateau.

La pêche au sébaste demeure expérimentale, mais l'industrie se prépare à sa relance.(archives)

Photo : Radio-Canada

Une vaste coalition des flottilles de pêcheurs côtiers et autochtones du golfe Saint-Laurent dénonce le processus de consultation lancé par Pêches et Océans Canada sur le partage des allocations de sébaste.

La Coalition sébaste du golfe Saint-Laurent demande ni plus ni moins que la suspension totale du processus.

Le groupe, composé d'associations de pêcheurs côtiers, de nations autochtones et de transformateurs de produits de la mer, estime que le processus est précipité et demande qu’il soit repris sur de nouvelles bases.

Cette consultation s'inscrit dans la foulée de la reprise attendue de la pêche au sébaste dans le golfe. Avant cette relance, le ministère devra établir un partage des allocations de sébaste entre toutes les flottilles ce qui inclut aussi les pêcheurs hauturiers, propriétaires de bateaux-usines.

Un questionnaire

Toutes les flottilles du golfe ont reçu à la mi-septembre cinq questions auxquelles elles devaient répondre dans un délai de six semaines.

L’échéance a été repoussée de deux semaines, mais le processus entier est à revoir, souligne le porte-parole des Capitaines propriétaires de la Gaspésie, Patrice Élément. Ça fait des mois qu’on n’avait pas eu de nouvelles de Pêches et Océans. Ils nous arrivent avec un questionnaire. Ils nous disent : "On ne sort pas [vous consulter]. Vous ne faites que répondre aux questions. On ne vous dira pas ce que les autres ont dit. On va faire une compilation et les résultats des réponses des gens vous seront fournis".

On est contre la rigidité du processus. On est contre la vitesse du processus pour laquelle il n’y a aucune justification. On est en contre le manque de transparence du processus.

Une citation de :Patrice Élément, représentant engins mobiles, Capitaines propriétaires de la Gaspésie

La Coalition souhaite entendre ce que tous ont à dire. Les pêcheurs veulent de véritables rencontres, tenues virtuellement si nécessaire, et étalées sur une période raisonnable.

La pêche au sébaste, qui était il y a peu considérée comme une espèce en voie de disparition, est sous moratoire depuis les années 1990, mais pourrait bien être relancée d’ici 2024.

Avec une biomasse de 4,3 millions de tonnes métriques, le sébaste du golfe, soit celui qui nage le long de la côte ouest de Terre‐Neuve jusqu’à l'embouchure du fleuve Saint‐Laurent, constitue un des plus grands stocks de poissons au monde.

La pêche s'annonce donc comme une des plus prometteuses du golfe au cours des prochaines années.

La capture comme la transformation pourraient générer de nombreux emplois dans les communautés maritimes du Québec et de l’Atlantique.

Allocations et pêcheurs hauturiers

Lepartage des allocations est au centre de la relance de la pêche.

La sortie de la Coalition reflète d'ailleurs la crainte des pêcheurs côtiers de voir Ottawa céder au lobby des grandes corporations de pêche hauturière qui voudraient réintroduire les bateaux-usines dans le golfe du Saint-Laurent.

Nous savons que les grandes corporations de pêche hauturière font pression pour limiter l'accès des pêcheurs côtiers à cette pêche , souligne, dans un communiqué, Keith Sullivan, président du syndicat Fish Food and Allied Workers de Terre‐Neuve.

Avant le moratoire, ces bateaux-usines détenaient des quotas qu'ils veulent retrouver avec la reprise de la pêche au sébaste.

Un seau bleu plein de sébastes.

Le partage des allocations reste au coeur de la prochaine relance de la pêche au sébaste. (archives)

Photo : iStock

Les allocations consenties à ces bateaux-usines viendront diminuer les retombées potentielles de la pêche au sébaste pour les flottilles côtières, mais aussi pour l’ensemble du golfe, font valoir les pêcheurs.

Ce qu’on dit, ajoute Patrice Élément, c’est que donner des allocations à ces gens-là, ça veut dire qu’il n’y a aucune retombée économique pour les communautés maritimes du Québec et des provinces de l’Atlantique.

Tout est automatisé, dit-il, et le poisson sort congelé et déjà prêt à être vendu sur les marchés internationaux. Il n’y a pas de travail pour nos pêcheurs, il n’y a pas de travail pour les employés d’usine. Il n’y a rien pour l’est du Canada là-dedans.

D’après Patrice Élément, les discussions avec Pêches et Océans pour modifier le processus en cours n’ont pas abouti. Les fonctionnaires, dit-il, nous ont indiqué que la décision revenait au prochain ministre des Pêches qui sera nommé à la fin du mois.

Pêches et Océans répond

Interpellé sur la sortie des pêcheurs côtiers, le ministère assure qu’il prépare le retour à une pêche commerciale au sébaste avec tous les intervenants concernés.

Le ministère dit qu’il prendra tout le temps nécessaire à cet exercice.

Pêches et Océans précise que le processus de consultation lancé en septembre dernier a été conçu à la suite d’une réunion tenue en janvier 2021 où la majorité des intervenants se sont prononcés pour une consultation par écrit.

Le ministère indique avoir tenu compte des remarques énoncées par l'industrie en septembre et que tous les commentaires seront partagés avec les membres du Comité consultatif sur le sébaste.

Le ministère souligne que deux réunions virtuelles seront aussi organisées au début de novembre afin que les intervenants concernés puissent s’exprimer dans un cadre plus ouvert. Ces rencontres doivent se dérouler avant l’échéance pour soumettre les réponses au questionnaire reçu par les pêcheurs.

Les données de la dernière évaluation des stocks de sébaste réalisée en 2021 seront disponibles au début de 2022. La pêche pourrait reprendre d'ici 2024.

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