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Ces maires réélus sans opposition et à répétition

Une photo rapprochée d'un micro utilisé pour s'adresser au conseil municipal.

75 maires ont déjà été élus sans opposition dans l’Est-du-Québec et tous occupaient déjà leur poste, certains depuis plus de 15 ans (archives).

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Avec la fin officielle des mises en candidature aux élections municipales le 1er octobre, 105 maires ont déjà été élus sans opposition dans l’Est-du-Québec. De ce nombre, 71 % occupaient déjà leur poste, certains depuis plus de 15 ans.

Note de la rédaction :

Une version précédente de ce texte indiquait que 75 maires avaient été élus sans opposition dans l'Est-du-Québec et que tous occupaient déjà leur poste. Or, il y a plutôt 105 maires qui ont été élus au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord sans que la tenue d'un scrutin soit nécessaire; 75 d'entre eux étaient des maires sortants.

Au Bas-Saint-Laurent, à Saint-Cyprien, Michel Lagacé a été reconduit comme maire sans opposition. Il occupe ce poste depuis 1997.

S’il termine ce mandat, il aura été à la tête de cette municipalité pendant près de 30 ans sans jamais avoir rencontré d’adversaire.

On peut voir ça de deux façons : le désintéressement ou le contentement. Une de mes anciennes enseignantes me disait : si tu n’entends pas de critiques, c’est parce que les gens sont contents, philosophe M. Lagacé.

Le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé.

Michel Lagacé a été réélu maire de Saint-Cyprien sans opposition (archives).

Photo : Radio-Canada / Patrick Bergeron

Au Bas-Saint-Laurent, 44 maires ont été réélus sans opposition. De ce nombre, au moins 6 cumulent déjà plus d’une quinzaine d’années au pouvoir.

En Gaspésie, 21 maires ont été réélus sans opposition et 6 cumulent plus d’une dizaine d’années au pouvoir.

Sur la Côte-Nord, ce sont 10 maires qui ont été réélus sans opposition, dont 2 avec plus de 10 ans déjà passés au pouvoir.

D’autres maires et mairesses au pouvoir depuis très longtemps pourraient aussi prolonger leur mandat, mais ils font face à des adversaires cette année.

À Saint-André-de-Restigouche, dans la vallée de la Matapédia, Doris Deschênes a été élue sans opposition en 2005. Dans le cadre de l'élection du 7 novembre, elle fait face à des adversaires pour la première fois.

Le chargé de projet Mario Martin et la mairesse de Saint-André-de-Restigouche, Doris Deschênes, sont phographiés au sommet d'un belvédère, avec un arrière-plan panoramique sur des paysages agricoles.

Le chargé de projet Mario Martin et la maire de Saint-André-de-Restigouche, Doris Deschênes, au sommet du belvédère de Saint-André-de-Restigouche (archives)

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

J’ai toujours été une personne engagée dans la communauté, raconte Mme Deschênes dont le prédécesseur, Isidore Charest, a été en poste pendant une trentaine d’années.

Selon elle, M. Charest a lui aussi été élu sans opposition la majorité du temps. Il aurait fait face une seule fois à un adversaire lors d’une élection, avance Doris Deschênes.

La maire sortante de Saint-André-de-Restigouche est l’une des rares femmes dans l’Est-du-Québec à être élue sans opposition depuis plusieurs années.

Je crois que ça dépend beaucoup de la personnalité. Les gens de mon entourage vous diraient que quand je commence quelque chose, je dois voir le bout, avance-t-elle..

Contrairement à d'autres, Doris Deschênes préfère l'appellation « maire » plutôt que « mairesse ».

Mairesse, quand j'étais jeune, c'était la femme du maire, confie celle qui est également professeure de français.

L’« avantage aux sortants »

Cette tendance à voir des personnes être réélues sans opposition à plusieurs reprises serait un peu plus forte dans les petites municipalités, selon la professeure au Département de science politique de l’UQAM, Caroline Patsias.

La proximité des liens joue encore plus fortement. C’est sûr qu’il y a un avantage aux [candidats] sortants qui est plus fort que dans les grandes villes, où on a plutôt assisté au "dégagisme", où on veut voir de nouvelles personnes.

Une citation de :Caroline Patsias, professeure au Département de science politique de l’UQAM

Une tendance qui semble plus fréquente si l'on se fie aux résultats des dernières élections municipales compilées par le ministère des Affaires municipales du Québec.

La charge de travail des maires et des mairesses est également une piste pour expliquer ce phénomène, surtout que les élus des plus petites municipalités occupent souvent un autre emploi en parallèle.

Si on pense à quelqu’un dans la trentaine, qui a une jeune famille, ça peut devenir un engagement imposant [de devenir candidat], ajoute Mme Patsias.

Doris Deschênes en sait quelque chose. Tout en étant maire de sa municipalité, elle enseigne à l’école primaire.

Je prends ma retraite dans les prochains mois et j’ai toujours eu deux emplois dans ma vie, raconte-t-elle. Si j’arrête complètement après l’enseignement et que je ne suis plus à la mairie, je ne sais pas ce que je vais faire, dit-elle.

Si la continuité à la tête d'un conseil municipal peut représenter des avantages, l’un des dangers est l'incapacité de voir les problèmes, selon Caroline Patsias.

Le conflit politique est essentiel, il faut une opposition qui s’oppose, estime la professeure.

Michel Lagacé croit cependant que cette opposition peut se déclarer au sein du conseil municipal.

Lorsqu’on se retrouve à sept personnes autour d’une table, qu’il y a sept leaders autour d’une table [...], c’est clair que ça nous amène non pas à la facilité, mais à performer de plus en plus parce que les gens ont des attentes, croit-il.

Se représenter pour éviter le vide

À l’opposé, si personne ne se présente à la mairie d’une petite municipalité, le risque d’une centralisation de l’administration dans une plus grande ville est bien réel.

Je ne prendrais pas le risque de voir Matapédia dire : "on va gérer Saint-André puis le bâtiment municipal, on vide tout ça et on va en faire des loyers", s’inquiète Doris Deschênes.

La maire sortante croit qu’il y a un risque de voir Saint-André-de-Restigouche être englobé par Matapédia s’il n’y a aucun candidat sérieux lors d’une élection.

Le village de Saint-André-de-Restigouche.

Saint-André-de-Restigouche est situé à une quinzaine de kilomètres de Matapédia (archives).

Photo : Radio-Canada

Une crainte légitime aux yeux de Caroline Patsias, qui confirme la lourde tâche qu’ont les maires des petites municipalités à maintenir des administrations moins développées pour un salaire qui est minime.

Une solution à cette sous-représentation de nouveaux candidats serait justement un rehaussement des salaires des élus municipaux, estime la professeure.

Alors que plusieurs grandes villes songent à réduire la rémunération de leurs maires et mairesses, un meilleur salaire pour ceux des plus petites municipalités pourrait potentiellement motiver plus de gens à se présenter.

On peut revoir le salaire de certains élus municipaux, parce que la démocratie a un coût, affirme Caroline Patsias. Ces gens-là font un travail qui est conséquent.

Aux yeux de Michel Lagacé, il faut effectivement un certain sens du sacrifice pour occuper cette fonction.

À 10 000 $ par année, je peux dire qu’on sert notre communauté. Mais c’est très gratifiant.

Une citation de :Michel Lagacé, maire réélu de Saint-Cyprien

Il n’en demeure pas moins qu’un contexte général au sein de la municipalité doit être assez dynamique pour favoriser l’implication politique.

Si on est dans un schéma de désertification où les jeunes quittent la ville ou le village, ce sera plus difficile, conclut Mme Patsias.

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