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Meurtre d’Yves Cyr : faut-il revoir les règles de libération conditionnelle?

Le seul accusé dans le dossier du meurtre d'Yves Cyr a été reconnu coupable de meurtre par le passé. Est-ce que sa libération conditionnelle était une erreur du système carcéral?

Photo d'Yves Cyr.

Le corps d'Yves Cyr, 41 ans, a été retrouvé aux abords de la rivière Gatineau en juin 2016 (archives).

Photo : SPVG

La Commission des libérations conditionnelles du Canada a révoqué le 23 septembre la libération conditionnelle de François Bouthotte, l'homme accusé de complicité de meurtre après les faits et d'outrage au cadavre dans le dossier d'Yves Cyr.

Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont arrêté François Bouthotte, un collègue de la victime, le 15 juin. L'homme avait obtenu une libération conditionnelle d'une peine d'emprisonnement à perpétuité pour le meurtre de la chauffeuse d'une prostituée et la prise d'otage de cette dernière en 1997. Son dossier indique qu'il a obtenu une permission de sortir sans escorte en 2003 et sa libération conditionnelle totale en 2007.

Selon, les documents de la Commission, il aurait respecté les règles qui lui étaient imposées durant de nombreuses années avant de retomber dans un cycle de délinquance. Comment un homme ayant obtenu une libération conditionnelle pour un crime violent et ayant eu un comportement sans tache pendant près d'une décennie peut-il se trouver à nouveau accusé d'un crime violent?

Dans les décisions de la Commission, on lit que l'homme a eu un comportement conformiste au cours de son incarcération et qu'il a investi des efforts importants pour comprendre les causes de [sa] criminalité. La décision lui accordant sa libération conditionnelle totale indique de plus qu'il est en mesure de demander l'aide dont il aurait besoin s'il rencontrait des difficultés personnelles.

Dans la décision qui révoque la libération conditionnelle totale de François Bouthotte à la suite de son arrestation, la Commission des libérations conditionnelles du Canada indique que le risque de récidive et la dangerosité sociale de l'homme étaient faibles selon Service correctionnel Canada. La Commission ajoute que tous les psychologues et psychiatres qui ont étudié le dossier de l'accusé en sont arrivés à cette conclusion.

Selon l'échelle d'information statistique sur la récidive, quatre délinquants sur cinq, ayant des caractéristiques semblables aux vôtres, ne commettront pas d'acte criminel dans les trois années suivant leur libération.

Une citation de :Extrait de la décision de la Commission de libération conditionnelle du Canada, 23 septembre 2021

Mais l'homme se retrouve maintenant à nouveau mêlé à une histoire de meurtre pour laquelle aucune accusation d'homicide n'a encore été portée. Malgré ses nouveaux démêlés avec la justice, il ne faut pas conclure que le système de libération conditionnelle a mal fonctionné, estime le criminologue Jean-Claude Bernheim. Il affirme qu'on ne peut justifier la modification de ce système avec un seul cas, aussi dramatique soit-il.

Il souligne qu'il y a eu une réforme de la façon d'évaluer le risque de récidive des détenus et que celui-ci se fonde maintenant sur des données statistiques plutôt que sur la perception des agents de libérations conditionnelles. L'expert précise que ces statistiques guident l'évaluation, mais qu'elles ne peuvent assurer qu'il n'y aura pas de récidive.

Le comportement des êtres humains est directement fonction des situations dans lesquelles ces personnes vont se retrouver et on ne peut pas les prévoir.

Si on veut prendre une décision à partir de 95 % de sûreté, c'est inapplicable, c'est impensable, ça n'a pas de logique par rapport à la réalité humaine.

Une citation de :Jean-Claude Bernheim, criminologue

Jean-Claude Bernheim soulève le fait que François Bouthotte ne bénéficiait plus d'un soutien psychologique au moment du meurtre. Selon lui, les décisions de la Commission démontrent que l'accusé ne semblait pas poser un risque inacceptable pour la société lorsqu'il bénéficiait de ce soutien.

Jean-Claude Bernheim répond aux questions d'une journaliste dans les studios de Radio-Canada à Québec.

Jean-Claude Bernheim, spécialiste en criminologie

Photo : Radio-Canada

La famille a toujours espoir d'obtenir des réponses

Les parents d'Yves Cyr, qui aurait célébré son 47e anniversaire de naissance le 14 octobre, n'arrivent pas à comprendre comment l'homme accusé d'outrage au cadavre de leur fils a pu être libéré 10 ans après sa condamnation et se retrouver à nouveau lié à une histoire de meurtre. La mère, Lise Cyr, admet qu'elle ne connaît pas très bien le système de libération conditionnelle, mais elle se demande si François Bouthotte a été adéquatement accompagné dans les années qui ont suivi son retour dans la société, en 2006.

Lise Cyr et Jean-Yves Cyr sont assis côte à côte dans la salle à manger de leur maison de Gatineau.

Les parents d'Yves Cyr gardent toujours espoir que le meurtrier de leur fils sera arrêté et accusé de ce crime.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Elle refuse de blâmer le système de justice pour cette situation, mais cela ne l'empêche pas de se poser de nombreuses questions. À ses côtés, son mari, Jean-Yves Cyr, est plus catégorique : à ses yeux, l'homme ne devrait pas être en contact avec le public.

Je ne comprends pas le système pour dire vraiment comment il a été évalué. Est-ce qu'il a bien joué son jeu avec les psychologues et les psychiatres? Il y en a qui sont en mesure de bien jouer le jeu. Est-ce qu'il les a déjoués? Je ne sais pas.

Une citation de :Lise Cyr, mère de la victime

Malgré les années et les mois qui ont passé, les deux parents endeuillés restent convaincus que la vérité sera exposée et l'identité du meurtrier révélée. Ils disent faire entièrement confiance au travail des enquêteurs avec qui ils sont régulièrement en contact depuis maintenant presque six ans.

La SQ affirme que son enquête est toujours en cours, sans toutefois dévoiler si elle s'approche de l'arrestation du responsable.

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