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Il était une fois Mimi, infirmière dévouée, traumatisée et non vaccinée

« Un mois ou un an, cela ne va rien changer. » Le sursis d'un mois accordé par Québec pour le personnel de la santé non vacciné ne sera peut-être pas suffisant pour vaincre les réticences d’irréductibles craintifs.

L'infirmière, dont on ne peut distinguer le visage, prend son lunch sur une table à pique-nique.

Mimi, infirmière à l’Institut de gériatrie de Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il est 13 h. Mimi* (nom fictif), seule à une table de pique-nique, mange ses pâtes réchauffées dans la cour de l’immense bâtiment en briques qui abrite l’Institut gériatrique de Montréal. Elle sort un avocat de son petit sac à lunch, mais constate qu’il n’est pas assez mûr. « Je le mangerai plus tard », dit-elle, résignée. « Il est trop dur. »

Mimi vient d’apprendre qu’elle a 30 jours de plus pour se faire vacciner. Elle est encore un peu sous le choc; sa décision était prise.

Plus on me pousse, moins je veux, dit-elle, en parlant de la vaccination contre la COVID-19. Tous les jours, mes collègues me mettent de la pression, on essaie de me convaincre, c’est trop de stress. Je me ferai vacciner quand je serai prête, et là, je ne suis pas encore prête.

Mimi, qui a 38 ans et pratique depuis 13 ans comme infirmière, en avait discuté avec son conjoint. Il a accepté de compenser son salaire perdu pendant quelques mois, puisqu’elle avait décidé, malgré l'injonction, de ne pas se faire vacciner et donc de quitter un métier qu'elle adore pourtant.

Mon Dieu, je serais là chaque jour tellement j’aime mes patients. Juste pour mes patients. J’aime tout de ce travail, j’adore prendre soin des personnes âgées.

Une citation de :Mimi, infirmière

Alors, pourquoi refuser le vaccin et renoncer? La réponse tient peut-être en un mot : traumatisme.

Alors que Mimi est souriante depuis le début de nos échanges, subitement, elle se met à pleurer, bouleversée devant les souvenirs de la première vague qui l’envahissent. J’ai vu tant de patients sortir morts de l’ascenseur. Un ravage! Je les ai vus mourir dans leur chambre. Elle pleure de plus belle. Puis, je l’ai attrapée, la maladie. J’ai été une semaine à l’hôpital. Mimi raconte qu’à sa sortie ses nerfs ont lâché.

J’étais perdue, complètement perdue. J’ai fait une grosse dépression. Ma santé psychologique en a pris pour son rhume, et c’est là que toutes sortes d’informations qui circulaient sur le web ont commencé à m’envahir, explique-t-elle.

Certains de mes collègues qui ne voulaient pas se faire vacciner à cause des enseignements de Dieu ou de la Bible se sont résignés en septembre, pas moi. C’est comme si j’avais trop vécu de pression depuis le début de la crise, résume-t-elle. Je ne peux plus subir de pression.

Or la pression exercée par Québec a fonctionné. Pour beaucoup de monde. À Montréal, il y avait 16 107 travailleurs non vaccinés le 26 août; il n’en restait que 8759 le 11 octobre, dont Mimi. Ils ont maintenant jusqu'au 15 novembre pour le faire, le gouvernement ayant décidé de repousser d'un mois la date butoir.

Photo prise à proximité de l’Institut de gériatrie, à Montréal.

Adner Jeuno, préposé aux bénéficiaires

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il faut respecter la loi

Adner Jeuno, 28 ans, travaille comme préposé aux bénéficiaires pour une agence de placement. Il est allé recevoir sa deuxième dose il y a trois semaines. Il ne pouvait se permettre de perdre son travail. Je suis allé me faire vacciner. J’ai une femme, des enfants, des responsabilités.

Son agence lui avait aussi rappelé, en septembre, qu’il était temps de procéder s’il voulait être en règle le 15 octobre. Ceux qui dirigent le gouvernement, il faut respecter leurs décisions. C’est la loi, je l’ai fait, explique-t-il, sans beaucoup d’états d’âme et sans pouvoir expliquer pourquoi il a tardé. Mais le résultat est là : c’est fait.

Devant l’Institut de gériatrie, un groupe d’infirmières et d’infirmières auxiliaires mangent elles aussi leur dîner. Elles discutent du sursis accordé par Québec aux travailleurs de la santé non vaccinés. Elles sont six, assises en rond près d’un arbre. Elles sont toutes vaccinées.

Elles me racontent que l’horreur vécue durant la première vague de la COVID-19 a tissé entre elles des liens indéfectibles. Nous sommes allées à la guerre ensemble, cela crée une solidarité particulière, explique l’une d'entre elles, qui ne veut pas que son nom apparaisse dans un article, car elles n’ont pas eu au préalable la permission de la direction de parler avec des journalistes.

La jeune femme ajoute que l’échéance imposée par Québec au personnel de la santé pour se faire vacciner a plombé l’ambiance de travail dans ces équipes très soudées.

C’est triste de voir des gens compétents qu’on aime prendre la décision de sacrifier leur carrière à cause d’une décision difficile à comprendre.

Une citation de :Témoignage d'une travailleuse de la santé

Elles racontent les discussions de corridors, les imbroglios, les accrochages. Ce ne sont pas des "antivax" comme on en voit dans les manifestations, dit-elle. Ce sont des gens réticents, craintifs et, souvent, influencés par leur religion. Il faut les rassurer.

Sa collègue enchaîne, sur un ton las, à propos du sursis d'un mois accordé par Québec. Un mois ou un an, cela ne va rien changer. Plus on met de la pression, plus les récalcitrants se referment sur eux-mêmes.

Elle ajoute : Il faut traiter les gens qui ont peur avec respect.

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