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Une oasis de ciel étoilé en plein coeur de Sherbrooke : du rêve à la (presque) réalité

Un ciel étoilé au parc du Mont-Bellevue. En avant-plan, le remonte-pente du centre de ski.

Une équipe de chercheurs souhaitent que les citoyens puissent observer les étoiles au coeur de la Ville de Sherbrooke, dans le parc du Mont-Bellevue.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Thomas Deshaies

Observer la voie lactée en plein coeur de Sherbrooke, au parc du Mont-Bellevue, cela pourrait devenir possible grâce aux efforts d'une équipe de chercheurs. Une initiative visant à réduire la pollution lumineuse a récemment permis de franchir une étape importante vers cet objectif.

Johanne Roby et Martin Aubé rencontrent depuis quelques semaines les citoyens vivant aux abords du parc du Mont-Bellevue. L’objectif : les convaincre de changer les ampoules de leurs luminaires extérieurs par des ampoules créées pour diminuer la pollution lumineuse.

Johanne Roby

La professeure Johanne Roby.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Les ampoules sont offertes gratuitement, et ne diffusent pratiquement aucune lumière bleue. La lumière générée est aussi de faible intensité. On veut mettre un éclairage qui est beaucoup moins problématique pour la faune et la flore, mais aussi pour la santé humaine, explique la professeure Johanne Roby, du Groupe de recherche sur la pollution lumineuse.

Au Québec l’électricité ne coûte pas cher. Alors lorsqu’on met de l’éclairage, on n’en a pas conscience au niveau monétaire, mais on éclaire beaucoup trop. On éclaire vers le ciel, mais on n’a pas besoin d’éclairer vers le ciel, mais vers le sol.

Une citation de :Johanne Roby, chercheuse au Groupe de recherche sur la pollution lumineuse

Jusqu’à présent, l'engouement se fait sentir, puisque de nombreux citoyens décident de joindre le mouvement. C’est le cas de Nancy Drouin qui habite aux abords du parc du Mont-Bellevue. On a l’occasion de faire un petit geste qui ne coûte rien, mais qui fait la différence, souligne-t-elle.

Une centaine de résidences ont été ciblées par les chercheurs. Ils font partie d’un quartier modèle qui servira à sensibiliser le reste de la population, ajoute Johanne Roby.

Les citoyens peuvent avoir un réel impact

La Ville de Sherbrooke procède également au remplacement de certains lampadaires jugés problématiques. Cette intervention est jugée essentielle pour le projet, mais les chercheurs soutiennent que l'intervention auprès des domiciles est d'autant plus importante.

On a fait des études récemment qui montre qu’en moyenne, jusqu’à 70 % de la pollution lumineuse est causée par les lampadaires privés, souligne le doctorant à l’Université de Sherbrooke, Alexandre Simoneau, qui travaille sur la pollution lumineuse depuis plusieurs années.

La population a vraiment un potentiel d’impact fort sur la pollution lumineuse.

Une citation de :Alexandre Simoneau, doctorant à l’Université de Sherbrooke.

L’équipe de chercheurs calcule l’impact de leurs actions par des appareils de mesure. Ils ont bon espoir que si la tendance se maintient, le parc du Mont-Bellevue deviendra un site d’observation des étoiles d’ici deux ans.

Un spectromètre.

L'équipe utilise un spectromètre pour analyser la contribution de certains luminaires à la pollution lumineuse.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Des interventions ciblées qui font la différence

La recherche démontre qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir sur l’ensemble du territoire de Sherbrooke pour avoir un impact dans un secteur ciblé, comme le Mont-Bellevue. Ce qu’on se rend compte de plus en plus, c’est que la distance de la source [lumineuse] est importante, explique Alexandre Simoneau. Une source beaucoup plus proche, même si elle est très faible, va avoir un impact plus fort sur la brillance du ciel qu’une lampe plus forte, mais plus loin.

Il est donc possible, même pour les grandes municipalités, de créer des oasis de ciel étoilé selon le chercheur Martin Aubé. Et cela n’impliquera pas nécessairement des investissements faramineux et une intervention à grande échelle. C’est là que nos outils de recherche deviennent essentiels, explique le professeur Martin Aubé. On a trouvé qu’on diminue de 30 % [la pollution lumineuse du Mont-Bellevue] juste en changeant une vingtaine de lampes.

La logique naturelle aurait été de dire : "On change toutes les lumières de Sherbrooke". Mais imaginez le budget requis!

Une citation de :Martin Aubé, chercheur en pollution lumineuse à l’Université de Sherbrooke
Un lampadaire dans la Ville de Sherbrooke.

La Ville de Sherbrooke procède au remplacement de certains lampadaires jugés problématiques.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

La réglementation de la Ville de Sherbrooke contre la pollution lumineuse facilite la concrétisation du projet d’oasis de ciel étoilé; une réglementation utile alors que le marché offre de nombreuses ampoules de grande puissance. Il y a toute une industrie en arrière du luminaire, qui essaie tout le temps de vendre le plus gros, le plus fort. Mais ce n’est pas nécessairement le meilleur pour la situation, souligne le conseiller municipal Claude Charron.

Un corridor de noirceur pour les animaux

Les chercheurs souhaitent aussi créer un corridor de noirceur pour la faune entre le Mont-Bellevue et la rivière Magog. Ils veillent donc à la réduction de l’éclairage artificiel le long de ce corridor.

Les chercheurs jugent que la lumière artificielle nuit notamment au déplacement de certaines espèces. Plus on éclaire la faune, plus on vient perturber cette faune qui a besoin de la noirceur, souligne Johanne Roby.

Des impacts possibles sur la santé humaine

Le professeur Martin Aubé a collaboré à des projets de recherche pour démontrer que la pollution lumineuse peut aussi avoir des impacts sur la santé humaine.

Même s’il convient qu’il faut poursuivre la collecte de données, les résultats dévoilés jusqu’ici sont inquiétants, et invitent à la prudence. On a trouvé des corrélations entre des cancers et la quantité de lumière bleue présente dans l’environnement autour des résidences des participants, souligne-t-il.

Les chercheurs espèrent que d’autres municipalités s’inspireront du projet sherbrookois, mais surtout, que les citoyens seront davantage sensibilisés à l’enjeu de la pollution lumineuse et se joindront au mouvement en posant des gestes concrets.

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