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Dénombrement, une exposition immersive pour vivre l’incarcération au féminin

Quatre vidéos verticales projetées sur un mur noir montrent des femmes dans leurs cellules de prison.

Quatre des six femmes qui participent à l'exposition «Dénombrement», filmées dans leurs cellules respectives.

Photo : Collectif Art Entr'Elles

Charles Rioux

Une exposition vidéo qui nous plonge dans le quotidien de femmes qui ont été incarcérées au Québec se tient présentement à l'Ausgang Plaza à Montréal. Avec Dénombrement : un regard sur l’incarcération au féminin, le collectif Art Entr’Elles voulait donner la parole aux détenues en permettant une expérience réaliste. Sylvie L., une ex-détenue, nous explique le pourquoi et le comment de sa participation à cette œuvre.

Sylvie n’a passé que trois mois et demi en prison. C’est peu, si on la compare à d’autres femmes qui ont participé avec elle au projet Dénombrement – 13 ans pour l’une d'entre elles, 24 ans pour une autre. La femme à la langue bien déliée a en fait passé presque deux fois plus de temps en réhabilitation sociale, à la maison de transition Thérèse-Casgrain.

Une femme regarde des vidéos projetées sur un mur dans une salle noire.

Une femme regarde l'exposition «Dénombrement».

Photo : Collectif Art Entr'Elles

En maison de transition, tu ne restes pas là à flâner sur le potato couch. Il faut que tu fasses du bénévolat, que tu te trouves une job, mais moi j’étais invalide. J’attendais une opération pour ma hanche, explique-t-elle au bout du fil.

La participation de Sylvie à l'exposition Dénombrement, proposée par sa conseillère clinicienne, s’est donc présentée comme une occasion intéressante, d’abord parce que c’était rémunéré, mais aussi parce qu’elle est une grande amatrice d’art. J’ai embarqué parce que j’aime tout ce qui est arts visuels. Je suis aussi une mélomane; j’adore chanter, explique-t-elle. Toutes les émotions dans ma vie, que ce soient les bonnes ou les pas bonnes, je les ai gérées avec la musique.

La lenteur d’un quotidien en cellule

L'œuvre immersive, réalisée par Émilie B. Guérette, avec Hubert Lafore à la scénographie, met en lumière le temps passé en incarcération par Carole L., Christine M., Johanne A., Lise, Miki et Sylvie L.

L’installation consiste en six cellules de prison représentées en vidéo et alignées le long d’un couloir, qui nous plongent dans une aile de prison pour femmes. L’idée est de faire ressentir au public l’impression sensorielle de l'enfermement, tout en laissant la parole aux détenues qui racontent des bribes de leur vie.

Notre but, ce n’était pas de nous plaindre de la prison. C'était de montrer comment on passe le temps lorsqu’on est en prison.

Quatre portes de cellules de prison représentées en vidéo.

Une partie de l'installation vidéo montrant les cellules des détenues

Photo : Collectif Art Entr'Elles

L’art communautaire pour favoriser la réinsertion sociale

Une autre partie des vidéos montre le cheminement des femmes en maison de transition ainsi qu’une œuvre artistique de leur cru, créée avec l'équipe d'Art Entr'Elles après avoir suivi des ateliers. Sylvie a choisi de créer une œuvre mêlant vidéo et musique en hommage à sœur Marguerite Rivard, une religieuse qui intervient depuis plus de 25 ans pour la réinsertion sociale des ex-détenues.

Durant son incarcération, Sylvie allait chaque mardi à la chapelle de la prison, de l’autre côté de la wing (aile de prison), pour chanter avec l’abbé Marc, une expérience qui s’est avérée salvatrice pour elle, même si elle n’avait pas longtemps à faire derrière les barreaux. C’est là qu’elle a rencontré sœur Marguerite.

Quand je suis allée à la chapelle de la prison, j’ai rencontré sœur Marguerite. Sœur Marguerite... je commence à dire son nom et j’ai des frissons, explique Sylvie.

C’est une femme qui a voué sa vie aux femmes en milieu carcéral, autant au provincial qu’au fédéral. La dame dépasse 80 ans, et elle est encore là. C’est une femme attentionnée, sans jugement.

Deux femmes dans leur cellule de prison.

Le quotidien dans une cellule de prison

Photo : Collectif Art Entr'Elles

Les difficultés de l’incarcération au féminin

S’il y a une chose que Sylvie retient de son séjour en prison, ce sont les cris des autres détenues, incessants. Ce qui était le plus dur, c’était d’endurer les femmes. Les femmes entre elles, c’est méchant, avoue-t-elle.

Il faut gérer la maladie mentale de l’une, la bipolarité de l’autre, l’autre qui est borderline, l’autre qui est maniacodépressive, l’autre qui est suicidaire et l’autre qui est folle et qui voit des démons. Mon doux seigneur… je suis bien contente d’avoir fait seulement trois mois.

En fin de compte, Sylvie garde de très bons souvenirs de son expérience avec le collectif Art Entr’Elles, qui lui a permis de développer certains talents enfouis.

C’était tous des gens professionnels qui nous transmettaient leur passion. J’ai manié la caméra, j’ai fait des tests de son, j’ai fait jusqu’au montage de ma capsule vidéo, avec une vraie monteuse professionnelle. On nous a toutes guidées, avec des cours adjacents, des ateliers qui ont ouvert nos esprits à la création.

Elle a également beaucoup de bien à dire de la maison de transition Thérèse-Casgrain, qui lui a en quelque sorte sauvé la vie. Je remercie le ciel. Sans ça, je ne sais pas où je serais rendue aujourd’hui. [...] Dans mon ancienne vie, j’étais une femme dure, austère, parce que je gérais du drôle de monde. Depuis que je suis sortie de là, c’est tout le contraire.

L'exposition Dénombrement : un regard sur l'incarcération au féminin est présentée à l'Ausgang Plaza à Montréal jusqu'au 16 octobre. Le 14 octobre se tiendra la conférence Prise de parole des femmes judiciarisées : enjeux et conséquences, de 10 h à 17 h, toujours à l'Ausgang Plaza.

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