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Transmission de l’inuktut : un organisme inuit poursuit le Nunavut

Des personnages sont collés sur un mur avec une inscription en inuktut.

En 2016, le dernier recensement de Statistique Canada relevait que la langue inuit était la langue maternelle de 65 % de la population du Nunavut, contre 72 % en 2001.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

L’organisme inuit Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) poursuit le gouvernement du Nunavut en l’accusant d'avoir failli à sa tâche d’offrir un système d'éducation en langue inuit aux jeunes du territoire.

Selon les documents déposés à la Cour de Justice du Nunavut, mercredi matin, NTI estime que le gouvernement a violé les droits à l'égalité des jeunes Inuit, protégés par la Charte canadienne des droits et libertés et « perpétue  une discrimination systémique » en ne leur offrant pas une éducation dans leur propre langue, même s’ils sont majoritaires.

L’incapacité d'offrir un enseignement en langue inuit entraîne la perte de la langue inuit et, par extension, la perte de la culture inuit, indique les plaignants dans leurs déclarations. Elle pose également des obstacles majeurs et souvent insurmontables à la réussite scolaire et à la prospérité économique des étudiants inuit.

En conférence de presse mercredi, la présidente de NTI, Aluki Kotierk, a déclaré qu’elle voyait des similarités entre le problème actuel et le passé colonialiste des écoles de pensionnats pour autochtones.

Notre système, même s’il s'agit de notre propre gouvernement, est mis en place d’une façon qui diminue et dégrade qui nous sommes en tant qu’Inuit.

Une citation de :Aluki Kotierk, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated

Selon elle, le manque d’une bonne éducation en inuktut ne fait qu’amplifier les traumatismes du passé qui ont durement frappé les Nunavummiut.

L’inuktut est le terme employé pour désigner la langue inuit, qui regroupe plusieurs dialectes au Nunavut. Les plus couramment parlés sont l’inuktitut et l’inuinnaqtun.

Une femme rentre en cour

La présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated, Aluki Kotierk, a déposé les documents de poursuite à la Cour de Justice du Nunavut à Iqaluit.

Photo : Nick Murray/CBC

Les difficultés de la transmission de l’inuktut

Si les Inuit forment 85 % de la population du Nunavut, l’inuktut comme langue maternelle vit un déclin progressif au territoire depuis plusieurs années.

En 2016, le dernier recensement de Statistique Canada a révélé que 65 % des Nunavummiut ont l’inuktut comme langue maternelle, comparativement à 72 % en 2001.

Pour contrer cette baisse, la Loi sur l’éducation de 2008 devait instaurer, dès 2019, un parcours scolaire complètement bilingue de la maternelle à la 12e année, mais le gouvernement territorial n’est pas parvenu à atteindre cet objectif, citant notamment une pénurie d’enseignants.

Une femme est assise dans un cours de langue inuit.

Des cours d'inuktut seront offerts dans toutes les écoles et les années scolaire dès 2039, selon le gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

À l’automne 2020, l’Assemblée législative a plutôt adopté le projet de loi 25, pour modifier cette Loi sur l’éducation et celle sur la protection de la langue inuit afin de repousser une partie de son objectif de 20 ans.

Pour l’instant, l'éducation en inuktut n'est principalement disponible qu'avant la 4e année avec des curriculums en anglais ou en français pour les années suivantes.

Sous sa nouvelle loi, le gouvernement compte au moins offrir des classes d’inuktut à tous les niveaux d’ici 2039. Un délai qui doit aussi permettre l’établissement d'autres curriculums en inuktut pour les différentes matières, selon le gouvernement.

Ce nouveau délai et le changement à la loi avaient été vivement critiqués par certains Nunavummiut, dont les membres de NTI.

En allant devant les tribunaux, NTI demande à la Cour de justice du Nunavut d'intervenir et de forcer le gouvernement territorial à accélérer la mise en œuvre d’un enseignement en langue inuit.

NTI exige une liste complète de curriculums en inuktut pour tous les niveaux scolaires, dans les cinq ans qui suivront la décision de la cour.

En plus de NTI, deux autres plaignants sont cités dans la cause. Bernice Clarke, une employée de l’organisme, et Lily Maniapik, veulent toutes deux que leurs enfants aient accès à une éducation en inuktut.

Une poursuite en temps d’élections

Les Nunaviummut iront aux urnes le 25 octobre pour choisir leurs nouveaux représentants à l’Assemblée législative.

Une pancarte électorale du candidate Adam Arreak Lightstone devant une rue d'Iqaluit.

Les résidents du Nunavut devront se rendre aux urnes le 25 octobre.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Questionnée, en conférence de presse, à propos du moment choisi pour intenter une poursuite contre le gouvernement, la présidente de NTI n’a pas fait de lien direct avec les élections.

Il est dommage que nous devions déposer une poursuite, mais il ne semble pas y avoir d’autre choix.

Une citation de :Aluki Kotierk, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated

Le besoin de protéger et d'assurer la réussite de l’inuktut dans tous les aspects de notre vie est urgent, dit-elle.

« Nous sommes en élections territoriales. Nous espérons que ça sera un enjeu et que les candidats pensent profondément à leur rôle et à comment ils s’assureront que la majorité publique du Nunavut est bien desservie. »

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