•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Réinventer l’histoire du rock en Acadie avec Jean Dularge

Une personne assise devant un écran de projection dans une pièce sombre.

Le musicien acadien Jean Dularge a été créé de toutes pièces par l’artiste néo-brunswickois Rémi Belliveau, finaliste au Prix Sobey pour les arts 2021. Son projet est exposé au Musée des beaux-arts du Canada.

Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance

Le chansonnier acadien Jean Dularge n’a jamais été reconnu pour sa contribution à l’histoire du rock en Acadie. La raison en est fort simple : il n’a jamais existé. C’est le Néo-Brunswickois Rémi Belliveau qui l’a créé de toutes pièces.

Le pronom inclusif iel est utilisé dans le texte à la demande de l’artiste pour représenter le genre neutre. Nous avons dû faire un choix pour les accords de genre des participes passés. Nous avons opté pour le masculin partout uniquement par souci d'uniformité.

L’artiste Rémi Belliveau.

Le Néo-Brunswickois Rémi Belliveau fait partie des cinq artistes finalistes au Prix Sobey pour les arts 2021.

Photo : Avec la gracieuseté de Rémi Belliveau

Jusqu’au 20 février prochain, la vie de ce personnage fictif est exposée au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) dans le cadre de l’exposition collective des finalistes du Prix Sobey pour les arts 2021. Rémi Belliveau figure parmi les cinq artistes canadiens retenus cette année.

Dans les années 1960, aucun musicien protestataire et engagé n’a émergé en Acadie, explique Rémi Belliveau. Iel a donc décidé de l’inventer.

Deux hommes qui regardent vers la gauche. L'un d’eux porte des lunettes fumées et l'autre tient une cigarette dans sa main.

Rémi Belliveau a inventé le personnage de Jean Dularge pour documenter l’histoire du rock en Acadie.

Photo : Avec la gracieuseté de Rémi Belliveau

L’histoire du rock en Acadie a existé, mais c’est quelque chose qui n’est pas très connu chez nous. C’est largement oublié, explique l’artiste, désormais établi à Montréal.

J’essayais de rapiécer ce qu’il reste de cette époque pour [en] dresser un portrait. Jean Dularge est devenu un outil, pour moi, pour visiter les années soixante, [en imaginant] tout le parcours de sa vie professionnelle, mentionne le Néo-Brunswickois.

S’inspirer du vrai pour créer du faux

Car si l’histoire de Jean Dularge est fausse, elle est toutefois bien ancrée dans des faits réels. Rémi Belliveau a entrepris une recherche approfondie sur l’histoire du rock et de l’Acadie pour y tisser des liens avec la vie de son personnage.

Une affiche et un disque sur un mur noir.

Le nom de Jean Dularge apparaît sur une véritable pochette d’album du chansonnier acadien Donat Lacroix. Ce «personnage mystérieux» et fictif a piqué la curiosité de Rémi Belliveau, qui s’est amusé à lui inventer une histoire.

Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance

Ainsi, Jean Dularge aurait gagné le prix de la chanson au Festival acadien de Caraquet en 1965, avant de déménager à Montréal. Il y aurait ensuite rencontré Bob Dylan lors de son passage dans la métropole en 1966.

Cette rencontre, ainsi que l’influence de groupes de cette époque - les Beatles et les Beach Boys, entre autres -, l’auraient poussé à faire carrière dans le rock.

Plusieurs disques de musique sur un mur noir.

Pour montrer la discographie fictive de Jean Dularge, des disques vinyles sont accrochés au mur.

Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance

Je veux que les gens apprennent à connaître la culture acadienne autrement et [qu’ils] découvrent une autre Acadie, qui est peut-être moins folklorique, moins traditionnelle. [...] D’une certaine façon, j’ai voulu boucher un trou dans l'histoire en inventant un personnage.

Une citation de :Rémi Belliveau, artiste interdisciplinaire néo-brunswickois

L’univers artistique de Jean Dularge est représenté à travers une discographie en vinyles, des documents écrits et des images inédites tournées lors d’un enregistrement en studio dans les années 1960. Bien entendu, tout est faux.

Gros plan d'une signature sur une feuille de papier.

La signature fictive de Jean Dularge apparaît sur un faux document.

Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance

Chiac et insécurité linguistique

À travers ce projet, Rémi Belliveau souhaite également démystifier l’histoire et la culture acadiennes. Les paroles de la chanson Viens voir l’Acadie, signée par Jean Dularge dans cet univers imaginaire, sont imprimées sur des feuilles de papier.

Les textes sont écrits en chiac, qui est mon dialecte régional, dit-iel. [J’aborde] des thématiques par rapport aux relations de pouvoir entre lui [Jean Dularge], en tant qu’Acadien, et les institutions de l’époque, comme l’Église et l’anglophonie [dans les provinces] Maritimes.

Le chiac, ce n’est pas méchant. On devrait se débarrasser de cette insécurité linguistique et culturelle qui nous possède tous et toutes. C’est absurde, les critiques qui viennent polluer l'image de cette langue. C'est quelque chose de vivant et que j’aimerais valoriser.

Une citation de :Rémi Belliveau, artiste interdisciplinaire néo-brunswickois
Gros plan d'une feuille avec du texte imprimé.

Rémi Belliveau a fait imprimer les paroles de la chanson «Viens voir l’Acadie», véritablement créée par Donat Lacroix, mais «réinventée par Jean Dularge» dans l’univers fictif de ce projet.

Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance

Par ailleurs, la vie de Jean Dularge continue d’être écrite. Rémi Belliveau travaille actuellement sur le prochain chapitre de son parcours de musicien qui, cette fois, se déroulera dans le rock progressif des années 1970.

À cette époque, il y a des guerres que tout le monde conteste. Il y a quelque chose de vraiment riche qui se passe là, et Jean Dularge va continuer à être contestataire et politique, mais dans une nouvelle transgression musicale à l'image de son époque, conclut l’artiste.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !