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Protection de la rainette : deux organismes lancent un ultimatum à Ottawa

Un moustique s'aventure près d'une rainette faux-grillon.

Une grande partie des habitats et donc des populations de rainettes faux-grillon au Québec se trouvent dans le territoire du boisé Du Tremblay - à travers lequel doit passer le prolongement du boulevard Béliveau à Longueuil (archives).

Photo : Courtoisie SNAP/Patrick R. Bourgeois

Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) et la Société pour la nature et les parcs (SNAP) section Québec ont lancé un ultimatum au gouvernement fédéral mercredi. Ils demandent à Ottawa d’agir pour protéger la rainette faux-grillon à Longueuil, où des travaux sont en cours dans son habitat essentiel.

Il y a véritablement urgence d'agir et c’est pour cette raison que nous exhortons aujourd’hui le gouvernement fédéral à agir rapidement et par décret en vertu de la Loi sur les espèces en péril, a déclaré Geneviève Paul, la directrice du CQDE, en visioconférence.

Les organisations environnementales donnent une semaine – soit jusqu’au 20 octobre – au gouvernement fédéral pour agir. À défaut, la SNAP et le CQDE entreprendront officiellement les démarches légales nécessaires en Cour fédérale pour forcer l’action du gouvernement canadien, peut-on lire dans un communiqué de la SNAP (Nouvelle fenêtre) publié en marge de la visioconférence. 

La Loi sur les espèces en péril (Nouvelle fenêtre) (LEP), une loi fédérale, désigne la rainette faux-grillon de l’Ouest comme une espèce menacée et la protège comme telle, notamment en interdisant la destruction de son habitat essentiel, soit l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce.

Les travaux de prolongement du boulevard Béliveau, à Longueuil, doivent passer directement à travers une zone désignée comme habitat essentiel de la rainette depuis 2015. Une carte attribuée à la direction du génie de la Ville de Longueuil (Nouvelle fenêtre) et partagée par la SNAP montre que le prolongement du boulevard en ligne droite jusqu’au rond-point de la rue R-100 doit passer dans une zone riche en étangs où la rainette se reproduit, représentés par des points de couleur.

La carte prévoit aussi un corridor faunique, dont les contours sont tracés en noir, mais celui-ci passe à côté de l'essentiel des étangs de reproduction, selon M. Branchaud. Et, si rien n’est fait, l’essentiel des habitats actuels de la rainette faux-grillon va être complètement détruit pour faire place à du développement domiciliaire.

Avant cet ultimatum, les deux organismes avaient interpellé le gouvernement fédéral il y a plus d’un mois, et encore de manière officielle à la fin septembre (Nouvelle fenêtre), a précisé Mme Paul. Mais en vain, d’où le recours à l’ultimatum.

Environnement et Changement climatique Canada n'avait pas répondu aux demandes de commentaires de Radio-Canada au moment de publier ce texte.

Une protection déficiente au Québec

C’est que la LEP oblige le ministre de l’Environnement et du Changement climatique fédéral à agir lorsque le droit de la province ou du territoire ne protège pas efficacement une partie de l’habitat essentiel. Une disposition – distincte du décret d’urgence – surnommée filet de sécurité et qui n’a encore jamais été appliquée au pays, selon Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec.

Bien que la rainette faux-grillon de l’Ouest soit désignée comme vulnérable en vertu de la législation québécoise (Nouvelle fenêtre), le large pouvoir discrétionnaire alloué au ministre provincial par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (Nouvelle fenêtre) fait en sorte que sa protection, dans les faits, est déficiente au Québec, selon les intervenants.

Mme Paul déplore le fait qu'on permette encore au Québec aujourd’hui le saucissonnage de projets […] ce qui fait qu’on n’a pas une vue d’ensemble sur les impacts cumulatifs. Une tendance qui a empiré, selon elle, avec l’adoption du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (Nouvelle fenêtre) (REAFI), que le CQDE avait dénoncé (Nouvelle fenêtre).

Là, on se retrouve avec une situation vraiment emblématique de cette problématique, soupire Mme Paul. On voit bien que les protections, clairement, sont inefficaces.

Le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec, Alain Branchaud.

Il n'est pas trop tard pour agir, selon le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), section Québec, Alain Branchaud.

Photo : Radio-Canada

La Ville de Longueuil avait obtenu une permission du ministère de l'Environnement du Québec pour entamer ces travaux, malgré l'avis (Nouvelle fenêtre) défavorable du ministère provincial de la Faune, des Forêts et des Parcs (MFFPQ).

Radio-Canada révélait ce matin qu’Ottawa s'apprête à agir dans le dossier, une source bien au fait du dossier au gouvernement fédéral affirmant que l'annonce est imminente. Mais la SNAP et le CQDE soulignent qu’aucune démarche officielle n’a été entreprise alors que le temps presse.

Selon le MFFPQ, 20 % des habitats et donc des populations de rainettes faux-grillon au Québec se trouvent dans le territoire du boisé Du Tremblay – à travers lequel doit passer le prolongement du boulevard Béliveau – ce qui en fait le plus important site occupé par l’espèce dans la province.

Il n’est pas trop tard pour intervenir, insiste M. Branchaud. On peut encore agir pour sauver cette population.

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