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Maria Chapdelaine, héroïne littéraire et cinématographique

Couverture du livre Maria Chapdelaine publié par l'éditeur Bernard Grasset en 1921.

Maria Chapdelaine est un classique de la littérature québécoise.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 24 septembre 2021 sortait sur les écrans des cinémas l’adaptation par le réalisateur québécois Sébastien Pilote du roman Maria Chapdelaine. C’est la quatrième fois que le septième art propose une lecture de l’œuvre de l’écrivain Louis Hémon, qui a inventé une des plus grandes héroïnes de la littérature québécoise.

Un livre qui constitue une révélation

« Ça éclairait les Français sur ce qu’était le Canada. »

— Une citation de  Lydia Hémon, 1980

En 1921, l’éditeur Bernard Grasset republie Maria Chapdelaine, sous-titré Récit du Canada français.

L’œuvre de Louis Hémon, un écrivain d’origine bretonne, déjà parue dans un journal français en 1914, connaît lors de cette réédition un immense succès.

Le livre est par la suite traduit en une vingtaine de langues et tiré à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde.

Louis Hémon n’en saura rien, car il est mort accidentellement à Chapleau, dans le nord de l’Ontario, en 1913.

L'observateur, 2 novembre 1980

Le 2 novembre 1980, l’émission L’observateur présente un reportage de Pierre Nadeau sur Louis Hémon, à l’occasion de son 100e anniversaire de naissance.

Le journaliste interviewe à cette occasion Lydia Hémon, la fille de l’écrivain.

Elle y confirme l’intérêt considérable des lecteurs au moment de la reparution de Maria Chapdelaine en France.

Les Canadiens possédaient une énorme cote d’amour auprès des Français puisqu’ils étaient venus combattre à leurs côtés lors de la Première Guerre mondiale.

De plus, les Français découvraient avec ce livre une société qui survivait en parlant français et qui contrastait avec l’image de pays américanisé qu’ils avaient jusque-là.

Maria Chapdelaine et ses personnages incarnaient le Canada français, affirme Lydia Hémon.

Une observation très attentive de la société canadienne-française

Louis Hémon s'est révélé un observateur attentif de la société rurale canadienne-française vers 1910.

Reflets d'un pays, 14 juin 1984

C'est le constat de l'historien et conservateur du Musée Louis-Hémon de Péribonka, Gilbert Lévesque, exprimé dans une entrevue accordée à l'animatrice de l'émission Reflets d'un pays du 4 juin 1984, Renée Lavergne.

Le récit de Louis Hémon décrit de façon admirable l’environnement du village de Péribonka et du Lac-Saint-Jean, où vivent Maria Chapdelaine et sa famille.

Les descriptions sont tellement justes qu'elles suscitent des jalousies, selon Gilbert Lévesque.

C'est le cas de l'écrivain Claude-Henri Grignon, qui déplore que Louis Hémon n'ait laissé aux auteurs canadiens-français que « des souches », c'est-à-dire presque rien à décrire.

L’histoire d’amour passionne également les lecteurs.

Maria Chapdelaine s’est promise à François Paradis, mais celui-ci meurt gelé alors qu’il tente de revenir du camp de bûcherons vers Péribonka.

Résignée, Maria choisit d'épouser Eutrope Gagnon, un colon qui habite tout à côté de sa famille.

Gilbert Lévesque finit son entrevue en parlant des adaptations cinématographiques que le roman Maria Chapdelaine a inspirées.

Il louange en particulier celles de Julien Duvivier (dont on voit des extraits) et de Gilles Carle.

Deux adaptations par des cinéastes français...

En effet, des cinéastes, tout d'abord des Français, s’emparent bientôt de cette histoire.

En 1934, Julien Duvivier réalise un film qui met en vedette Madeleine Renaud et Jean Gabin dans les rôles de Maria Chapdelaine et de François Paradis.

Le film, tourné au Lac-Saint-Jean, reçoit le Grand prix du cinéma français en 1934 et une mention spéciale au Festival de cinéma de Venise en 1935.

Dossier, 13 décembre 1974

Interviewée pour l’émission Dossier du 13 décembre 1974, Lydia Hémon donne à propos du film de Julien Duvivier une opinion quelque peu nuancée.

Si elle estime remarquables le film et l’interprétation de Jean Gabin, elle considère comme peu crédible le jeu de Madeleine Renaud.

L’actrice, selon Lydia Hémon, est plus faite pour interpréter des pièces du répertoire français.

Elle est très éloignée de la paysanne campagnarde que décrit son père.

En 1950, Marc Allégret propose sa lecture de Maria Chapdelaine.

Son film mettant en vedette Michèle Morgan sera un fiasco cinématographique et financier.

… et une par un cinéaste québécois

En 1983, c’est au tour du cinéaste québécois Gilles Carle de proposer sa version de Maria Chapdelaine.

Carole Laure y joue le rôle de l'héroïne.

Elle est entourée, entre autres, d’Amulette Garneau, Gilbert Sicotte, Nick Mancuso et Pierre Curzi.

Ce soir, 26 avril 1983

Dans une entrevue accordée le 26 avril 1983 à l’animateur Pierre Maisonneuve de l’émission Ce soir, Gilles Carle affirme que le récit de Maria Chapdelaine est une grande histoire d’amour.

Elle se compare à celle de Roméo et Juliette ou de Tristan et Iseut, estime le cinéaste.

Son film propose une réinterprétation de Maria Chapdelaine. Gilles Carle rejette par exemple la vision d’une histoire pieuse et catholique.

Au contraire, Louis Hémon, selon le cinéaste, a écrit un livre aux accents païens, voire pervers, où la superstition et l’attente amoureuse jouent un grand rôle.

Les religieux étaient très inconséquents de donner ce livre à lire à de jeunes filles au couvent, ajoute le cinéaste.

Pour les francophones canadiens, croit Gilles Carle, la Maria Chapdelaine qu'interprète Carole Laure aura un comportement plus familier.

Le réalisateur a actualisé sa langue. Les conflits qu'elle ressent et les choix qu'elle doit faire sont très modernes dans la lentille de Gilles Carle.

C’est une hippie, au fond, conclut le cinéaste.

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