•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Québec reporte au 15 novembre la vaccination obligatoire des employés de la santé

Maintenir la date butoir au 15 octobre aurait compromis l'implantation du « changement de culture » et du « nouveau modèle de gestion » souhaité dans les hôpitaux du Québec, explique le ministre Dubé.

Christian Dubé répond à une question lors d'une conférence de presse.

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, a alloué un mois de plus au personnel de la santé pour se faire adéquatement vacciner.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le gouvernement Legault repousse au 15 novembre la date butoir à laquelle tous les travailleurs de la santé devront obligatoirement être vaccinés contre la COVID-19, sous peine d'être suspendus sans solde.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui avait pourtant insisté à plusieurs reprises sur le fait que la mesure allait entrer en vigueur le 15 octobre, dit avoir finalement constaté que tout le réseau allait foncer dans un mur s'il s'entêtait.

Le risque en ce moment est trop élevé. Ce serait irresponsable de jouer aux dés avec la santé des Québécois, a-t-il fait valoir mercredi en conférence de presse.

Selon les plus récentes données fournies par Québec, le réseau aurait en fait été privé dès samedi de 22 446 travailleurs de la santé dans l'ensemble de la province. Si un sursis avait été offert aux seuls travailleurs ayant reçu une seule dose de vaccin, le réseau aurait tout de même perdu 14 613 employés.

Quand on additionne le départ potentiel des non-vaccinés au personnel déjà manquant, on se retrouve à ajouter une pression qui est beaucoup trop forte sur notre réseau.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Selon la sous-ministre adjointe à la Santé, Lucie Opatrny, 35 des 470 salles d’opération de la province et quelque 600 lits de courte durée auraient dû être fermés dans les hôpitaux si l’obligation vaccinale avait été maintenue au 15 octobre. Or, 80 salles d'opération sont déjà fermées à l'heure actuelle.

On a des urgences qui sont à 140 %, 150 % de capacité. Pourquoi? Plus de la moitié des personnes attendent pour un lit à l’hôpital. Alors, ils sont à l’urgence 24 ou 48 heures, a-t-elle expliqué. Si on ferme encore plus de lits de courte durée, les urgences vont être encore plus occupées qu’en ce moment.

Deux infirmiers portant des masques poussent une civière sur laquelle se trouve un homme, qui porte un masque aussi.

Selon Lucie Opatrny, les urgences des hôpitaux auraient pâti de l'entrée en vigueur de l'obligation vaccinale le 15 octobre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des problèmes seraient aussi apparus différemment selon les endroits et les établissements, a-t-elle ajouté. Dans une région, un laboratoire aurait perdu quatre de ses six techniciens, a-t-elle illustré, tandis que dans une autre, une unité de dialyse aurait dû fermer ses portes.

Mme Opatrny a aussi évoqué des réductions de services importants dans 35 % des centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD), des soins à domicile réduits dans la moitié des régions du Québec et des difficultés à la Direction de la protection de la jeunesse.

D'autres mesures pour les récalcitrants

Malgré le report raisonnable et approprié de la date butoir, le ministre a maintenu que l'obligation de vaccination pour les travailleurs de la santé est une bonne décision, qui sera appliquée.

On veut appliquer le principe de la vaccination obligatoire pour les travailleurs de la santé, mais pas aux dépens de notre capacité à soigner nos citoyens. Dans ces circonstances, le report de l'échéancier de 30 jours est la meilleure des solutions parmi des choix difficiles qui s'offraient à nous.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Entre-temps, les employés de la santé non vaccinés devront subir un test de dépistage de la COVID-19 au début de leur quart de travail trois fois par semaine, à compter de lundi prochain, a indiqué le ministre de la Santé.

M. Dubé a également fait savoir que tous ces travailleurs ne pourront toucher aucune des primes mises en place depuis le début de la pandémie jusqu'à nouvel ordre.

Ils toucheront leurs primes seulement s'ils se font doublement vacciner au cours des 30 prochains jours, a-t-il précisé.

Dans le même ordre d'idée, tous les travailleurs qui seront recrutés au cours des 30 prochains jours devront obligatoirement être adéquatement vaccinés, a aussi indiqué le ministre de la Santé.

Collision anticipée avec le changement souhaité du mode de gestion

Selon Christian Dubé, la décision de repousser la date butoir pour la vaccination obligatoire a été prise mardi soir, après qu'il eut réalisé que cela entrait en collision avec le « nouveau modèle de gestion » et le « changement de culture » qu'il veut implanter dans le réseau.

Des infirmières devant l'Hôtel-Dieu de Lévis.

Ces infirmières de l'Hôtel-Dieu de Lévis ont refusé de travailler pendant une brève période cet été pour dénoncer le recours systématique au temps supplémentaire obligatoire.

Photo : Radio-Canada/Hadi Hassin

Confrontés au départ de milliers d'employés, les gestionnaires du réseau auraient eu beaucoup de pression pour recourir aux méthodes de gestion dont on veut se départir, soit le recours systématique aux heures supplémentaires obligatoires pour les infirmières, et le report ou l'annulation de vacances d'employés (arrêté ministériel 007).

Si on veut changer les méthodes de gestion, changer la culture, et donner le goût aux gens qui sont là de rester et de revenir, je ne peux pas accepter qu’on me dise : "Si on fait le plan avec 14 000 personnes [de moins dans le réseau], je suis obligé de continuer de faire du 007 et du temps supplémentaire obligatoire", a-t-il dit.

Moi, c’est ça qui m’a donné le coup de grâce hier soir.

Je ne peux pas demander aux PDG [des CISSS et CIUSSS] de trouver des solutions – parce qu’on enlève 14 000 personnes – et en même temps dire au réseau : "Écoutez, faites-nous confiance, on va changer les conditions [de travail]".

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Le ministre a dit comprendre que le report de la date butoir puisse apparaître choquant, voire frustrant, pour les travailleurs de la santé déjà vaccinés, les utilisateurs du réseau et l'ensemble des Québécois.

En maintenant cette date, a-t-il fait valoir, le réseau serait revenu à la situation qui existait au plus fort de la première vague de COVID-19, où 12 000 travailleurs de la santé étaient absents de leur poste. Après 19 mois de pandémie, a-t-il observé, le réseau est aujourd'hui beaucoup plus fragile qu'il ne l'était à l'époque.

Un homme se fait vacciner.

Que se passera-t-il dans un mois?

D'ici un mois, a ajouté M. Dubé, la situation pourrait s'améliorer, notamment grâce aux efforts de recrutement de nouvelles infirmières qui pourraient porter leurs fruits.

Des négociations sont en cours avec plus de 2500 d'entre elles, a-t-il dit, et de nouvelles mesures qui seront annoncées la semaine prochaine pourraient accélérer le mouvement.

Le ministre a notamment réitéré qu'il entend s'assurer que les meilleurs horaires dans les hôpitaux seront offerts aux infirmières du réseau, et non à celles qui travaillent pour des agences privées.

Le ministre espère également que plus d'employés seront vaccinés d'ici là. Au rythme des 50 derniers jours, 7000 travailleurs de la santé de plus pourraient avoir reçu leurs deux doses contre la COVID-19, a-t-il avancé.

Je ne rêve pas en couleurs non plus. Mais je pense que le scénario, au 15 novembre, va être meilleur, a-t-il résumé.

Il croit en outre que la suspension des permis de pratique annoncée par les ordres professionnels des médecins, des infirmières, des infirmières auxiliaires, des pharmaciens et des inhalothérapeutes fera réfléchir les travailleurs non vaccinés.

J'ai un message pour les travailleurs de la santé qui ne sont pas encore vaccinés : nous vous tendons la main, et nous espérons sincèrement que vous allez la saisir. S'il vous plaît, faites-le d'abord pour vous, pour vos proches. Sinon, faites-le pour vos collègues qui ont besoin de vous.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Ces suspensions, initialement prévues à compter de samedi, se retrouvent elles aussi repoussées d'un mois.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !