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Doubler le financement alloué à l’itinérance sera insuffisant, selon des organismes

Une femme aux longs cheveux noirs en plan rapproché avec des arbres derrière elle.

Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), demeure sceptique par rapport aux promesses électorales (archives).

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Des organismes estiment que les besoins sont si importants dans la lutte contre l'itinérance à Montréal qu'il faudra faire plus que doubler le budget alloué à cette fin, comme le promet la candidate Valérie Plante.

La mairesse sortante et cheffe de Projet Montréal a promis lundi de faire passer le financement destiné à cet enjeu de 3 à 6 millions de dollars par année. L’argent doit servir à financer des logements et des sites d’hébergement d’urgence, ainsi qu'à soutenir des organismes communautaires, notamment.

Ces engagements semblent alignés avec le plan Un pas de plus soumis en juin par une coalition d’organismes responsables de plus de 90 % des services aux personnes en situation d'itinérance à Montréal.

Dans un communiqué publié à la fin du mois dernier (Nouvelle fenêtre), ceux-ci insistent notamment sur l’importance d’assurer des services continus, hiver comme été, 24 heures sur 24 et sept jours par semaine, et de répondre aux besoins spécifiques des populations à risque, comme la communauté autochtone.

Si Mme Plante a évoqué ces enjeux lors de l’annonce, des angles morts subsistent pour d’autres intervenants communautaires. Et du scepticisme.

Ce n’est qu’une promesse. Je le croirai quand je le verrai, lance Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), en entrevue avec Radio-Canada mardi. J’espère que ça va aboutir à quelque chose.

Six millions, ce n'est pas beaucoup d'argent, je suis désolée de le dire, soupire Léonie Couture, présidente et fondatrice de La rue des femmes. Mais c'est important, nuance-t-elle. Je ne dirai pas à la Ville : "Donnez-le pas", mais ce n’est pas assez pour assurer la sécurité à tous les citoyens.

Le dernier dénombrement (Nouvelle fenêtre) exhaustif, qui date d’avril 2018, faisait état de 3149 personnes en situation d’itinérance visible sur l’île de Montréal. Des intervenants s’entendent pour dire que ce nombre a considérablement augmenté depuis et que les besoins spécifiques de certaines populations doivent être pris en compte.

Ressources pour Autochtones et « wet shelter »

Mme Plante s’est engagée à ce que l’un des sites d’hébergement d’urgence promis soit culturellement adapté pour les personnes autochtones, mais nous en avons besoin de plus qu’un, soutient Nakuset.

Les gens qui se tiennent au square Cabot et ceux qui se tiennent à Milton Park sont différents, donc il en faut deux au moins, et probablement plus que deux. Donc, ce n’est pas assez, insiste-t-elle.

La directrice du FFAM s’implique également dans la gestion de l’Espace Raphaël André, une tente à la mémoire d’un Innu itinérant retrouvé mort l’hiver dernier. Selon elle, les besoins d’hébergement sont criants, en particulier pour ceux qui ont moins d’options en raison de leur consommation.

Beaucoup de gens qui se présentent à l’Espace Raphaël André peuvent être en état d’intoxication. C’est pourquoi ils ne peuvent avoir accès à d’autres services, explique-t-elle. Entre 100 et 200 personnes s’y présentent chaque soir, selon Nakuset.

Donc, c’est une chose que nous devrions envisager, d'ouvrir un autre refuge dans les alentours. Cela permettrait de réduire les risques. Peut-être qu’on a besoin d’un wet shelter, un endroit où l’on peut offrir de petites quantités d’alcool, imagine-t-elle, donnant l’exemple du programme The Oaks à Ottawa (Nouvelle fenêtre).

Nous pourrions créer ça ici et ça pourrait être dirigé par des Autochtones.

Nakuset attend toujours de voir l’Espace Raphaël André, qui ne doit rester en place que jusqu’au 1er décembre, être transformé en refuge permanent.

Manque de lits et de personnel

On déborde, les ressources débordent, on refuse des gens, déplore Mme Couture. Chaque femme qu’on refuse d’héberger le soir parce qu’on n’a plus de place, c’est un traumatisme.

À La rue des femmes, elle se voit forcée de refuser entre 20 et 30 demandes d’hébergement d’urgence à des femmes qui devront, fort probablement, passer la nuit dehors si elles ne réussissent pas à trouver une place ailleurs.

David Chapman discute avec Sarah Papialuk, une habituée du parc.

David Chapman travaille depuis 2014 avec les gens qui fréquentent le square Cabot (archives).

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Pour David Chapman, directeur général de Resilience Montreal, ça aurait du sens de doubler les ressources consacrées à l’itinérance parce que le nombre de personnes qui se trouvent en situation d’itinérance a augmenté de façon significative pendant la [crise de la] COVID.

Il admet que ces choses sont notoirement difficiles à mesurer, mais une chose est claire [...] c’est que pendant la pandémie, nous avons vu le nombre de personnes itinérantes qui passent par chez nous augmenter. Ce nombre aurait presque doublé entre septembre 2020 et septembre 2021, selon M. Chapman.

En plus de manquer d’espace pour sa clientèle, Mme Couture doit faire face à la pénurie de main-d'œuvre, qui touche pratiquement tous les secteurs de l’économie. Or, le milieu communautaire n’est pas toujours en mesure d’offrir des salaires compétitifs, et son organisme connaît un taux de roulement très élevé.

On a souvent des offres de projets, dit-elle. C'est bien, on a plein d'idées de toutes sortes, des bâtiments, toutes sortes d’affaires, mais ça prend du personnel, et puis tout le monde, on est mal pris avec ça.

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