•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Recrutement des infirmières : une opération de longue haleine dans les Laurentides

Pascale Doucin, infirmière à l'hôpital de Mont-Laurier.

Pascale Doucin est infirmière à l'hôpital de Mont-Laurier depuis décembre 2020.

Photo : Vincent Rességuier

Le CISSS des Laurentides déploie une panoplie de stratégies pour recruter du personnel de santé à Mont-Laurier.

Avec ses forêts, ses lacs et ses rivières, la région est un paradis pour les amateurs de plein air, mais elle demeure peu attrayante pour les professionnels.

Seulement pour le secteur de la MRC d'Antoine-Labelle, 63 infirmières sont recherchées, sans compter les 200 autres emplois disponibles. Tout un défi pour cette région éloignée des grands centres urbains où vivent 35 000 personnes.

Ces dernières années ont été marquées par des fermetures temporaires de différents services, faute de personnel. C'était le cas encore récemment pour les soins intensifs du Centre de services de Rivière-Rouge ou le service de pédiatrie de l’hôpital de Mont-Laurier.

Une stratégie de recrutement diversifiée

Comme ailleurs au Québec, il y a eu dernièrement un envoi massif de courriels à toutes les infirmières qui ont quitté le secteur public dans les dernières années pour les informer des nouvelles primes annoncées par le gouvernement.

À première vue, ces primes peuvent paraître alléchantes, sauf qu'ici, l'argent n'est pas un incitatif déterminant pour attirer les candidats de l'extérieur.

Les gestionnaires ne s'attendent pas à des miracles, d'abord parce que des employés vont être mis à pied à cause de la vaccination obligatoire à partir du vendredi 15 octobre, mais aussi et surtout parce qu'il y a une grave pénurie de main-d'œuvre depuis près d'une décennie. Le mal est profond.

On sait que notre population va continuer à vieillir, avec plus de départs à la retraite que d'arrivées de jeunes sur le marché du travail. Une tendance jusqu'en 2031 : on en a pour 10 ans.

Une citation de :Sylvain Pagé, adjoint à la direction générale du CISSS des Laurentides
Sylvain Pagé (à gauche) et Geneviève Venne (à droite).

Sylvain Pagé et Geneviève Venne, du CISSS des Laurentides

Photo : Vincent Rességuier

Dans ces conditions, pas le choix d’attirer des candidats d’autres régions. C’est pourquoi, depuis quelques années, les autorités effectuent un recrutement au moyen d'un partenariat qui regroupe le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS), les municipalités, les établissements d'enseignement et des organismes parapublics.

Cette stratégie comprend, entre autres, un programme d’immersion. Les candidats potentiels, qu'ils soient étudiants ou déjà à l'emploi, sont par exemple invités à participer à de brefs séjours exploratoires.

On s'est un peu inspirés de la petite séduction. En fait, on veut permettre aux candidats de venir vivre l'expérience, de voir à quoi ressemble la MRC d'Antoine-Labelle.

Une citation de :Geneviève Venne, du CISSS des Laurentides
Dorotha Foureau, infirmière.

Dorotha Foureau est infirmière à l'hôpital de Mont-Laurier depuis cinq ans.

Photo : Vincent Rességuier

Autre volet de la stratégie : un accompagnement des recrues pour simplifier leur installation. Un programme dont a bénéficié Dorotha Foureau, infirmière à l'hôpital de Mont-Laurier depuis cinq ans. Elle est arrivée ici par hasard, après avoir passé la majorité de sa vie dans la région de Montréal.

À l'époque, elle travaillait pour une agence de placement et en avait assez d’être ballottée d'un établissement à un autre. Elle recherchait de la stabilité. La qualité de l'accueil a fini par la convaincre de tenter l'aventure.

Ils m'ont sécurisée en disant : ''On va vous trouver une maison, une école pour votre enfant, un travail pour votre conjoint.'' Ça a facilité notre décision de venir ici.

Une citation de :Dorotha Foureau, infirmière, hôpital de Mont-Laurier

Elle se réjouit de voir que les promesses ont été tenues. Elle apprécie également les conditions de travail enviables, dit-elle, par rapport à celles des grands centres urbains. Ici, les heures supplémentaires obligatoires sont limitées et elle évolue dans une ambiance détendue et familiale.

Mathieu Ladouceur, de Zone Emploi, s'occupe de l'accueil des recrues du CISSS des Laurentides à Mont-Laurier.

Mathieu Ladouceur, Zone Emploi, Mont-Laurier

Photo : Vincent Rességuier

Zone Emploi est l'un des partenaires du projet. Cet organisme financé par le gouvernement du Québec est responsable de l'accueil et de la rétention des recrues du CISSS des Laurentides, le plus important employeur de la MRC d'Antoine-Labelle.

Mathieu Ladouceur agit comme facilitateur, sa mission étant d’ouvrir les bras, puis de les refermer. Notre but, précise-t-il, c'est de les enraciner le plus possible. Pour cela, il organise entre autres des activités sociales et des activités de réseautage.

On essaie de faire des mariages sociaux entre des citoyens enracinés et des nouveaux qui ont des atomes crochus ou des loisirs communs.

Une citation de :Mathieu Ladouceur, Zone Emploi

Depuis son arrivée en poste, il y a trois ans, il évalue que plus de la moitié des recrues demeurent dans la région. Grâce à un travail réalisé en amont, il explique être capable de dépister si les candidats ont des aptitudes pour apprécier le mode de vie local.

Il y a trois ans, Pascale Doucin était elle encore infirmière dans une petite ville française. Elle fait partie de ces personnes qui avaient toutes les chances d'apprécier les charmes des Hautes-Laurentides.

Après deux années dans un hôpital de Montréal, elle a trouvé son bonheur à Mont-Laurier en décembre dernier, séduite par le cadre de vie, la mentalité locale et les conditions de travail. Mathieu Ladouceur l’a notamment aidée à se trouver un logement.

Venir ici a donné un second souffle à ma carrière, parce qu'en France, j'aurais certainement arrêté mon métier.

Une citation de :Pascale Doucin, infirmière, Mont-Laurier

Les immigrants récents font partie des cibles privilégiées pour intégrer de la main-d'œuvre de l'extérieur, mais leur arrivée a été ralentie par la pandémie.

Des ambassadeurs dans les écoles

Même si le gouvernement vient de bonifier la rémunération des infirmières, l'enjeu principal demeure démographique, rappelle Sylvain Pagé, adjoint à la direction générale du CISSS des Laurentides, responsable du secteur de la MRC d’Antoine-Labelle.

Il déplore que de nombreuses régions du Québec soient en compétition concernant le recrutement, sauf que, dit-il, le vieillissement de la population est plus rapide sur son territoire.

Dans ces conditions, miser sur la relève locale devient indispensable. C'est la raison pour laquelle le CISSS des Laurentides lance actuellement un programme d'ambassadeurs : des étudiants en soins infirmiers et en inhalothérapie qui ont pour mission de faire la promotion de leur métier dans tous les établissements scolaires de la région.

Ces jeunes professionnels sont déjà à l’emploi du CISSS, ils connaissent bien les milieux de travail. Leur mission consistera aussi à en faire la promotion sur les réseaux sociaux.

Depuis le début de la pandémie, le secteur de Mont-Laurier a enregistré 19 départs d'infirmières, compensés par 21 embauches. Le défi du recrutement reste donc entier.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !