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L’économie circulaire au service de l’alimentation

L’économie circulaire est devenue une tendance lourde dans les nouvelles entreprises en alimentation. L’épicerie s’est intéressée à ce modèle économique visant à répondre, de façon durable, aux besoins des consommateurs et des consommatrices.

De la poudre de ténébrion.

Ces ténébrions séchés et en poudre sont des produits d'économie circulaire.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Des champignons, du cidre, des vignes, un potager, une pisciculture et beaucoup de ténébrions... Tout ça est produit à un seul et même endroit, en plein cœur du quartier District Central à Montréal.

Entrepreneurs et entrepreneuses, scientifiques, chercheurs et chercheuses, de même que producteurs et productrices ont uni leurs forces pour créer la Centrale agricole, la plus grande coopérative d’agriculture urbaine au Québec.

Cet espace urbain d’innovation et d’expérimentation en alimentation est axé sur l’économie circulaire… Là-bas, toutes les entreprises sont interreliées.

Petite leçon d’économie circulaire

L’économie linéaire, celle que l’on connaît bien, consiste en quatre étapes : extraire, fabriquer, consommer et jeter.

Une infographie illustrant l'économie linéaire.

L’économie linéaire a des effets négatifs sur l'environnement puisqu'elle implique à la fois une consommation de ressources et d'énergie, mais aussi une production de déchets.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

L’économie circulaire, de son côté, est une boucle. L’énergie et les matières premières sont réutilisées tout au long du cycle.

En d’autres mots, selon la philosophie de l’économie circulaire, les déchets ne sont pas vus comme tels, mais comme des ressources abandonnées qui méritent d’être récupérées et optimisées.

Une infographie illustrant l'économie circulaire.

En économie circulaire, chaque étape d’un cycle de production est valorisée.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Voici quelques entreprises qui repensent leurs modes de production pour optimiser l’utilisation des ressources de leur environnement.

Une ferme de ténébrions

Parmi les quatre entreprises cofondatrices de la Centrale agricole, on compte TriCycle, qui élève des insectes depuis 2019, et qui ne cesse de croître depuis.

On a 60 millions d’insectes en tout temps dans l’élevage, estime Alexis Fortin, directeur des technologies et des opérations chez TriCycle. Cela équivaut à une production annuelle de 8 tonnes de ténébrions.

Un homme montre des ténébrions dans un bac de plastique.

Alexis Fortin, directeur des technologies et des opérations chez TriCycle, dévoile le contenu d'un bac de sa production de ténébrions.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

TriCycle nourrit ses insectes avec des résidus de la production et de la transformation alimentaire, que ce soit des résidus de brassage de bière, du son de blé issu de la Boulangerie Jarry, ou encore de la pulpe de fruits et légumes fournie par l’entreprise de jus frais Loop.

Cette dernière, en plus de produire ses jus à partir de fruits et de légumes invendus, a aussi à cœur de donner une deuxième vie aux déchets qu’elle produit.

On presse les fruits et légumes et on en extrait le jus. Mais la fibre qui reste est encore très bonne pour la consommation. On voulait la réutiliser, donc on a entre autres développé un super beau partenariat avec TriCycle pour nourrir leurs insectes à partir de cette pulpe-là, explique Julie Poitras-Saulnier, cofondatrice de Loop.

Cultivé ainsi, le ténébrion est un microbétail qui laisse très peu de traces.

C'est presque zéro déchet comme production parce que les insectes vont consommer les aliments, et les insectes par la suite seront récoltés pour l'alimentation.

Une citation de :Alexis Fortin, directeur des technologies et des opérations chez TriCycle

Ces ténébrions sont déshydratés pour en faire de la farine, ou encore transformés en fumier pour un potager expérimental situé sur le toit de la Centrale agricole.

Un vignoble sur le toit

Vignes en ville, un projet de recherche visant à étudier le comportement des vignes en milieu urbain, a installé son cinquième vignoble sur le toit de la Centrale agricole.

Il s’agit du plus grand vignoble situé sur un toit à travers le monde.

Des vignes poussent sur le toit d'un édifice.

Ce vignoble de Vignes en ville, situé sur le toit de la Centrale agricole, est plus grand vignoble situé sur un toit à travers le monde.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Le terreau utilisé dans les bacs pour faire pousser les vignes est également une première dans le monde, explique Véronique Lemieux, fondatrice et coordonnatrice de Vignes en ville.

Le terreau de ce vignoble est très innovant. On a décidé de lancer un nouveau protocole de recherche qui va étudier la dégradation du verre dans le terreau. Le sable est une matière de ressources naturelles non renouvelables. On voulait donc éviter d'utiliser le sable dans notre terreau. Le verre broyé remplace le sable.

Une citation de :Véronique Lemieux, fondatrice et coordonnatrice de Vignes en ville
Une femme tient une poignée de terreau dans sa main.

Dans ce terreau innovant, le sable, une ressource naturelle non renouvelable, est remplacé par du verre broyé.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

En quoi ce vignoble peut-il être associé à l’économie circulaire?

On a une boucle qui est magnifique parce que, par exemple, on boit du vin. On met la bouteille de vin dans le bac de recyclage. La collecte sélective prend possession de ces bouteilles-là. Ça arrive à un centre de tri comme Tricentris, qui broie le verre. Et ils nous renvoient le verre broyé que l'on intègre à notre terreau, résume Véronique Lemieux.

La vigne pousse dans ce terreau, et ses fruits servent par la suite à produire du vin. Donc, la boucle est entière, conclut-elle.

Une pisciculture urbaine, une première au Québec

Redescendons quelques étages de la Centrale agricole, au sous-sol. On y trouve Opercule, la première pisciculture urbaine au Québec.

Onze grands bassins ont été installés pour accueillir les premiers œufs d’omble chevalier dès le mois de décembre 2021.

Selon David Dupaul-Chicoine, cofondateur d’Opercule, entre 25 et 30 tonnes d’omble chevalier pourront être produites annuellement à partir de novembre 2022.

David Dupaul-Chicoine dans une pièce en construction.

David Dupaul-Chicoine, cofondateur d’Opercule, dans ses locaux encore en construction.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Le producteur piscicole compte recirculer 99,5 % de l’eau dans le système d’élevage, afin d’en utiliser 100 à 200 fois moins qu’en pisciculture traditionnelle.

Les équipements de filtration permettent aussi de retirer les fumiers de l’eau afin de les revaloriser sous forme de compost.

Toujours dans l’idée d’implanter une production écologique pour ses poissons, David Dupaul-Chicoine explique que les ténébrions de TriCycle pourraient représenter une ressource intéressante pour sa production.

Nous avons un intérêt à faire de la recherche avec TriCycle, qui produit des insectes. On pourrait remplacer une partie de la moulée pour nos poissons avec leurs insectes, signale David Dupaul-Chicoine.

Des champignons pour l’assiette… et la construction

La pisciculture de David Dupaul-Chicoine est un voisin de choix pour le passionné et spécialiste des champignons Geoffroy Renaud-Grignon.

On a besoin d’un environnement avec un air très humide. Opercule génère plein d’humidité grâce à ses beaux bassins, explique le fondateur de Mycélium Remédium Mycotechnologies.

Pour Geoffroy Renaud-Grignon, les champignons ne vont pas que dans l’assiette. Dans ses laboratoires, il travaille à transformer, à l’aide de ses champignons, des matières organiques en nouveaux matériaux de construction écologiques.

Plus précisément, des résidus naturels comme de l’avoine, du marc de café ou de la sciure de bois peuvent être transformés en objets solides grâce à une série de réactions chimiques qu’entraîne le mycélium, c’est-à-dire le tissu qui constitue les champignons.

L’entreprise est capable de fabriquer des briques équivalentes à des briques de bois très denses ou même un matériau de construction qui peut remplacer la styromousse.

Un homme montre une brique fabriquée à l'aide de champignons.

Geoffroy Renaud-Grignon, fondateur de Mycélium Remédium, montre une brique faite à partir de déchets et de champignons.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

C’est fait à partir de déchets, en plus d’être compostable et composté, explique fièrement M. Renaud-Grignon.

Le rêve de ce spécialiste des champignons serait qu’à terme, les kiosques dans les marchés où seront vendus les produits de la Centrale soient fabriqués à partir de ses champignons.

Une cidrerie qui récupère des fruits rejetés

À Cidre Sauvageon, on brasse des cidres de pommes et de petits fruits non utilisés, cueillis dans la région.

Pour nous, ça avait beaucoup de sens d'avoir un local en ville, à Montréal, étant donné qu’on a un verger qui est dans le Grand Montréal, explique Pauline Macera, copropriétaire de Cidre Sauvageon.

Une bouteille de cidre.

Les cidres de Cidre Sauvageon sont faits à partie de pommes et de petits fruits non utilisés.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

En effet, l’économie circulaire à la Centrale se veut une économie de proximité, c’est-à-dire que les entreprises travaillent à fermer les boucles en minimisant les transports et le gaspillage des ressources.

Et puis on a envie de créer aussi des synergies avec tous les membres de la Centrale, ajoute Pauline Macera, qui pense à récupérer la lie du vin, un résidu de la production du vin, pour l’inclure dans la production de ses cidres.

À la Centrale agricole, les idées ne cessent jamais de circuler.

La Centrale agricole est en train de coloniser l'édifice entier pour devenir la plus grande coopérative agricole urbaine au monde, conclut fièrement Louise Hénault-Ethier, directrice de la recherche, du développement et de l’innovation chez TriCycle.

Voilà, la boucle est bouclée!

Le reportage de Johane Despins et de Caroline Gagnon est diffusé le mercredi à 19 h 30 à l’émission L’épicerie, diffusée sur ICI Télé.

Avec les informations de Johane Despins

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