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Les Algonquins de l’Ontario ne sont pas propriétaires majoritaires du projet Tewin

Un terrain agricole entouré d'arbres.

La parcelle de terre envisagée pour le projet Tewin se situe dans le sud-est d'Ottawa, un secteur rural.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada

Des centaines d'hectares de terres ont changé de mains pour des millions de dollars au cours des sept dernières années le long des routes de campagne où devrait être érigé le projet Tewin. Cependant, les Algonquins de l'Ontario (AOO), qui proposent le projet, ne sont pas propriétaires majoritaires des terrains concernés. 

Maintenant que le tracé de la future communauté Tewin est public et devrait être inclus dans le nouveau plan officiel à la fin du mois, CBC a analysé les parcelles de terrain et a découvert que Algonquins de l'Ontario Société immobilière n'est pas le plus grand propriétaire.

Cela soulève des questions alors que les Algonquins de l'Ontario étaient à l'avant-plan l'hiver dernier lors d'un débat au conseil municipal. Les Algonquins de l'Ontario sont un organisme de négociation de traités qui comprend la Première Nation des Algonquins de Pikwakanagan

Selon le groupe, une communauté durable fondée sur les valeurs algonquines ne se trouverait pas près des transports en commun ou des canalisations d'Ottawa. Pourtant, les conseillers municipaux ont décidé, par une série de motions, que la limite urbaine d'Ottawa devrait s'étendre vers le sud-est, afin que les Algonquins de l'Ontario puissent poursuivre leur tentative de développer une toute nouvelle zone urbaine.

Des chefs de Premières Nations au Québec ont décrié la décision du conseil parce qu'ils considèrent les Algonquins de l'Ontario comme un organisme illégitime négociant un traité sur leurs terres ancestrales. 

Dans ses remarques finales au conseil le 10 février, le maire Jim Watson a déclaré que les Algonquins de l'Ontario avaient fait une proposition à la Ville et cherchaient une chance de créer de la richesse pour leurs habitants. Il a déclaré qu'il n'y avait aucun doute que le groupe était propriétaire des terres – les Algonquins de l'Ontario ont acheté des terres provinciales excédentaires à leur valeur marchande et hors des négociations de traité.

Le terrain ne vaut pas plus que ce que lAlgonquins de l'Ontario ont payé, à moins que nous leur donnions le feu vert pour les développer, a-t-il déclaré, ajoutant que le terrain aurait été plus difficile à vendre s'il était venu d'un autre développeur.

Carte du territoire avec parcelles de terrain colorées pour montrer qui en est le propriétaire.

CBC a analysé la propriété foncière dans la région où les Algonquins de l'Ontario (AOO) proposent une banlieue durable pour Ottawa. Les terrains qui seront intégrés aux limites urbaines de la ville sont dans le contour noir. Le groupe Taggart possède des terres sous deux sociétés dans la région, vues en bleu et jaune. La zone à l'intérieur du système du patrimoine naturel ne peut être développée.

Photo : Radio-Canada

Une analyse montre maintenant que les terres appartenant à Algonquins de l'Ontario Société immobilière représentent moins d'un tiers de ce qui est admis pour le développement urbain dans ce secteur du sud-est rural de la ville. Sont inclus environ 250 des 1624 hectares achetés au gouvernement de l'Ontario en janvier 2020 dans le but de créer l'une des nouvelles collectivités les plus durables et les plus tournées vers l'avenir du Canada.

La majeure partie de ce que les Algonquins de l'Ontario ont acheté restera à l'extérieur des limites urbaines d'Ottawa — environ la moitié des terrains se trouvent dans le système du patrimoine naturel, une zone où le développement est interdit.

Les terrains Tewin majoritairement privés

Les documents de la Ville montrent que le partenaire des Algonquins de l'Ontario, la famille Taggart, possède le plus de terres sur la zone définie pour le projet Tewin : environ 390 hectares achetés entre novembre 2014 et février 2020.

Cependant, les parcelles de terrain ne portent pas le nom de Taggart dans une base de données de titres de propriété et d'historique des ventes de l'Ontario.

Elles appartiennent à Anderson Fairlawn Inc. et à 2595469 Ontario Inc. Les rapports d'entreprise montrent qu'un seul avocat est administrateur, bien que Michelle Taggart, vice-présidente du groupe Taggart, ait confirmé que les deux sociétés font partie de leur organisation.

Gros plan sur le visage de la femme.

Michelle Taggart, photographiée à l'hôtel de ville d'Ottawa en mars 2019, affirme que le projet Tewin est l'occasion de bâtir une communauté durable, unique en son genre, fondée sur les valeurs algonquines.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Le groupe Taggart a refusé une entrevue, tout comme Lynn Clouthier, présidente d'Algonquins de l'Ontario Société immobilière, mais les deux ont répondu aux questions de CBC par courriel. La chef de la Première Nation Pikwakanagan, Wendy Jocko, inscrite comme secrétaire de la société immobilière, n'était pas disponible pour commenter.

Mme Clouthier a déclaré qu'un accord de partage des bénéfices garantit que les Algonquins de l'Ontario vont bénéficier des terres du groupe Taggart, même si l'organisme détient une minorité des terrains. Cependant, elle n'a pas précisé quelle proportion des bénéfices les Algonquins de l'Ontario allaient recevoir.

Les partenaires ont rencontré le personnel municipal au cours des derniers mois pour déterminer où le développement de Tewin devrait commencer. Une zone entre les chemins Leitrim et Thunder a été choisie, et le directeur de la planification à long terme de la Ville savait que le développement comprendrait un mélange de terres des Algonquins de l'Ontario et de Taggart.

En fin de compte, seuls les 445,35 hectares approuvés par le conseil municipal seront aménagés, et non les ruisseaux, les zones humides et les corridors hydroélectriques du secteur.

Taggart et Algonquins de l'Ontario, un véritable partenariat

Les Algonquins de l'Ontario ont déclaré avoir approché la famille Taggart en 2017 pour être leur partenaire de développement. La famille était honorée d'être sollicitée et était un partenaire logique, car elle possédait déjà des terres dans la région, a déclaré par courriel Michelle Taggart.

Le groupe Taggart est répertorié comme partenaire des Algonquins de l'Ontario sur le site web du projet Tewin. Les Algonquins de l'Ontario disent avoir clairement indiqué qu'ils étaient en partenariat avec Taggart dans tous les documents fournis au personnel et au conseil municipal.

Jusqu'à présent, même si le partenariat a toujours été public, la division de la propriété entre les Algonquins de l'Ontario et Tewin n'était pas connue.

Le 25 janvier, lorsque l’organisation des Algonquins de l'Ontario a présenté publiquement sa vision et a exhorté les conseillers à inclure les terres de Tewin à l'intérieur des limites urbaines – une demande qui a été accordée à la même réunion par les membres des comités de planification et des affaires rurales –, le nom de Taggart n’a pas été mentionné.

Notre temps est venu, avait déclaré Mme Clouthier, en exhortant les conseillers de l'époque à approuver le projet. Elle était accompagnée de la directrice générale Janet Stavinga et d'une consultante en stratégies urbaines.

Interrogée par CBC à savoir pourquoi ils n'avaient pas Taggart à la table ou n'indiquaient pas clairement à qui appartenaient les terres, Mme Clouthier a écrit : Notre partenariat avec le groupe Taggart est un brillant exemple de l'appel à l'action de la Commission de vérité et réconciliation, pour s'assurer que les communautés autochtones tirent des avantages à long terme des projets de développement économique.

Il est paternaliste et colonialiste de positionner ce partenariat comme autre chose que la réconciliation.

Pour sa part, le groupe Taggart rejette l'hypothèse selon laquelle son entreprise n’aurait jamais pu faire admettre ses terres à l'intérieur de la limite urbaine sans la participation des Algonquins de l'Ontario.

Ce que je trouve frustrant, c'est que certaines personnes ne comprennent pas l'occasion qui s'offre à nous de construire une communauté unique et durable fondée sur les valeurs algonquines et les principes de conservation, a écrit Mme Clouthier.

À qui appartient vraiment ce développement?

De nombreux dirigeants algonquins prétendent que Taggart et la Ville d'Ottawa ont affaire à un groupe illégitime qui ne représente pas le peuple algonquin.

Je ne le vois pas comme une réconciliation ni comme une entreprise de développement économique pour la nation algonquine ou les Algonquins de Pikwakanagan, a déclaré l'aînée anichinabée Claudette Commanda.

Le projet Tewin a été entouré de mystère, a ajouté Mme Commanda, et chaque réponse soulève plus de questions. Elle se demande comment un groupe de négociation de traités a eu près de 17 millions de dollars pour acheter des terres du gouvernement de l'Ontario. Les Algonquins de l'Ontario ont déclaré à CBC qu'ils ont conclu un accord avec leur partenaire financier, Taggart.

Une femme pose devant un pont.

Claudette Commanda devant le pont Chef-William-Commanda, à Ottawa

Photo : Radio-Canada / David Richard

« À qui appartient le terrain, alors? Qui est derrière ce projet? Est-ce que les Algonquins de l'Ontario sont un voile? Est-ce que le vrai propriétaire, c'est Taggart? »

— Une citation de  Claudette Commanda, aînée anichinabée

Taggart va le développer et en tirer tous les profits, a-t-elle affirmé. En fin de compte, y a-t-il vraiment des Algonquins légitimes qui en profiteront?

Mme Commanda se demande si les habitants de Pikwakanagan, ou d'autres communautés des Premières Nations reconnues par le gouvernement fédéral recevront un logement ou des avantages financiers du projet Tewin.

CBC a demandé à Mme Clouthier comment les Algonquins de la province sauraient s'ils vont bénéficier du projet, mais elle n'a pas répondu directement.

Ce projet est une reconnaissance importante du rôle unique que les communautés autochtones peuvent jouer dans la planification et le développement des terres, a-t-elle écrit dans un courriel. Nous sommes enthousiasmés par ce que ce projet signifie pour les Algonquins de l'Ontario, à la fois pour la possibilité d'appeler Tewin leur chez-eux et pour celle de participer à la vie socioéconomique de cette nouvelle communauté.

Tewin créera également des occasions de formation et d'emploi, a-t-elle écrit.

Les vrais Algonquins mécontents de Tewin

Dylan Whiteduck, chef de la Première Nation de Kitigan Zibi Anishinabeg, près de Maniwaki, en Outaouais, a déclaré que les vrais Algonquins sont encore mécontents au sujet de Tewin.

Avec d'autres chefs algonquins, il a demandé au conseil en février dernier de reporter l'ajout du développement du projet Tewin à l'intérieur des limites urbaines de la ville. Le conseil ne l'a pas fait, mais a promis de tenir une réunion avec les chefs locaux et d'informer les communautés des Premières Nations des prochaines étapes.

L'homme parle dans un micro installé sur un lutrin.

Dylan Whiteduck, le chef de la Première Nation de Kitigan Zibi Anishinabeg, près de Maniwaki, en Outaouais (Archives)

Photo : Radio-Canada / Hugo Bélanger

Le chef Whiteduck a déclaré à CBC qu'il n'y avait eu ni réunion ni courriel à ce sujet.

Il veut que les conseillers municipaux qui ont voté pour le projet Tewin se regardent dans le miroir et comprennent qu'ils ont affaire à un groupe dont les membres ont des ancêtres autochtones de plus en plus contestés, y compris par la direction de Pikwakanagan elle-même, selon une récente enquête de CBC.

Les gens de Taggart sont également coupables de cela, a déclaré le chef. Ils sont derrière les projecteurs parce que ce ne sont que les développeurs du projet. Ils doivent aussi se rendre compte que ce n’est pas une bonne chose.

Je pense que ce dossier est loin d’être clos, conclut-il.

Avec les informations de Kate Porter

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