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COVID-19 : l’Afrique du Sud planche sur le premier vaccin à ARN messager du continent

Un employé en habit de protection manipule de l'équipement.

Un employé de l'entreprise de biotechnologie Afrigen, à Cape Town, le 5 octobre 2021

Photo : afp via getty images / Rodger Bosch

Agence France-Presse

L'Afrique du Sud, qui milite pour un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19, s'est lancée dans la conception d'un premier vaccin africain à ARN messager (ARNm), pour mettre fin à la dépendance du continent à l'égard des pays riches.

La technologie innovante de l'ARNm consiste à injecter dans l'organisme des brins d'instructions génétiques qui dictent aux cellules du patient ce qu'il faut fabriquer pour lutter contre la maladie. Le procédé est utilisé par les laboratoires américains Moderna et Pfizer-BioNTech pour leurs vaccins anti-COVID.

Soutenue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'entreprise sud-africaine de biotechnologie Afrigen, basée au Cap, mène un projet pilote qui fera appel à l'ingénierie inverse à partir d'un vaccin déjà existant, pour reconstituer une formule proche du vaccin à ARNm de Moderna.

Les premières doses devraient être prêtes pour des essais cliniques d'ici un an, selon la directrice d'Afrigen, Petro Terreblanche. Des négociations sont en cours pour obtenir un contrat de licence avec le géant pharmaceutique américain pour la production.

La recherche et le développement dans les installations ultramodernes, qui ont coûté près de 11 millions de dollars, ont commencé il y a trois mois.

Découvrez-vous comment fonctionnent les vaccins contre le SRAS-CoV-2.

Mettre fin à la dépendance

À ce jour, à peine 5 % des Africains éligibles sont entièrement vaccinés. Largement à la traîne par rapport au reste du monde, l'Afrique est fortement dépendante des importations et des dons de doses des pays riches.

L'amère leçon que nous avons tirée de cette pandémie est que l'Afrique est presque entièrement dépendante des vaccins produits en dehors du continent, a déclaré à l'AFP Richard Mihigo, coordinateur chargé des vaccins à l'OMS Afrique.

Le projet Afrigen vise à y mettre fin en développant localement un vaccin innovant, adapté aux conditions notamment climatiques d'Afrique.

Ce que nous recherchons, c'est un vaccin de deuxième génération, explique Martin Friede, coordinateur chargé des vaccins pour l'OMS à Genève.

Nous devons commencer par un sosie de Moderna, poursuit-il. Mais l'idée est de mettre au point un vaccin plus adapté aux pays à faible revenu.

Alors que les vaccins à ARNm existants doivent être stockés à basse température, la formule d'Afrigen ne nécessitera idéalement que peu ou pas de réfrigération.

L'Afrique doit devenir autonome dans la production de vaccins au cours des 20 prochaines années, estime M. Friede. Une fois la formule mise au point, Afrigen prévoit de former d'autres pays africains à la fabrication du vaccin.

Le sud-africain Biovac, situé dans le même complexe qu'Afrigen, sera le premier à produire le nouveau vaccin à l'échelle commerciale.

Une question de brevet

Créée par l'organisation internationale d'achats de médicaments pour les pays pauvres, l'Unitaid, la Medicines Patent Pool (MPP), qui négocie des licences de traitements avec les titulaires de brevets, mène les pourparlers avec Moderna.

Avec un peu de chance, nous pourrions obtenir un accord pour qu'ils ne fassent pas valoir leurs brevets, a déclaré le mois dernier Charles Gore, directeur de la MPP.

Les géants de l'industrie pharmaceutique ont jusqu'ici résisté aux pressions pour lever les brevets sur les vaccins anti-COVID. L'Afrique du Sud et l'Inde en tête ont milité pour une levée temporaire permettant aux pays en manque de doses de produire localement des génériques moins chers.

La semaine dernière, Moderna a annoncé son intention de construire une usine de vaccins à ARNm ultramoderne en Afrique, qui produira jusqu'à 500 millions de doses par an. Pour l'instant, ni date ni lieu n'ont été précisés.

Le projet Afrigen est financé par l'initiative COVAX de l'OMS, pour un accès équitable aux vaccins.

L'Afrique du Sud est officiellement le pays africain le plus touché par la pandémie, avec plus de 2,9 millions de cas et 88 300 décès.

Des doses du vaccin du laboratoire américain Johnson & Johnson sont conditionnées par le géant pharmaceutique Aspen à Gqeberha (est). Et un accord similaire a été passé entre les laboratoires américain Pfizer et sud-africain Biovac au Cap.

Plusieurs autres projets de production de vaccins anti-COVID en Afrique sont à l'étude, en Algérie, au Maroc, en Égypte, au Nigeria, au Rwanda ou encore au Sénégal.

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