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Allégations d’agressions sexuelles contre un ex-guérisseur du Centre Wabano

Vue du bâtiment extérieur du centre de santé autochtone Wabano situé dans Vanier à Ottawa

Le centre de santé autochtone Wabano, situé dans le quartier Vanier, à Ottawa (archives).

Photo : Centre de santé autochtone Wabano

Radio-Canada

Plusieurs femmes ont présenté des allégations d'agression sexuelle contre un guérisseur traditionnel qui a fourni des services pendant des mois au Centre Wabano pour la santé autochtone à Ottawa.

Ces femmes disent que l'organisation était au courant de leurs préoccupations, mais qu'elle n'en a pas fait assez pour soutenir le personnel et les clients concernés.

CBC a parlé à cinq femmes, dont trois anciennes employées et une cliente du Wabano, qui ont allégué avoir été victimes d’attouchements non désirés alors qu'elles étaient seules avec Ralph King, un guérisseur ojibwé-anishinaabeg de la Première Nation de Moose Deer Point.

Le Centre Wabano, qui fournit des services de santé et des services sociaux à la communauté autochtone de la capitale, a mis fin au partenariat avec Ralph King. L'organisation l'a banni de ses locaux au printemps à la suite de plaintes pour comportement inapproprié, selon une note interne datée du 21 avril 2021.

M. King n'a pas été inculpé ni reconnu coupable de crimes en lien avec ces allégations. CBC a tenté à plusieurs reprises de le contacter, mais il n'avait pas encore répondu au moment de la publication.

Portrait de l'homme assis sur le sol dans une forêt.

Dans une déclaration à CBC, le Centre Wabano a déclaré avoir rompu les liens avec Ralph King, photographié ici, en raison de prétendues « fautes » et « communications inappropriées ».

Photo : Facebook

Selon le Centre Wabano et selon des courriels internes, M. King a fourni des services de guérison entre novembre 2020 et mars 2021, et il était auparavant décrit comme un guérisseur/médecin traditionnel autochtone passionné.

Il offrait ses services au centre périodiquement, sous forme de visites individuelles auprès de membres des communautés des Premières Nations, Inuit et Métis, ainsi qu'au personnel, indiquent les courriels.

Dans une déclaration à CBC, le Centre Wabano a affirmé avoir rompu les liens avec M. King en raison de prétendues fautes et de communications inappropriées.

Pour être très, très clair, le Centre Wabano n'a, à ce jour, reçu aucune plainte concernant des allégations d'agression sexuelle de la part du personnel ou de clients, peut-on lire dans la déclaration.

Deux des cinq femmes avec lesquelles CBC s'est entretenu ont déclaré avoir déposé des rapports auprès du Service de police d'Ottawa (SPO).

Dans sa déclaration, le Centre Wabano a écrit avoir été approché par la police d'Ottawa en août et assure coopérer à leur recherche de faits. La police a déclaré qu'elle ne pouvait ni confirmer ni infirmer qu'il existe une enquête sur une personne nommée, à moins qu'une accusation ne soit portée. Le SPO a ajouté qu'il enquête de manière approfondie sur toutes les plaintes d'agression sexuelle.

Licenciée pour avoir été victime, dit une ancienne employée

Mindy Smith, une ancienne directrice des programmes chez Wabano, a dit avoir consulté M. King en mars 2021, soit trois mois avant de commencer son travail au sein de l'organisation.

Mme Smith a soutenu avoir vu M. King à deux reprises, entre le 24 et le 26 mars, au Cedar Lodge du Centre Wabano. La femme, qui est membre de la Première Nation Mi'gmaq ayant des liens ancestraux avec la Première Nation de Listuguj, dans l'est du Québec, a déclaré qu'elle s'était immédiatement sentie à l'aise avec M. King lors de leur premier rendez-vous.

Je suis une femme assez forte et intuitive, mais il a su se concentrer sur mes vulnérabilités, a-t-elle affirmé.

Mindy Smith

Mindy Smith était directrice des programmes au Centre Wabano.

Photo : Radio-Canada

Mme Smith a pris rendez-vous puisqu'elle était à la recherche d'une guérison spirituelle du traumatisme sexuel qu'elle avait vécu dans son enfance. Selon ses descriptions, certains guérisseurs spirituels utilisent souvent un petit os de chevreuil, qui ne mesure qu'environ cinq centimètres de long, pour extraire l'énergie négative du corps.

Il a mis l'os de chevreuil sur mes seins et sur mon vagin à plusieurs reprises, touchant l'intérieur de mes jambes, a déclaré Mme Smith, qui a également raconté qu'il avait utilisé ses mains pour toucher ces parties de son corps sans lui en demander la permission.

Elle a dit qu'il était difficile de décrire ce qu'elle ressentait à l'époque parce qu'elle savait déjà que ce serait une expérience difficile en raison du traumatisme qu’elle avait vécu.

Des textos inconfortables

Mme Smith a soutenu que M. King lui avait ensuite demandé son numéro de téléphone et qu’ensemble ils avaient commencé à correspondre par messages textes. Les messages, dont certains ont été revus par CBC, dépeignent une relation amicale qui a duré environ un mois.

Mme Smith a déclaré qu'elle cherchait toujours la guérison et qu'en raison du statut de M. King, elle souhaitait maintenir la relation. Leurs discussions semblaient pour la plupart légères et comprenaient des mises à jour sur leur journée et à quel point ils étaient heureux de s'être rencontrés.

Selon son récit, Mme Smith a demandé au guérisseur s'il traitait les autres clients de cette façon et a dit qu'elle avait demandé des éclaircissements sur leur relation. Elle soutient que M. King disait parfois des choses pour laisser entendre qu'il ne s'agissait pas seulement d'une amitié.

Puis le 31 mars, une semaine après avoir rencontré Mme Smith, M. King aurait dit qu'il avait besoin d'un massage et elle affirme lui avoir recommandé quelqu'un à Ottawa. Il lui aurait alors demandé si cette personne était hot, ce à quoi elle aurait dit qu'elle était mignonne, mais qu’elle n’offrait pas de massage avec une fin heureuse.

M. King a raconté avoir ensuite répondu par texto : Zut, alors peut-être que tu pourrais le faire. Le massage. Lmao.

Mme Smith a décrit s'être sentie très mal à l'aise avec cette réponse et a déclaré qu'elle avait essayé d'en rire en écrivant : LMFAO.

Dans un autre échange, le 1er avril, M. King aurait déclaré à Mme Smith : La vieille dame dort maintenant. Mme Smith aurait ensuite demandé des conseils pour aider sa fille qui a récemment perdu un ami, et il aurait simplement répondu : Et j'ai un os, Lol.

Mme Smith a déclaré qu'elle avait également essayé de rire de ce message, en répondant : Omg, va la réveiller et ne l'appelle pas sa vieille dame ou je te botterai le cul, os ou pas.

Ralph King décrit comme un prédateur sexuel

La correspondance par textos s'est arrêtée, aux dires de Mme Smith, lorsque celle-ci a dit avoir entendu d'autres personnes à Wabano décrire M. King comme un prédateur sexuel.

En juin, Mme Smith a été embauchée en tant que directrice des programmes au Centre Wabano. Elle n'a pas révélé à la direction ce qu’elle a vécu avec M. King, car elle croyait qu'une enquête interne était déjà en cours.

C'est vraiment facile de mettre son propre traumatisme de côté lorsque vous essayez d'aider tant d'autres personnes, soutient-elle. J'ai tout simplement arrêté d'y penser, jusqu'à ce que je réalise que rien n'avait été fait.

Mme Smith affirme qu'elle a été congédiée par le Centre Wabano une semaine après avoir parlé aux ressources humaines de son expérience avec M. King. La femme croit avoir été licenciée parce que le Centre Wabano pensait qu’elle avait contacté la police.

Le Centre Wabano, de son côté, a soutenu que cette affirmation est manifestement fausse, mais l'organisation a ajouté qu'elle ne commenterait pas davantage les questions de ressources humaines internes, invoquant la confidentialité.

Selon la déclaration de Wabano à CBC, le centre a pris plusieurs mesures pour soutenir son personnel, notamment en offrant des rencontres individuelles avec la direction, des cercles de guérison, des congés, des services cliniques et culturels et l'accès au régime d'aide aux employés de l'organisation.

Ils auraient dû appeler la police

Une autre ancienne employée a décrit une expérience similaire avec Ralph King en février et en mars. En tant que victime présumée d'agression sexuelle, CBC accorde l’anonymat à cette femme.

Durant son récit, cette femme a indiqué avoir consulté M. King pour un rendez-vous à deux reprises. Bien qu'elle se soit sentie mal à l'aise lors de sa première visite, elle a dit qu'elle y est retournée parce qu'elle pensait que cela pouvait être dans sa tête et que les techniques de guérison étaient peut-être normales.

Elle a déclaré que, lors de la deuxième visite, M. King avait de nouveau utilisé un os de chevreuil et ses mains pour toucher ses seins, ses fesses et son bassin.

Elle a dit qu'il ne lui avait pas demandé la permission, et, à la fin de la séance, elle a consenti à un câlin, mais cela a duré plus longtemps que ce à quoi elle s’attendait.

Je voulais le repousser, et j'essayais, et il ne voulait pas lâcher prise. Je me sentais vraiment mal à l'aise et violée, a-t-elle déclaré.

Lorsque l'employée a appris qu'un collègue avait eu une expérience similaire avec M. King, elle a dit qu'elle avait parlé à son superviseur parce qu'elle s'inquiétait pour ses clients. C’était en avril.

Nous devons les soutenir [...] et ils ont été catégoriques. Ils ont dit que nous n'appelons pas les clients, qu'ils viendront nous voir s'ils ont besoin de soutien, se souvient-elle.

Avant les événements, elle avait recommandé M. King à des clients, selon les directives de l'équipe culturelle du Centre Wabano.

Ils auraient dû avoir un cercle de guérison pour [les clients] tout de suite. Ils auraient dû appeler la police et les informer que cet homme devait être arrêté maintenant et pas demain. Ils n'ont rien fait de tout cela, a-t-elle déclaré.

Cercle de guérison pour le personnel

Amanda Earle, une ancienne employée qui a parlé pour la première fois à CBC en juin d'allégations de mauvaise gestion de fonds et de harcèlement à Wabano, a déclaré que la direction avait accepté à contrecœur d'organiser un cercle de guérison en mai pour le personnel qui se disait victime de Ralph King.

Portrait de la femme près d'un tronc d'arbre.

En juin, Amanda Earle, une employée du Centre Wabano, s'inquiétait de la façon dont l'organisme gérait ses finances.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Mme Earle a déclaré que M. King avait également touché le dessus et le dessous de sa poitrine sans autorisation. Elle a partagé son histoire dans le cadre du cercle de guérison, avec quatre autres employés.

CBC a d'abord interrogé le Centre Wabano au sujet de Ralph King dans un courriel, le 25 juin, mais Mme Earle et l'autre ancienne employée protégée sous couvert de l’anonymat ont toutes deux déclaré que le centre n'avait commencé à appeler les clients de M. King qu'après ce message.

Une cliente dit que Wabano n'a pas appelé

Au moins une cliente a affirmé que Wabano ne l'avait jamais appelée à propos de M. King. CBC a accepté de ne pas la nommer parce qu'elle craint des représailles pour les personnes qu'elle connaît qui travaillent au Centre Wabano.

La cliente a dit qu'elle avait récemment fait de demandes pour des programmes au centre de guérison spirituelle et d'enseignements culturels, en raison des pensionnats pour autochtones.

Au cours d'une séance avec M. King, ce dernier aurait également utilisé un os sur sa poitrine et aurait posé des questions très personnelles sur ses relations sexuelles.

Au début, je ne savais pas si c'était inapproprié, c'était inconfortable et bizarre, a raconté la femme.

Elle a déclaré qu'en tant qu'Autochtone qui se reconnectait et cherchait des enseignements, elle avait honte de ne pas connaître sa culture et ne voulait pas remettre en question le processus.

J'ai fait confiance au Centre Wabano et ils ont trahi cette confiance, en ne se souciant même pas de voir si j'allais bien.

La Ville d'Ottawa – l'une des principales sources de financement de l'organisme à but non lucratif – enquête actuellement sur des plaintes de harcèlement, d'intimidation et d'utilisation inappropriée de fonds au sein du Centre Wabano, qui ne sont pas liées aux récentes allégations.

La Ville a précisé que l'exercice devrait être complété d'ici décembre.

Avec les informations de Robyn Miller de CBC

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