•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une famille lance un cri d’alarme après le suicide d’une personne détenue

Une femme tient une urne funéraire contenant les cendres de son fils.

Michelle Pike (à droite) tient les cendres de son fils Gregory le 9 octobre 2021 devant le pénitencier de Sa Majesté, à Saint-Jean de Terre-Neuve.

Photo : CBC / Emma Grunwald

Radio-Canada

Une famille endeuillée a manifesté samedi matin devant le pénitencier de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Tôt le matin du 16 septembre, Gregory Pike a été trouvé inanimé dans une cellule du pénitencier de Sa Majesté. Après trois jours dans le coma, il est décédé à l’hôpital.

Son suicide n’aurait jamais dû se produire, estime sa famille. Elle dénonce le fait que Gregory Pike ait été laissé sans supervision alors qu’il était suicidaire et n’avait cessé de réclamer de l’aide.

Accompagnée de ses deux filles, Michelle Pike a manifesté samedi en tenant l’urne qui contient les cendres de son fils, qui était âgé de 30 ans.

La famille explique que Gregory Pike souhaitait être admis à U-Turn, un centre de traitement des dépendances à Carbonear, et a écrit des lettres pour demander de l’aide.

On lui a refusé une place au centre de traitement et on l’a envoyé au pénitencier, où il s’est enlevé la vie moins de trois jours après son arrivée.

Combien d’autres personnes doivent mourir avant que l’on dise qu’assez, c’est assez?, a demandé samedi sa soeur Courtney Pike, en larmes.

Deux soeurs avec des affiches.

Samantha (gauche) et Courtney Pike (droite) tiennent une photo de leur frère Gregory, le 9 octobre 2021 devant le pénitencier de Sa Majesté, à Saint-Jean de Terre-Neuve.

Photo : CBC / Meg Roberts

Ce sont des êtres humains. Ils ont des familles et beaucoup d’appels à l’aide ne sont pas entendus. Je sais que c’est le cas pour mon grand frère et il en a payé le prix ultime, dit-elle.

Gregory Pike a reçu des diagnostics d’anxiété, de dépression et de trouble du déficit de l'attention au début de la vingtaine, ce qui a entraîné ses problèmes de consommation, selon sa soeur Courtney.

Il a connu plusieurs démêlés avec la justice, et ce sont les dépendances qui l’ont fait bifurquer vers la criminalité, dit sa soeur.

Photo d'identité judiciare d'un homme dans la vingtaine.

« Ce sont des êtres humains. Ils ont des familles et beaucoup d’appels à l’aide ne sont pas entendus. Je sais que c’est le cas pour mon grand frère et il en a payé le prix ultime », déclare la soeur de Gregory Pike, Courtney.

Photo : Gendarmerie royale du Canada

Il est néanmoins parvenu à rester sobre pendant deux ans, ajoute-t-elle. Elle évoque un cycle familier à ceux qui ont des proches luttant contre des addictions.

En novembre 2019, il avait été arrêté pour vol et entrée par effraction. Selon Courtney Pike, il s’était retrouvé au pénitencier ces derniers mois non pas pour un nouveau crime, mais pour bris de conditions après une rechute.

Malgré la lettre de quatre pages que M. Pike avait écrite au juge, ce dernier lui avait récemment refusé une audience de remise en liberté sous caution. Je pense qu’il a simplement abandonné après cette mauvaise nouvelle, regrette Courtney Pike.

En prison, sa cellule aurait dû faire l’objet d’une surveillance, dit-elle, car il était très clair qu’il était suicidaire.

Ce suicide était évitable à 100 %, a-t-elle soutenu jeudi dernier lors d’une entrevue au St. John's Morning Show, sur les ondes de CBC à Terre-Neuve-et-Labrador.

Une quinzaine de personnes devant le pénitencier brandissent des affiches.

Manifestation le 9 octobre 2021 devant le pénitencier de Sa Majesté, à Saint-Jean de Terre-Neuve. On voit la photo de Gregory Pike, qui s'est enlevé la vie dans une cellule en septembre.

Photo : CBC / Meg Roberts

Le ministère de la Justice et de la Sécurité publique a décliné plusieurs demandes d’entrevues, prétextant ne pas pouvoir discuter les circonstances de ce suicide pour des raisons de respect de la vie privée.

Le ministère dit procéder à un examen interne de cette situation. Dans une déclaration écrite, le gouvernement affirme que plusieurs options de traitement des dépendances sont offertes aux détenus, et que les agents correctionnels reçoivent de la formation sur les enjeux de santé mentale.

La famille Pike, cependant, témoigne d’une expérience différente.

Il m’appelait tout le temps en pleurant, dit Michelle Pike. Son fils Gregory lui disait : Il n’y a personne ici à qui parler, il n’y a pas d’aide, pas de programmes, rien.

Cet endroit [le pénitencier] n’est pas pour les soins de santé mentale et les dépendances, dit-elle en pointant le bâtiment ouvert en 1859.

Montage photo des quatre personnes ayant perdu la vie dans les prisons de Terre-Neuve-et-Labrador d'août 2017 à juin 2018.

En l'espace de 10 mois en 2017 et 2018, Samantha Piercey, Chris Sutton, Doug Neary et Skye Martin ont tous été retrouvés morts dans des cellules de prisons de Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Courtoisie

La mort de Gregory Pike est au moins le sixième décès d’une personne incarcérée à Terre-Neuve-et-Labrador qui fait l’objet d’une enquête depuis 2017.

En 2019, une enquête indépendante déclenchée après trois morts en détention (un quatrième est survenu avant publication des conclusions de l'enquête) avait conclu que les établissements correctionnels étaient incapables de gérer les enjeux de santé mentale.

Dans son rapport d'enquête, Marlene Jesso formulait 17 recommandations, notamment la mise en place d'unités spécialisées en santé mentale à même les établissements carcéraux.

Elle suggérait aussi la construction d'un nouveau pénitencier pour remplacer celui de Saint-Jean.

Avec des renseignements de Jonny Hodder (CBC) et de La Presse canadienne

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.