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Quand la satire en ligne devient de la désinformation

Tom Hanks, vêtu d'un complet, prend la pose pour les caméras sur le tapis rouge d'un événement.

Tom Hanks se trouve dans le viseur de plusieurs adeptes des théories du complot.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Agence France-Presse

Les fausses informations qui se propagent sur les réseaux sociaux sont souvent vérifiées et démenties, au contraire des articles parodiques qui passent entre les mailles du filet, générant des polémiques et des revenus pour les gens qui les disséminent.

Bill Gates arrêté pour trafic d'enfants et pendu à Guantanamo, Tom Hanks exécuté par l'armée américaine, le pape François interdisant l'absolution pour les catholiques n'ayant pas reçu de vaccin contre la COVID-19... Ces articles – tous bidon – ont été publiés sur des sites s'affichant comme satiriques.

Le problème, c'est que beaucoup d'internautes partagent ces canulars qui inondent les réseaux sociaux.

Pour Claire Wardle, cofondatrice et directrice de l'organisation non gouvernementale First Draft qui lutte contre la désinformation, les avertissements des sites satiriques ou parodiques peuvent être utilisés sciemment pour échapper à la surveillance des plateformes.

Bill Gates

Bill Gates

Photo : Reuters / Arnd Wiegmann

On voit des gens malveillants ou des sites de désinformation étiqueter leur contenu comme de la satire tout en sachant qu'il sera partagé sans cette mention, explique-t-elle. C'est devenu une stratégie pour faire de l'argent ou semer la discorde.

Protégées par la Constitution

Les plateformes font aussi face à un dilemme, la satire ou la caricature étant considérées aux États-Unis et ailleurs comme un élément important du discours politique et protégé implicitement par la Constitution ou les lois sur la presse. En mentionnant sur leur site qu'un contenu est parodique, elles peuvent éviter à celui-ci d'être soumis à l'algorithme de Facebook – censé rendre les informations manipulées moins visibles – et, dans certains cas, échapper au processus de vérification.

Pendant la campagne présidentielle américaine de 2020, le site PolitiFact a trouvé plus de 100 sites Internet publiant de l'information parodique sans avertissement explicite.

C'est, selon PolitiFact, une tactique courante des sites de fausses nouvelles pour gagner de l'argent en ligne grâce à la publicité générée par la diffusion en masse du contenu.

Walt Disney bientôt décongelé?

Les histoires sur Bill Gates et Tom Hanks proviennent du site Real Raw News, selon lequel les articles publiés sont à caractère informatif, éducatif et divertissant, et contiennent de l'humour, de la parodie et de la satire.

Walt Disney à Londres en 1951, où il présente un personnage de son nouveau film Alice au pays des merveilles

Walt Disney à Londres en 1951, où il présente un personnage de son nouveau film «Alice au pays des merveilles»

Photo : Getty Images / Edward G. Malindine / Topical Press Agency

Un autre article abondamment partagé affirme que le corps de Walt Disney, mort en 1966, a été cryogénisé et qu'il va bientôt être décongelé. Le fondateur de l'empire Disney a pourtant été incinéré.

La nouvelle a été publiée par le site Daily News Reported, dont la devise est Pas vraiment quotidien, pas vraiment de l'info et qui s'affiche comme un journal satirique et un site d'humour.

Le nombre d'articles farfelus, tous écrits par admin (administrateur), devrait faire tiquer les internautes, mais des lecteurs et lectrices ont du mal à séparer la vérité de la fiction, selon Kelly Garrett, qui enseigne la communication à l'Université d'État de l'Ohio.

Si vous ne connaissez pas le sujet, vous lisez un titre qui ressemble à beaucoup d'autres, dit-il. Et ce qui aurait pu paraître insensé il y a 10 ans devient plus crédible.

En 2017, en pleine élection présidentielle en France, une fausse interview du futur vainqueur Emmanuel Macron, publiée un an auparavant sur le célèbre site parodique Le Gorafi, avait créé une énorme polémique.

Quand je serre la main d'un pauvre, je me sens sale pour toute la journée, affirmait le jeune et beau ministre de l'Économie. Ces propos totalement inventés avaient pourtant été relayés par des internautes en colère.

Emmanuel Macron

Le président français Emmanuel Macron

Photo : Reuters / BENOIT TESSIER

Humour ambigu

Comme Le Gorafi français, The Onion aux États-Unis et The Beaverton au Canada sont des sites parodiques reconnus.

Mais d'autres cultivent plus l'ambiguïté, comme le Babylon Bee, à tendance plutôt conservatrice et auteur de l'info sur le pape, ou de celle affirmant que le chef du groupe armé État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a décidé de déposer les armes, convaincu par un appel à l'amour universel de la chanteuse Katy Perry.

Selon une étude de l'Université d’État de l’Ohio réalisée en 2019, 28 % des républicains et 14 % des démocrates admettaient croire aux fausses infos du Babylon Bee. L'ex-président Donald Trump en a d'ailleurs relayé une sur Twitter en 2020.

Moins de personnes croient aux parodies de The Onion, mais les démocrates sont plus susceptibles de les prendre à la lettre.

Kelly Garrett, qui a dirigé l'étude, estime pourtant que la vérification du contenu sur les sites parodiques ne serait pas le moyen le plus efficace pour limiter la propagation de la désinformation.

Si vous dites que c'est passé par la vérification, il y a une dimension politique, dit-il. Si vous dites que c'est bidon, c'est plus persuasif.

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